Les pourparlers d’Angondjé auront été une sinécure pour Basile Mvé Engone, Jean-Marie Ndong Ekwaghé, Michel-Francis Mbadinga et Ismaël Osséni Ossa, tous leaders religieux. Facilitateurs du Dialogue politique, grassement payés (pas moins de 10 millions de FCFA), ils ne sont intervenus sur aucune décision. 

En compagnie du ministre en charge du Dialogue politique (au centre), les quatre facilitateurs nationaux. © csaig.ga

 

Les quatre hommes d’église désignés comme facilitateurs à la dernière grand-messe sociopolitique d’Angondjé n’auront finalement pas servi à grand-chose. Lors des désaccords entre les représentants des deux bords politiques, ils n’ont jamais été sollicités. Les participants préférant s’en remettre au bureau du Dialogue pour trancher telle ou telle divergence, mais pas toutes les divergences.

Au titre des désaccords, ou plutôt les points sur lesquels la majorité et l’opposition pinaillaient à Agondjé, figurait un sujet crucial : le redécoupage électoral. Un sujet qui, à la lecture du Rapport des travaux, donne le sentiment d’un travail bâclé, ou, à tout le moins, mal haché. À ce sujet, les délégués des deux parties n’ont à aucun moment sollicité la médiation des quatre hommes d’église, pourtant désignés par un Conseil des ministres à la mi-Mars. Ces quatre facilitateurs n’ayant d’ailleurs pris part qu’aux cérémonies d’ouverture et de clôture des assises, ont été «royalement ignorés» pendant les travaux du Dialogue.

Le Mgr. Basile Mvé Engone (archevêque de Libreville), le Pasteur Jean-Marie Ndong Ekwaghé (président de l’Église évangélique du Gabon), le Révérend Pasteur Francis-Michel Mbadinga (président de l’Église Béthanie et leader des Églises pentecôtistes et de réveil), et l’Imam Ismaël Osséni Ossa (président du Conseil supérieur des Affaires islamiques du Gabon) ont pourtant bien perçu leurs «indemnités de session», 10 millions de francs CFA chacun au tout premier jour des travaux. Mais, alors que leur rôle était de régler certains blocages et de rapprocher les positions des uns et des autres, rien de tout cela n’est arrivé : ils n’ont été sollicités à aucun moment. Les hommes politiques ont plutôt choisi de tout régler entre eux, «renvoyant» certains «dossiers non conclus» au Bureau du Dialogue supervisé, entre autres, par Emmanuel Issozé Ngondet et Faustin Boukoubi pour le compte de la majorité, et René Ndemezo’o Obiang et Pierre-Claver Maganga Moussavou pour le compte de l’opposition.

A l’évidence, ayant eu à examiner trop de sujets délicats, les délégués de la majorité et de l’opposition ont voulu tout traiter à huis clos. Entre eux. Entre «initiés». D’où l’analyse de certains observateurs avisés de la vie politique gabonaise selon laquelle «ce dialogue aura été une grosse farce orchestrée par les hommes politiques des deux bords». Résultat des courses : le Rapport du Dialogue a été fraîchement accueilli par une très grande majorité de Gabonais ne comprenant pas l’absence de «gestes d’apaisement» au moment où le Gabon connaît l’exacerbation des tensions socio-politiques.

La résolution portant augmentation du nombre des sièges de députés, par exemple, a été couchée dans le rapport sans n’avoir été discutée jusqu’au bout par les participants et sans que la question n’ait pu être tranchée par le Bureau du Dialogue. Quand Ndemezo’o Obiang estime à 150 le nombre de sièges de la future Assemblée nationale, Pierre-Claver Maganga Moussavou croit savoir que le Palais Léon Mba pourrait en compter 140. Deux chiffres avancés par des co-présidents du Bureau du Dialogue. Incohérence, incohérence-chérie. C’est à croire qu’ils n’ont pas pris part aux mêmes assises…

En tout cas, deux mois de travaux et près de 13 milliards de francs CFA plus tard, le Dialogue d’Angondjé qui avait la prétention de traiter de tout n’aura donc pas servi à régler des problèmes aussi fondamentaux que le découpage électoral, en dépit de la mise à la disposition des délégués des deux bords politiques de pas moins de quatre facilitateurs finalement «payés à ne rien faire» ! Tout cela n’est que pitoyable et détestable.