Le commissaire national à la Culture et à la Communication de l’Union nationale, par ailleurs membre du conseil de discipline au sein du parti, Marcel Djabioh apporte dans cette interview à Gabonreview, des clarifications sur la procédure d’exclusion initiée à l’encontre du 5e vice-président du parti de Zachary Myboto.

Le commissaire national à la Culture et à la Communication de l’Union nationale, Marcel Djabioh. © D.R.

 

Gabonreview : Le Bureau national de votre parti vient d’exclure définitivement Estelle Ondo à la suite de son recours. C’est la fin de ce feuilleton ?

Marcel Djabioh : En effet, le Bureau national de l’Union nationale, s’est réuni en session extraordinaire le jeudi 27 juillet 2017, afin d’entendre à sa propre demande, Mme Estelle Ondo qui, conformément à l’article 30 du règlement intérieur du parti, et avant le rendu définitif du tribunal de première instance de Libreville, avait introduit une requête en appel de la décision n°8/UN/BN/16 du 15 décembre 2016 l’excluant du parti.

Cet article 30 en son alinéa 8 stipule que :

«Le Bureau national saisi d’un recours peut : se prononcer directement ; se prononcer après avoir entendu le militant ; convoquer un nouveau conseil de discipline ».

Aussi, la requérante ne s’étant pas présentée, le Bureau national de l’Union nationale se prononçant directement, a décidé à l’unanimité des membres présents à cette session, de confirmer l’exclusion de Mme Estelle Ondo.

Le parti estime que sa lettre de démission est sans objet dès lors que le recours ne suspendait pas son exclusion.

C’est bien ce que cela veut dire. Les textes de l’Union Nationale n’indiquent nulle part qu’un recours a un effet suspensif, quant à l’application de la sanction querellée. Par conséquent, sa démission est comme vous le dites, sans objet.

La ministre avait contesté son exclusion et avait saisi la justice. Doit-on comprendre que sa lettre de démission était une renonciation à sa requête devant le tribunal ?

Merci pour cette question qui sans doute, permettra à l’opinion d’être éclairée sur la démarche bancale de dame Estelle Ondo, et le rendu définitif du tribunal. Sa lettre de démission n’est en rien une renonciation à sa requête devant le tribunal qui a rendu une espèce de jugement de Salomon, le 24 avril 2017.

Ce qu’il faut savoir, c’est que, répondant à une première convocation, Mme Estelle Ondo s’était présentée non pas pour être entendue, mais pour confirmer une demande de report qu’elle avait sollicitée auprès du Conseil de discipline, quelques jours avant. Elle a obtenu de celui-ci une réponse favorable, au vu des raisons évoquées par son conseil et par elle-même, et jugées légitimes par le conseil. Or, à la date de la deuxième convocation, au lieu de Mme Estelle Ondo ou conseil attendus, c’est un huissier de justice commis qui se pointa avec une lettre. Comprenant les intentions sournoises cachées derrière ce manège, le conseil de discipline jugea bon de dresser procès-verbal et de le transmettre au Bureau National qui au vu de celui-ci, décida de prononcer son exclusion.

Et la plainte devant le tribunal ne fut qu’une confirmation de ce qui se lisait déjà. Pourtant, si Mme Estelle Ondo qui accuse l’Union Nationale d’avoir violé ses textes, en était respectueuse, étant donné qu’elle n’avait pas encore reçu notification de son exclusion du parti, elle aurait attendu d’être notifiée et d’épuiser la voie de recours que lui offrait l’article 30 du règlement intérieur, plutôt que de courir au tribunal qui, contrairement à ses dires, a rendu le jugement dont voici in extenso la teneur :

«AFF : Ondo Estelle C/ Union nationale représentée par Zacharie Myboto.

Vu le jugement du 24 avril 2017 répertorié sous le numéro 355/16_17

Confirme le rejet de la fin de non-recevoir soulevée par l’Union nationale ;

Prend acte de ce que les parties ont conclu au fond ;

Confirme que l’article 30 du règlement intérieur du parti n’interdit nullement au militant lésé de saisir les juridictions de droit commun et que la saisine de tribunal de première instance de Libreville par dame Ondo Estelle est régulière ;

Prend également acte du recours introduit devant les instances compétentes du parti par dame Estelle Ondo contre la décision d’expulsion prononcée à son encontre ;

Constate que ledit recours survient après la notification de la décision querellée et aussi après la saisine de la juridiction de céans ;

Dit et juge que ce recours est incompatible avec la saisine du tribunal de première instance de Libreville ;

En conséquence, renvoi les 2 parties à mieux se pourvoir au sein de leur entité ou structure politique. Condamne les parties à parité aux dépens.»

