Les récentes déclarations du ministre en charge du Dialogue politique relancent le débat sur le respect des engagements en politique.

Le décor de la cérémonie de clôture du Dialogue politique, le 26 mai 2017 à la présidence de la République. La rencontre fut notamment marquée par la remise, au chef de l’Etat, d’un protocole d’accord. © Dialogue politique 2017

 

Les espoirs de réformes concertées s’envolent, les calculs personnels se révèlent improductifs, l’échec est incontestable (lire «Dialogue politique : L’échec consommé»). Réputé proche du président de la République, truculent et impétueux, le ministre en charge du Dialogue politique a douché les espoirs de bon nombre d’acteurs politiques. Sans prendre de gants et loin du langage consensuel jusque-là en vigueur, Francis Nkea Ndzigué y est allé de ses certitudes le week-end écoulé chez nos confrères du quotidien L’Union (lire «Dialogue politique : Oubliez le comité de suivi»). A en croire ses dires, le gouvernement sera chargé de mettre en œuvre les réformes, le comité de suivi se muant en organe de suivi-évaluation.

Tant vantée, la rencontre d’Agondjé aura finalement accouché de simples indications à soumettre à l’exécutif. Tant attendu, le nouveau gouvernement se révèle, en définitive, être un vulgaire serpent de mer. Présenté comme un élément essentiel du cadre institutionnel de mise en œuvre, le comité de suivi sera finalement chargé de se prononcer sur le travail gouvernemental. Le statut juridique du Dialogue politique est-il pour quelque chose dans ce retournement de situation ? On peut le soutenir. La composition d’un nouveau gouvernement s’avère-t-elle autrement plus compliqué ? On peut l’affirmer. Le comité de suivi a-t-il été adapté à la réalité actuelle ? On est libre de le croire. N’empêche, on doit songer aux organisateurs et aux participants. Au-delà, on doit réfléchir à l’impact sur la crédibilité de la parole des hommes politiques.

Calculs partisans

En réalité, René Ndemezo’o Obiang, Pierre-Claver Maganga-Moussavou et Séraphin Ndaot Rembogo, notamment, ne sont pas les seuls à subir le contrecoup de cette affaire. Si l’ensemble des organisateurs et participants sont humiliés par ces décisions, les initiateurs ne s’en tirent pas mieux. Après l’échec du Pacte social et de la commission de concertation dédiée, cette nouvelle reculade en dit long sur la capacité de la majorité à demeurer fidèle à un engagement. Au regard du destin du Conseil national pour la démocratie, elle met en lumière les calculs politiciens de la majorité. Dès lors, une évidence saute aux yeux : Ali Bongo et ses proches ont tendance à se jouer de leurs alliés. Où l’on en vient à s’interroger sur le sens des engagements en politique. Où l’on en arrive à se poser des questions sur la crédibilité de la parole en politique.

Certes, une partie non négligeable de l’opinion publique peut, à bon droit, se réjouir de ces nouveaux développements. Mais, tout se passe comme si notre destinée collective était condamnée à se perdre dans les sables mouvants des petits calculs partisans. Comme toutes les initiatives antérieures, le Dialogue politique se fracasse contre une loi d’airain de la vie publique nationale : la primauté des intérêts privés et personnels. Comme toujours, l’actuel exécutif n’a pas pu aller au-delà de son agenda propre ou, plus prosaïquement, de la défense des intérêts de ses représentants. Avec un cynisme consommé, le ministre en charge du Dialogue politique ne s’est, du reste, nullement privé de remettre en selle l’équipe à laquelle il appartient.

Accumulation de frustrations

Et pourtant, les participants au Dialogue politique n’entendaient pas sortir le Parti démocratique gabonais (PDG) du jeu. Si certains d’entre eux avaient à cœur de se positionner politiquement ou socialement, d’autres croyaient naïvement faire œuvre utile. Loin de tout calcul, une certaine société civile et même certains leaders politiques de la jeune génération espéraient impulser une dynamique nouvelle. Aujourd’hui, il y a risque de voir toutes ces personnes essayer de laver leur honneur souillé. Leurs agissements pourraient alors s’inscrire sous le sceau de la vengeance. Depuis 2009, l’actuelle majorité n’a eu de cesse de multiplier ce type d’erreur. Systématiquement, elle a frustré ses alliés, au point de retirer toute valeur à sa parole. Au final, elle a, elle-même, semé le venin de la discorde et favorisé le terreau sur lequel a éclos la défiance populaire.

La crédibilité d’un homme politique se mesure aussi à sa capacité à honorer ses engagements. Faut-il le rappeler ? En la matière, rien n’est jamais définitivement acquis. Les choses se construisent et se renforcent au quotidien. Au lendemain de ce nouveau reniement, Ali Bongo et les siens ne peuvent faire comme si de rien n’était : ils doivent interroger leur pratique politique. Ils doivent prendre le courage de se demander si une base politique se construit sur l’accumulation de frustrations, fussent-elles personnelles, et si un projet politique se met en œuvre sur le non-respect de la parole donnée, la roublardise et la malice. Avec ou sans les participants au Dialogue politique, ils doivent se poser les bonnes questions. Sauf, bien entendu, s’ils entendent exacerber les tensions et creuser davantage le fossé entre l’opinion publique et eux.