En obligeant Irène Patricia Manguila Boussamba à renoncer à ses fonctions tout en assurant la protection d’autres personnalités mises en cause dans des affaires corruption, le Premier ministre consacre l’inégalité dans le traitement des personnes.

 

Comme d’autres dans le gouvernement, Irène Patricia Manguila Boussamba n’a jamais été incarcérée. © D.R.

 

«L’égalité entre les hommes est une règle qui ne compte que des exceptions», disait Ernest Jaubert, poète français du début du XXè siècle. Irène Patricia Manguila Boussamba vient de l’apprendre à ses dépens. Nommée ministre déléguée au Budget et aux Comptes publics (lire «Le gouvernement nouveau est arrivé»), elle aurait été contrainte à la démission ou plutôt à la «renonciation». Proche de Magloire Ngambia, l’ancien tout-puissant ministre de l’Economie puis des Infrastructures aujourd’hui en détention provisoire, elle avait été mise en cause dans le cadre de l’affaire Santullo-Sericom. Entendue par les services spéciaux puis par un juge en première comparution, elle a, depuis, été remise en liberté. Sur le fondement de ces éléments et au vu des railleries suscitées par sa nomination, elle aurait été poussée vers la sortie par le Premier ministre. Malgré les rumeurs distillées çà et là, tout cela nécessite des éclaircissements. Loin de relever de la simple péripétie, cet incident en dit long sur la gouvernance actuelle.

Au-delà du sort personnel de la désormais ancienne ministre, le gouvernement devrait répondre à certaines questions. Comment le nom d’une personnalité notoirement et publiquement mise en cause par la justice s’est-il retrouvé sur la liste officielle des membres du gouvernement ? Pourquoi le Premier ministre n’a-t-il pas fait état de ce cas particulier lors de sa dernière conférence de presse (lire «Issoze Ngondet justifie ses choix» ) ? Pourquoi certains cercles proches de la présidence de la République ont-ils, dans un premier temps, voulu avancer l’argument d’une homonymie supposée ? Pourquoi cette démission n’a-t-elle jamais fait l’objet d’une communication officielle du Premier ministre ou du secrétaire général de la présidence de la République ? Où se trouve l’acte de destitution ? Pourquoi la lettre de démission n’a-t-elle jamais été rendue publique ? Se trouve-t-il quelqu’un pour la produire et l’exhiber afin de taire toute suspicion ? Par qui la ministre débarquée a-t-elle été remplacée ? Ou alors, n’y a-t-il plus nécessité de se doter d’un ministre délégué au Budget ? Sans réponses à ces questions, certains voient dans cette affaire un énième effet de manche, un tour de passe-passe visant à endormir l’opinion. D’autres y lisent la manifestation d’une vindicte personnalisée.

A l’évidence, cette affaire est encore trop brumeuse, trop floue, pour contribuer à crédibiliser la gouvernance actuelle. La désormais ancienne ministre déléguée au Budget était censée œuvrer à l’assainissement des comptes publics et à la rationalisation de la dépense publique, notamment. Son non-remplacement immédiat ouvre la porte à toutes les interrogations et interprétations. Surtout si l’on se remémore l’épisode Rose Békalé. Comme dans le cas d’Irène Patricia Manguila Boussamba, cette affaire ne fit l’objet d’aucune déclaration officielle : la communication gouvernementale eut recours à la rumeur et à la presse. Raillée, la nomination de la regrettée ministre déléguée aux Affaires étrangères dans le premier gouvernement Biyoghé Mba fut présentée comme le fruit d’une simple homonymie. On évoqua l’existence d’une compatriote expatriée aux Etats-Unis et censée revenir occuper les fonctions. Six ans après le décès de l’ancienne ministre, l’opinion attend toujours le retour de la «vraie Rose Békalé». N’est-on pas en train de vivre un remake de ce vaudeville ? L’avenir le dira…

N’empêche, au-delà de l’anecdote, l’actuel gouvernement compte, malgré tout, plusieurs personnalités mises en cause dans l’affaire Santullo-Séricom (lire «La ribambelle des flibustiers s’allonge»  et «Biyoghé Mba sur le point d’être entendu ?») ou dans d’autres histoires de corruption (lire «Descente de la gendarmerie au ministère des Forêts» et «Nelson M’Essone entendu par le B2»). Les valeurs sont-elles modulables ? Les défend-on en fonction du poids politique des personnes concernées ? Les principes sont-ils à géométrie variable ? Les applique-t-on au gré des humeurs et selon les amitiés ou accointances ? Déjà, dans les chaumières, on ne manque pas de faire le rapprochement avec le cas Brice Laccruche Alihanga : accusé de malversation financière, le tout-nouveau directeur de cabinet du président de la République fut arrêté et incarcéré en juin 2013 dans le cadre de l’affaire BGFI-Soco BTP. Or, si Irène Patricia Manguila Boussamba a été entendue comme Nelson M’Essone, elle n’a jamais été incarcérée. Pourquoi sanctionner les uns et protéger les autres ? Pourquoi cette singulière compréhension de la république et de la justice ? Au président de la République et au Premier ministre d’y répondre.