Selon Zacharie Myboto, les multiples refus du président de la République à organiser une concertation nationale sans tabou, pour permettre au pays de sortir de la crise qui le paralyse depuis plusieurs années, lui auraient laissé assez de temps pour mieux évaluer ses intérêts et planifier sa longévité au pouvoir.

Le président de l’Union nationale, Zacharie Myboto. © Gabonreview

 

De l’avis du président de l’Union nationale, Ali Bongo n’est pas dupe. Les protagonistes à qui il veut vendre sa supercherie, le sont moins. Raison pour laquelle, ils ne comptent pas prendre part à son dialogue politique, au risque de légitimer son second septennat. Pour Zacharie Myboto, si le dialogue politique s’était tenu avant le scrutin du 27 août 2016, «il aurait permis d’éviter la crise politique dans laquelle nous croupissons en ce moment, et épargner notre pays de nombreux morts qu’il a enregistrés».

En effet, en juillet 2012, l’Union nationale, dissoute à l’époque, avait fortement recommandé l’organisation d’une conférence nationale souveraine. La communauté internationale, inquiétée par la crise politique, économique, sociale et culturelle dans laquelle se trouve le Gabon depuis 2009, avait appelé en décembre 2014 la classe politique à un dialogue inclusif. En février 2015, l’opposition, le PDG, à travers le mouvement Héritage et Modernité, la société civile et les confessions religieuses, se sont joints à cet appel de la communauté internationale, en marquant leur volonté de voir ce dialogue se tenir avant l’élection présidentielle de 2016..

«Aller donc au dialogue aujourd’hui, est inutile. A moins de faire délibérément le choix de légitimer le pouvoir en place ; de légitimer la mutation de notre pays de la République à la Monarchie ; de permettre à Ali Bongo Ondimba de satisfaire son désir profond de s’imposer monarque dans une République. Avons-nous le droit de cautionner ce méfait ?», s’est interrogé Zacharie Myboto, dans son adresse, à l’occasion de la commémoration du septième anniversaire de l’Union nationale.

Pour le président de l’UN, qui attend au même titre que tous les autres membres de la Coalition pour la nouvelle République, qu’ Ali Bongo Ondimba organise, la passation de charges entre lui et Jean Ping, le dialogue annoncé par le président de la République, serait plus un «marché de dupes, un dialogue de la compromission, un dialogue de la monarchisation de la République». La stratégie pour y arriver, semble être bien maitrisée par Zacharie Myboto qui voit déjà l’ancien candidat du Parti démocratique gabonais, emprunter les mêmes voies que celles qui auraient conduit le pays au chaos actuel, et qui a été vécu entre 1993 et 2005.

«La Constitution de 1991 disposait qu’un président de la République était élu à un mandat de cinq (5) ans, renouvelable une fois. En 1997, une première modification avait fait que ce mandat passe de cinq (5) à sept (7) ans. Une seconde est intervenue en 2003, pour instituer l’élection à un tour, avec des mandats illimités. C’est le même scénario qui va nous être servi dans les années à venir, pour trahir les conclusions auxquelles seront parvenues les assises de ce dialogue», a-t-il affirmé. Selon Zacharie Myboto, «en recourant aux mêmes subterfuges, et en raison du principe de la non-rétroactivité de la loi, Ali Bongo Ondimba séjournerait ainsi au pouvoir, au moins jusqu’en 2037, pour un mandat de 7 ans, renouvelable une fois ; et au moins jusqu’en 2033, pour un mandat de 5 ans, renouvelable une fois».