Pour en finir avec les incertitudes sur le bilan ou les querelles sur les motivations des parties, il faut faire la lumière sur ces douloureux événements.

Forces de l’ordre dans la rue, le 1er septembre 2016 à Libreville : Comment et par qui fut organisée la répression des mouvements populaires ? Qui étaient les donneurs d’ordre et exécutants de l’attaque contre le quartier général de Jean Ping ? Quid du bilan humain et matériel ? © AFP/ Marco Longari

 

C’est une profonde blessure dans l’inconscient collectif, une ligne de faille au sein de la société. Au-delà des incertitudes sur le bilan ou des querelles sur les motivations, les événements du 31 août 2016 rythment encore notre vivre ensemble. Commémorant le deuxième anniversaire de l’assaut contre son quartier général, Jean Ping a exigé de la «reconnaissance» pour les victimes, dénonçant une «page sombre et sanglante de notre histoire» (lire «J’exercerai le pouvoir d’Etat»). Malgré le temps, l’émotion et la douleur sont  toujours aussi vives. En dépit des initiatives politiciennes, la frustration et le ressentiment transparaissent encore. Ni le Dialogue politique d’Angondjè, ni le Dialogue national pour l’alternance n’ont servi de catharsis. Autrement dit, ces rencontres n’ont pas non plus aidé à faire le deuil.

Sortir de l’opacité et de l’intolérance

Comme le soulignent les témoignages lus çà et là, cette journée demeure dans les mémoires. Entre désespoir et traumatisme, de nombreux militants de l’opposition crient leur colère. D’ordinaire si prompts à porter la contradiction, les partisans de la majorité s’astreignent au mutisme. C’est dire si un tacite consensus se construit dans l’opinion. C’est aussi dire si la gravité des événements ne se discute plus. Pourtant, il va bien falloir dépasser cette étape. Pour envisager un avenir de concorde et de solidarité, il faudra en finir avec ce passé de haine et de division. Un futur partagé ne se construit ni dans la dissimulation, ni dans la coercition encore moins dans la fanfaronnade ou le mensonge. Faute de l’admettre, on pourrait assister à un délitement total de la société.

La construction d’une nation repose sur des valeurs partagées. Elle suppose la structuration d’une identité historique, culturelle, linguistique ou religieuse. La fierté nationale peut-elle émerger quand les uns ont le sentiment d’être à la merci des autres ? Le grand récit national peut-il s’écrire en absence de données vérifiées et vérifiables ? Peut-il se concevoir quand une chape de plomb recouvre les évènements ? Peut-on parler d’identité sans préalablement établir de consensus sur les faits historiques ? Comment croire aux institutions quand des tortionnaires supposés déambulent librement ? Quelles leçons tirer de tels événements? Comment se prémunir d’une possible répétition ? Il y a urgence à sortir de la désinformation, de l’opacité, de l’intolérance et de la peur. À cette fin, des efforts doivent être faits, de part et d’autre de l’échiquier politique.

Attente populaire

Deux ans après la dernière présidentielle, la date du 31 août hante les esprits. Pourtant, il faudra bien faire la lumière sur ces tragiques événements. Dans quelles circonstances le bâtiment de l’Assemblée nationale fut-il incendié ? Quels sont les identités des incendiaires et commanditaires ? Quel fut l’ampleur des dégâts ? Comment et par qui fut organisée la répression des mouvements populaires ? Qui étaient les donneurs d’ordre et exécutants de l’attaque contre le quartier général de Jean Ping ? Quid du bilan humain et matériel ? Pourquoi certaines personnalités arrêtées ce jour-là croupissent-elles encore en prison ? Comment aborder la question des indemnisations ?  Ces interrogations ne peuvent plus longtemps rester interdites ou en suspens. Fondement de la participation citoyenne à la vie publique, l’élection est consubstantielle à la démocratie. Levain du débat, elle instaure une interaction entre gouvernants et gouvernés. Elle contribue tout autant à l’amélioration de la qualité des décisions voire de la gouvernance.

Loin de l’irresponsabilité des uns ou de l’esbroufe des autres, il faut en finir avec les élections meurtrières, le Gabon ayant besoin de stabilité. Cette exigence se fait de plus en plus forte : totalement décriées, les institutions suscitent méfiance et mépris ; largement défavorable au secteur privé, le climat des affaires n’attire guère les investisseurs ; la précarité, le mal-être et le mal-vivre se généralisent. Dans cet environnement, de nombreuses voix invitent au sursaut (lire les «Notables de la République»). Même si ces appels pèchent par un mauvais usage des concepts (lire «Une bouteille à la mer»),  ils sont l’expression d’un désir partagé. Autrement dit, ils ont le mérite de relayer une attente populaire : la vérité sur les événements du 31 août 2016.