Endocrinologue et directeur général du Centre hospitalier universitaire de Libreville (Chul), le Dr Eric Augustin Bayé, président du Comité d’organisation du 5e Congrès de la Société francophone africaine de diabétologie (SFAD), s’est entretenu avec les journalistes sur plusieurs questions relatives à cette maladie.

Dr Eric Augustin Bayé, président du Comité d’organisation du 5e Congrès de la Société francophone africaine de diabétologie (SFAD), le 28 novembre 2018. © Gabonreview

 

Le 5e Congrès de la Société francophone africaine de diabétologie (SFAD) s’est ouvert le 28 novembre 2018, à Libreville. «Le diabète : quels enjeux pour l’Afrique de demain ?». Quel est l’intérêt d’une telle rencontre ?

Dr Eric Augustin Bayé : Nous nous sommes retrouvés à l’occasion du 5e Congrès de la société francophone africain de diabétologie (SFAD). C’est une société savante qui réunit les diabétologues de l’Afrique blanche et noire francophone. Les travaux ont donc débuté par un panel qui intéressait les experts de l’OMS, la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) pour l’assurance maladie, l’International Diabet association et le ministère de la Santé. Il s’agit d’un congrès qui réunit 216 spécialistes du diabète, des médecins, des professionnels de santé, des partenaires au développement, des laboratoires pharmaceutiques. Ils se réunissent pour discuter sur les niveaux de recherche, sur les avancées en termes de prise en charge des diabétiques et sur les stratégies à mettre en place pour enrayer l’épidémie que représente cette maladie, ainsi que les défis qu’elle oppose à nos économies et à nos gouvernements.

Que peut-on attendre de cette rencontre ?

La première chose dans toutes rencontres scientifiques c’est d’abord que les personnes discutent, se connaissent et mettent en synergie leurs avancées, leur niveau de connaissance en termes de recherche, de prévention et en termes de lutte contre le diabète. A l’issue des trois jours que prendront nos travaux, il s’agira de voir ensemble comment enrayer le diabète, quels sont les programmes à mettre en place en termes de prévention ? Parce que c’est une maladie non-transmissible dont on connait la gravité et surtout lié à l’origine à  notre style de vie.

A quoi est liée la subite explosion de cette maladie en Afrique?

La prévalence et surtout l’incidence de l’explosion du diabète dans nos pays est liée aux modifications brutales de notre mode de vie. On mange trop sucré, trop salé, trop gras, on ne fait pas beaucoup de sport et tout cela entraine l’explosion du diabète dans nos villes. Ce type de forum nous permet de savoir comment il faut faire, premièrement pour prévenir la maladie, ce qu’il faut faire et aussi quelles sont les avancées en matières de prise en charge médicamenteuse. Quels sont les nouveaux médicaments ? Comment diagnostiquer la maladie ? Comment la traiter ? Comment la prendre en charge pour le bien des malades et aussi des professionnels de la santé ?

C’est vrai qu’au Gabon, il y a une prise en charge des diabétiques. Mais on se rend compte que les médicaments coûtent toujours chers. Pourquoi?

Il faut savoir que notre pays est privilégié puisque doté d’un système d’assurance maladie universelle représenté par la CNAMGS. Elle prend en charge 90% de la facture de la maladie en termes de médicaments, de soins, d’hospitalisation et en termes d’examens complémentaires. Ce n’est pas négligeable ! C’est vrai que ça reste toujours très cher surtout pour les démunis, du fait que le diabète est une maladie chronique, qui ne guérit pas et pour laquelle il faut prendre des médicaments, tous les jours et faire des contrôles tous les trois à quatre mois. Tout cela coûte très cher pour la famille, pour le patient et pour la communauté. Vous avez entendu l’allocution de madame le ministre d’Etat (Denise Mekam’ne) qui a lancé un plaidoyer auprès des laboratoires pharmaceutiques pour qu’ils continuent de faire leurs efforts sur la baisse des coûts des médicaments et de la prise en charge générale du diabète.

Quelques chiffres sur la situation de la maladie au Gabon?

Il faut noter que le Gabon a été choisi parce que notre pays, en Afrique noire, est l’un des pays qui est le plus atteint par le diabète. Nous avons, en 25 ans, triplé le nombre de diabétiques, passant de 2 à près de 10%. Et si rien n’est fait dans les 20 ans à venir, nous serons à 14 % de diabétiques. A ce jour, un Gabonais sur dix est diabétique ou ignore qu’il l’est. Ces chiffres sont éloquents et inquiétants parce que nous connaissons les complications de cette maladie au long cours, si la prise en charge n’est pas efficace et efficiente. C’est tout l’enjeu de ce Congrès et aussi l’enjeu des politiques à mettre rapidement en route avec des programmes de prévention efficaces, afin qu’on n’atteigne pas les 14% prévus dans les 20 ans à venir. Il faut que la courbe casse.

Propos recueillis par Désiré Clitandre