Quatre ans après sa destruction, à la place de la Cité de la démocratie, aucun édifice n’a été construit. Pourtant, le projet pour le moins farfelu des autorités sur cette colline est déjà au centre d’un conflit financier.

L’ancienne Cité de la démocratie de Libreville. © Aimée Arias Danger / Gabonreview

 

Pour organiser ses grands événements sociaux, économiques, culturels ou même politiques, à l’instar de la grand-messe tenue de mars à mai dernier à Angondjé, le Gabon est désormais contraint d’avoir recours à la location de salles dans les différents hôtels de Libreville ; quand ce ne sont pas les tentes géantes qui accueillent les participants, y compris ceux venus de l’étranger. Bientôt cinq ans que cette situation dure, et ne semble préoccuper personne, encore moins les principales autorités du pays. Comment s’en préoccuperaient-elles d’ailleurs ? Ce sont ces mêmes autorités qui, il y a quatre ans, ont amputé la capitale gabonaise de ses uniques salles capables d’accueillir les grands évènements d’ampleur nationale et internationale : le palais des congrès, le palais des banquets et le palais des spectacles de la Cité de la démocratie.

Construit en 1977 dans la foulée de l’organisation du sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), actuelle Union africaine, les trois édifices ont été détruits par Ali Bongo en 2013. Si quelques mois auparavant, l’Agence nationale des grands travaux (ANGT) envisageait déjà de réhabiliter la salle des banquets, son projet de transformer le palais des spectacles (d’une capacité de 1 200 places) en immeuble de bureaux était apparu absurde. L’Ordre gabonais des architectes (Oga) s’était d’ailleurs vivement opposé à ce projet dès juillet 2012.

Pourtant, ni les arguments de l’Oga ni le refus des populations de voir détruire un patrimoine national  n’avaient permis d’empêcher l’autre projet des autorités. Celui-ci, considéré par les contempteurs du régime comme l’un des plus absurdes et les plus inutiles du pouvoir d’Ali Bongo, consistait à raser les trois salles pour aménager  un parcours de golf. En 2013, le président de la République voulait y recevoir ses amis de la jet-set gabonaise et internationale. Il était prêt à y mettre le prix, et s’était déjà attaché les services de la société Gregori International, spécialiste du domaine. Seulement depuis, le grand chantier d’Ali Bongo est à l’arrêt depuis des mois. Il serait au centre d’un litige qui pourrait bien se porter sur le terrain judiciaire.

La lettre du continent a révélé, mercredi 22 novembre, que la société toulousaine «réclame aujourd’hui 4,3 milliards de francs CFA (6,5 millions d’euros) de facture non réglée pour les études et les travaux réalisés». L’ANGTI n’aurait pas tenu ses engagements contenus dans les conventions du 5 avril et du 28 novembre 2016. Initialement, apprend-t-on, la dette du Gabon dans ce projet qui semble loin de voir le jour  était de 5,7 milliards de francs CFA, soit 8,6 millions d’euros. Drôle de priorité tout de même, alors que le pays subit depuis plus de deux ans les contrecoups de la crise de l’industrie pétrolière dont il dépend en grande partie.