La filiale gabonaise du géant singapourien est accusée, par les deux ONG, de déboiser les forêts du pays pour y établir la plus grande plantation d’huile de palme d’Afrique.

Les plantations de palmiers à huile d’Olam seraient le principal moteur de la déforestation au Gabon, celles-ci résultant de la conversion des surfaces forestières en superficies agricoles. © farmlandgrab.org

 

Dans un rapport conjoint rendu public le 12 décembre dernier, deux Organisations non gouvernementales (ONG) ont pris pour cible la multinationale Olam, accusée de gérer ses opérations de manière opaque. Selon Mighty et Brainforest, le géant singapourien est en train de créer un marché pour l’huile de palme liée à la déforestation, pour ensuite la revendre à une clientèle peu encline aux politiques de durabilité.

Une accusation soutenue par la directrice de campagne et des questions juridiques à Mighty. Pour Estelle Higonnet, «Olam gère une énorme boîte noire car son huile provient de fournisseurs secrets».

«À titre de comparaison, les homologues d’Olam ont publié les noms de leurs fournisseurs immédiatement, tandis qu’Olam a décidé d’attendre jusqu’à 2020. Repousser ainsi cette date équivaut à agiter un drapeau vert aux producteurs d’huile de palme sans scrupules pour les inciter à déboiser le plus vite possible, avant que la politique d’Olam n’entre en vigueur», a-t-elle argumenté.

Pour conforter leurs dires, les deux ONG évoquent des vidéos, obtenues pendant l’enquête infiltrée de Brainforest, montrant clairement comment Olam déboise les forêts du Gabon pour y établir la plus grande plantation d’huile de palme d’Afrique, et d’hévéa culture dans un pays qui est une véritable arche de Noé pour la biodiversité.

«L’analyse de données satellites a permis d’estimer que depuis 2012 Olam a déboisé environ 20 000 hectares de forêt dans quatre concessions au Gabon. Des photos et des vidéos révèlent de grands espaces de forêt dévastés, avec des arbres emblématiques et anciens arrachés au bulldozer et coupés à la tronçonneuse», ont affirmé les ONG américaine et gabonaise.

Pour le Secrétaire exécutif de Brainforest, «Olam se vante d’être un leader en durabilité à travers le monde, mais c’est bien loin de la réalité au Gabon». Après un combat de longue haleine, Marc Ona Essangui espère enfin que ce rapport poussera Olam à «adopter des normes qui sont réellement protectrices de nos forets précieuses, dont dépendent nos communautés ainsi que notre faune iconique et notre patrimoine».

Selon le rapport, l’étendue de la déforestation qui a été documentée met Olam en porte à faux avec ses promesses envers le Conseil pour la bonne gestion des forêts (FSC). En effet, la multinationale singapourienne fait partie d’une tendance lourde de multinationales Asiatiques s’apprêtant à implanter en Afrique un modèle de développement agricole qui a contribué à la destruction de vastes territoires naturels en Asie du Sud-Est et de violations de droits de l’homme.

L’enquête explique, par ailleurs, comment de 2011 à 2015, Olam a multiplié par vingt son volume commercial d’huile de palme afin de passer de 71 000 à 1,53 millions de tonnes, soit près de 2,5 % de l’huile de palme mondiale aujourd’hui. «Cependant, cette expansion n’est pas venue de pair avec une transparence améliorée», a déploré le rapport intitulé «La boîte noire de l’huile de palme».