Question toute bête mais utile. Puisque Mme Estelle Ondo affirme que la décision prise à son encontre a été annulée par ce jugement du 24 avril 2017 répertorié sous le numéro 355/16_17 au tribunal de première instance de Libreville et qu’elle attendait des excuses de l’Union nationale, pourquoi avait-elle donc jugé opportun d’introduire auprès du Bureau national de l’UN, une requête en appel de ladite décision plutôt que de réintégrer simplement son parti, à défaut, de démissionner en ce moment-là ? Comme vous pouvez le constater, sur la base du jugement ci-haut cité et qui ne souffre d’aucune ambiguïté, chacun pourrait très bien se faire sa propre opinion et trouver de quel côté se situerait la vraie vérité.

Cette décision met-elle définitivement fin au long bras de fer entre le Parti et la ministre ?

Avant de répondre à votre question, précisons que ce bras de fer n’a pas eu lieu entre le parti et la ministre, mais entre le parti et une de ses militantes. Pour en venir à la question, à moins que cette affaire qui opposait les deux parties, ne fût que l’arbre qui cachait la forêt, pour l’Union nationale le débat est définitivement clos.

Quels sont les motifs de cette exclusion ?

Le motif est tout simple. Il a été reproché à Mme Estelle Ondo, sa participation au gouvernement de M. Ali Bongo, sans l’accord de son parti, alors qu’elle était vice-présidente, c’est-à-dire membre de la plus haute instance dirigeante du parti. Les cadres de l’UN qui ont participé au Dialogue politique d’Angondjé partagent, dans une certaine mesure le positionnement d’Estelle Ondo. Subiront-ils le même sort ?

(Rire) Ne confondons pas brigand et malfaiteur, même si un brigand n’est pas un bienfaiteur. Ce sera au Bureau national d’apprécier la gravité ou non des faits et d’en décider. En attendant, sachez que l’Union nationale n’est pas le père fouettard, et que l’exclusion où la radiation ne sont pas les seules sanctions prévues par ses statuts et son règlement intérieur.

Beaucoup de ceux qui ont quitté le parti, justifient leur départ par l’absence de démocratie au sein de l’UN et la prééminence d’un certain autoritarisme. Est-ce vraiment le mal de l’UN ?

Le constat général est que c’est une manie malheureusement courante au Gabon. Vous adhérez à un parti sans mandat de qui que soit, mais au moment d’en sortir, comme contraint par on ne sait quel mandant, de rendre des comptes à une certaine opinion comprenant même à ceux qui ne vous ont rien demandé. N’êtes-vous pas étonné de la similitude des raisons souvent évoquées par tous ceux qui, quel que soit le parti politique, le quittent clairon au bec ?

Venant des personnes avec qui vous avez fait un bon bout de chemin et partagé un certain nombre de choses, ces allégations dont vous faites état, sont risibles et très déconcertantes et, comble d’insulte, fait passer pour moins intelligents, tous leurs ex-compagnons restés fidèles aux valeurs, aux principes, à l’idéal et à l’idéologie auxquels ils avaient eux-aussi adhéré sans baïonnette à la tempe. Entre nous soit dit, peut-on se prévaloir d’être bon démocrate lorsqu’on a du mal à se soumettre à la règle de la majorité ? Oubliant les actes qu’ils ont posés lors des congrès de l’UN, certains arguent pour se justifier, une pseudo-malice qui aurait été orchestrée contre le vice-président Casimir Oye Mba, candidat investi par l’Union nationale, qui lui-même est pourtant fier d’avoir satisfait au vœu ardent de la majorité des Gabonais, de voir les candidats majeurs dont lui, s’entendre pour leur présenter un candidat unique.

C’est à croire qu’ils se passent pour plus intelligents que l’intéressé qui demeure fidèle à son parti ! S’ils étaient aussi plus royalistes que le Roi, pourquoi n’ont-ils pas eu le courage de démissionner au lendemain du choix porté sur M. Jean Ping plutôt que sur le leur ? Nos amis peuvent-ils par simple honnêteté intellectuelle, expliquer à cette même opinion, par quel miracle sont-ils parvenus au sommet de la hiérarchie d’un parti familial à prééminence autocratique ? Une autre question à laquelle nos très chers amis devraient pouvoir répondre est celle-ci. Si au lieu d’un coup d’état militaro-électoral, M. Ali Bongo avait respecté le vrai verdict des urnes et reconnu sa défaite, ceux qui alléguant ceci ou cela pour se justifier, tirent à boulets rouges sur l’UN et la Coalition auraient-ils avec armes et bagages levés le camp ? Pour ne pas en dire plus sur ces arguties qui cachent très mal les vraies raisons de certains départs et de ces fléchettes, disons simplement que tout œuvre humaine n’étant pas parfaite, l’Union nationale ne peut s’en prévaloir,  mais ne ressemble cependant pas au visage qu’on tente de lui donner. Il est connu qu’un conjoint qui pense avoir trouvé satisfaction à ses besoins ailleurs, cache toujours la vérité et accuse celui ou celle qu’il quitte de tous les défauts.