A travers leurs résolutions, les participants à la rencontre d’Angondjé se sont montrés sous leur vrai jour. Plus concrètement, ils sont apparus comme les instigateurs de l’inefficacité de l’appareil d’Etat et d’un conservatisme à hérisser le poil.

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Le Dialogue politique a pris fin le 26 du mois courant. Voulu par Ali Bongo, il était censé favoriser l’apaisement des tensions sociopolitiques, la régénération du vivre-ensemble, le renforcement de l’Etat de droit, la relance du développement économique et, l’enracinement d’une gouvernance saine et efficace. Concrètement, cette grand-messe devait permettre de redéfinir la durée des mandats politiques, le rôle et les missions des instances en charge de l’organisation des élections politiques (ministère de l’Intérieur, Cenap et Cour Constitutionnelle) et, les conditions d’exercice de la liberté de la presse, notamment. Au final, elle a proposé le maintien de la non-limitation des mandats présidentiels et de leur durée à sept ans. Elle a aussi opté pour le maintien du président de la République comme président du Conseil supérieur de la magistrature. Elle a également suggéré le maintien de la prérogative permettant au président de la République de nommer celui de la Cour constitutionnelle. Même s’il a été proposé de revoir l’organisation et le fonctionnement de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap), les réformes annoncées sont bien en deçà des promesses. Très en deçà des attentes des populations.

Conservatisme à hérisser le poil

À travers les actes du Dialogue politique, chacun peut maintenant se faire une idée précise de la stratégie de la majorité. Au lieu de se complaire en incantations ou en imprécations en tout genre, chacun a désormais la latitude d’interroger les intentions réelles du pouvoir. Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre et s’inquiéter des desseins secrets du Parti démocratique gabonais (PDG) et ses alliés : le maintien ad vitam aeternam d’un pouvoir pourtant émoussé par 50 ans d’un règne sans partage. On est encore libre d’en appeler aux institutions ou au peuple souverain pour faire triompher la démocratie. On peut toujours s’abriter derrière le caractère informel de la rencontre d’Angondjè pour en minimiser la portée. Mais, ses résolutions n’augurent rien de bon, toutes les forces sociales s’étant, d’une manière ou d’une autre, prononcées pour la limitation du nombre mandats présidentiels et la coupure du cordon ombilical entre le président de la République et les instances judiciaires, notamment la Cour constitutionnelle et le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

En rejetant la réduction de la durée du mandat présidentiel, en s’opposant à la limitation de leur nombre, les participants au Dialogue politique ont œuvré pour le surplace. Leur intention n’était manifestement pas de faire bouger les lignes, mais de défendre l’ordre établi. Leur ambition n’était visiblement pas de favoriser le renouvellement de la classe politique, mais de protéger l’oligarchie en place. Leur vision du Gabon s’est, de toute évidence, réduite à eux-mêmes et à la conservation de leurs privilèges. En suggérant une réforme à minima de la Cour constitutionnelle, en s’épargnant une réflexion de fond sur le CSM, ils n’ont guère œuvré pour l’Etat de droit. Sans en dire davantage et sans en cerner les contours, ils avaient annoncé une loi de programmation judiciaire. Ils se sont contentés d’appeler à «la tenue des assises sur l’organisation et le fonctionnement de la justice». Entre promotion de la réunionite et procrastination, ils se sont faits les instigateurs de l’inefficacité de l’appareil d’Etat et d’un conservatisme à hérisser le poil. Au final, ils se montrés à l’opinion, comme en eux-mêmes, dans toute leur nudité.

Voie référendaire

Les participants au Dialogue politique n’ont nullement convaincu de leur engagement au service de la chose publique, du bien commun et de l’intérêt général. Ils n’ont pas, non plus, su cerner les défis ou se hisser à la hauteur des enjeux.  Si les assises d’Angondjé avaient la prétention d’indiquer au Gabon le chemin de la modernité, elles n’ont  nullement ouvert les sentiers de l’avenir. Elles n’ont pas permis d’identifier les problèmes réels ou en cerner les causes et sous-causes. Au grand désarroi de l’opinion publique, elles se sont limitées à l’écume des choses. Même s’il est toujours loisible de défendre cette production en convoquant les systèmes institutionnels d’autres pays, il n’y a vraiment pas de raison de se réjouir ou d’imaginer l’avenir en rose. Que faire maintenant ? Pour donner à ces résolutions la pertinence et la force nécessaire, il convient d’abord de les revisiter. Puis, de les soumettre à la sanction du peuple souverain. Autrement dit, pour faire contrepoids à leur ringardise, il leur faut l’onction populaire. Pour cela, une seule solution : le référendum…