La moralisation de la vie publique est pour certains fonctionnaires, un simple slogan. Une inspectrice des impôts, récemment suspendue de ses fonctions apprend le contraire à ses dépends. Ayant détourné un peu plus de 5,5 millions de francs CFA, sa carrière pourrait connaitre le naufrage par la faute de sa cupidité.  

Gabonreview.com - La Direction générale des impôts à Libreville

Révélée par l’hebdomadaire Le Nganga et répercutée le 26 juillet dernier par le quotidien L’union, l’affaire Lucie Lekoba est décidément l’occasion pour le ministère de l’Économie de donner par l’exemple, une preuve de la volonté de moralisation de la vie publique tant clamée à travers les discours officiels. Un conseil de discipline devrait incessamment être organisé dans ce département ministériel en vue de trancher sur le sort de Lucie Lekoba, fonctionnaire véreuse et incriminée dans une infraction administrative grave. Notamment, pour faux et usage de faux et falsification de documents comptables.

Selon les journaux sus cités confortés par des sources de la Direction générale des impôts (DGI), Lucie Lekoba, la quarantaine, aurait profité d’une période d’affluence, autour du 20 du mois pour le paiement de la TVA, pour détourner un peu plus de 5,5 millions de francs CFA. Le pot aux roses a été découvert grâce à une compagnie de construction dont le paiement au Trésor public a été amputé de cette demi-dizaine de millions, au titre d’arriérés d’impôts. Les réclamations de l’opérateur économique et les diverses procédures pour vérifier la plausibilité d’un bug, ont amené au constat de ce que la quittance servant de justificatif à la réclamation de l’entreprise n’était qu’un faux document établi hors du circuit officiel. Une plainte a donc été déposée à la Direction générale des recherches (DGR). Ce qui a obligé l’opérateur économique lésé à indiquer à déclarer «avoir remis à dame Lucie Lekoba, inspecteur des impôts en service au Cipep de Libreville-Sud, la somme de 5 578 048 francs. Cette dernière lui a transmis, en échange, la quittance n°149745 comme preuve de paiement», indique le quotidien L’union. On conclu donc à un faux et usage de faux manifeste couplé de falsification de documents comptable.

La plainte introduite à la DGR a été transférée pour compétence devant le procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville, Sidonie Flore Ouwé, qui l’a transmise, après confirmation des charges, au juge d’instruction où elle reste pendante, en attendant que la DGI, conformément aux textes, introduise une saisine à l’Agence judiciaire du Trésor (AJT), compétente pour défendre les intérêts de l’État lorsque les parties civiles sont des administrations publiques. Incarcérée, Lucie Lékoba aurait provisoirement recouvré sa liberté après le paiement d’une caution par l’entremise de son avocat. Elle est parallèlement sous le coup d’une procédure administrative dont la première étape a été la suspension de ses fonctions par le ministre de l’Économie, Luc Oyoubi. Un passage en conseil de discipline devrait incessamment intervenir. De nombreux fonctionnaires et même certains journaux ont pourtant pensé que la dame avait bénéficié d’un sauf-conduit. Il s’agit en réalité d’une méconnaissance des procédures disciplinaires de la fonction publique et d’une confusion avec l’action en cours au tribunal.

Si l’action disciplinaire entreprise par Luc Oyoubi à l’endroit de Lucie Lekoba se conforme aux prescriptions légales et réglementaires de l’administration, elle démontre également une certaine mise en œuvre de l’axe 3 de «L’avenir en confiance», le projet de société du président Ali Bongo : «Réussir la moralisation de la vie publique et assurer une meilleure gouvernance des affaires publiques.» Puisse le sort de dame Lekoba servir d’exemple à tous ceux que le goût du lucre et du péculat écarte des principes d’intégrité, d’honnêteté et de droiture qui devraient caractériser tout fonctionnaire et qui, dans son cas, sont pourtant édictés le «Guide déontologique du fonctionnaire de l’administration fiscale».