Dans une interview accordée le 24 mai 2017 à Gabonreview, à l’occasion de la plénière des assises d’Agondje, le Rapporteur pour la majorité au Dialogue politique, Eric Dodo Bouguendza, revient sur les résultats de ces travaux et leur portée.

Eric Dodo Bouguendza, rapporteur pour la majorité au dialogue politique à Angondjé, le 24 mai 2017. © Gabonreview

 

Gabonreview : Nous sommes à la fin de ce dialogue politique censé réconcilier les Gabonais, après la crise postélectorale. Concrètement, qu’est-ce que ces assises ont apporté pour la résolution de la crise ?

Eric Dodo Bouguendza: Il faut déjà retenir  que ces assises ont apporté des avancées dans quatre domaines précis. Ces assises ont apporté quelque chose au niveau des réformes des institutions. Des institutions phares telles que la Cour constitutionnelle ont fait l’objet d’une attention particulière, en vued’améliorer leur fonctionnement, en tenant également compte des griefs ou bien des critiques émises lors de la phase citoyenne. Mais ces plaintes ou critiques ne sont que le reflet de l’opinion. Tous ces éléments ont été intégrés au niveau des réformes électorales : les problèmes de fichiers, d’élections… Tout ceci a été fait dans la transparence et revu de fond en comble à l’effet d’améliorer le système électoral gabonais qui méritait, comme tout processus dynamique, d’être revu, corrigé et amélioré, afin que dans les années à venir nous ne connaissions plus les griefs qui ont été adressés à ce système.

D’aucuns estiment que le dialogue politique n’a été qu’un artifice de la majorité pour avoir l’opposition à l’usure.

Non, je pense que c’est un raccourci. En politique malheureusement lorsqu’on n’a pas d’arguments, on prend beaucoup de raccourcis. Il faut d’abord avoir de la considération et du respect  pour toutes les personnalités de l’opposition qui ont participé à ce Dialogue. Personne n’est meilleur que qui que ce soit. Ces personnalités ont réfléchi et constituent les intelligences de notre pays. Ils ont proposé, certes, ça n’a pas été facile parce qu’il y a eu un flux et reflux de blocages, d’ouverture, mais c’est ça aussi l’effet du dialogue. Ceux qui pensent que les compatriotes de l’opposition qui sont venus s’assoir autour de la table pour discuter avec la majorité, c’est un moyen pour les avoir à l’usure se trompent. Ils prennent des raccourcis et des clichés inutiles. Ceux qui ont été participants tant du côté de la majorité que de l’opposition, l’ont été avec une seule volonté: la volonté de pouvoir s’efforcer de poser les problèmes de telle sorte que les conditions de vie de nos compatriotes soient améliorées et que l’intérêt supérieur de notre pays, dans tous les domaines, soit également amélioré.

Qu’est-ce que votre camp politique a fait comme concessions pour pouvoir pacifier le pays, au regard des effets du désordre postélectoral?

Ce n’est pas une affaire de concession, c’est une affaire de consensus. C’est un argumentaire contre un argumentaire. Il y a eu des argumentaires de l’opposition qui ont été des argumentaires pertinents, qui ont prévalu et qui ont fait l’objet des décisions consensuelles à paraître dans le rapport général, ainsi que dans les Actes. Tant au niveau de la réforme des institutions, au niveau de la démocratisation de notre pays, au niveau des reformes électorales, au niveau de la modernisation de la vie publique avec l’assainissement, la bonne gouvernance et ainsi qu’au niveau de la cohésion nationale. Il y a plusieurs décisions consensuelles qui se sont fondées sur les positions de l’opposition parce que ce furent des positions plus pertinentes que celle de la majorité.

Il s’est dit que certains représentants de l’opposition ont plutôt essayé d’imposer leurs points de vue parce qu’ils sont acquis à la cause de la majorité, que le débat n’a pas été véritablement démocratique.

Ce sont des clichés, des stéréotypes, des raccourcis qu’on utilise en politique lorsqu’on n’a pas d’arguments. Les participants de l’opposition à ce dialogue avaient des arguments, avaient des positions réfléchies, fécondes. Ces positions, pour la plupart, ont fait l’objet de discutions et certaines d’entre elles ont prévalu et font partie des Actes retenus en conclusion, pour pouvoir être appliquées dans les jours, mois et années à venir.

Jean Ping n’a pas participé à ce dialogue. Ni lui ni ses lieutenants. Il conteste toujours l’élection du président de la République. Qu’avez-vous fait ou que préconisez-vous pour convaincre son camp d’accepter les résolutions de ce dialogue?

Les consultations étaient ouvertes à tout compatriote soucieux du développement de notre pays. Nous n’allons plus revenir sur cette phase parce qu’elle est passée, elle est bouclée. Nous allons maintenant vers la clôture mais pour résumer tout ce que vous venez de dire, j’ai une formule et j’ai une image : la démocratie qu’on prône tant depuis 1990, c’est un processus qui se construit progressivement dans notre pays, car ce processus n’est jamais définitif. La démocratie est cet être avec deux jambes: la première jambe c’est la compétition électorale appelée d’ordinaire élection. La seconde qui est aussi importante que la première c’est le dialogue. Tout ceci pour dire qu’on ne peut pas être démocrate si on ne comprend pas que la démocratie ne peut se faire qu’à travers le dialogue et qu’il n’y a pas de dialogue hors de la démocratie.

Le document définitif sera remis au président de République le 26 mai. Qui sera le garant de la bonne application des résolutions : le Comité ad hoc déjà contesté, les institutions de la République confisquées par le pouvoir ?

Depuis le lancement et lors de la phase préparatoire de concert, il a été décidé que ce soit le président de la République qui soit le garant de l’application des mesures qui ont été arrêtées par consensus fort au cours de ce dialogue. Le président de la République est le garant. Constitutionnellement, c’est lui. Il l’a réitéré lui-même lors de son allocution d’ouverture et nous lui faisons confiance pour l’application des mesures qui sortiront de ce dialogue et qui seront mises en œuvre dans les délais cours, moyens et longs.

Ce qui veut dire que le président de la République devra d’abord les apprécier avant qu’ils soient promulgués ?

Le président de la République ne les apprécie pas. Il les accepte puisque c’est lui qui a été l’initiateur de ce dialogue. Il nous a demandé de venir dialoguer et de trouver des solutions. On va maintenant lui remettre le fruit de nos réflexions. En tant que garant des institutions, il mettra tout en œuvre pour que ces décisions consensuelles soient appliquées par voie réglementaire, législative à l’effet de pouvoir donner satisfaction aux populations qui attendent fortement les retombés de ce Dialogue, mais aussi à notre pays qui attend ces retombés avec beaucoup d’espoir.

Il n’aura donc pas une relecture de ces résolutions !

Non ! Parce que la lecture se fait déjà par les commissaires aujourd’hui et le président de la République ne recevra que le rapport général et les actes et il verra qu’elle est la faisabilité par rapport à tous les éléments que je vous ai indiqué d’ordre réglementaire, d’ordre législative et ce qui peut être fait très rapidement.