Ministre déléguée avec des prérogatives, Clotilde Chantal Boumba Louey est  «absente des écrans». Elle est inaudible. Autant le dire tout de suite : ses huit premiers mois au Gouvernement auront été un gâchis ! L’ancienne maire de Gamba devrait se faire entendre de temps en temps pour éviter de dilapider complètement le capital de sympathie dont elle disposait à son arrivée au gouvernement le 21 août 2017…

Clotilde Chantal Boumba Louey, ministre déléguée auprès du Premier ministre chargé de la Décennie de la Femme, de l’Egalité des chances et de l’Investissement humain. © D.R.

 

Inertie ? Absence de vision ? Manque de charisme ? Peur de se faire juger par l’opinion ? Délégué auprès du Premier ministre, le ministère chargé de la Décennie de la femme, de l’Egalité des chances et de l’Investissement humain est-il trop abstrait ? Sa patronne compte-t-elle parmi les ministres que le billet Makaya de L’Union dit «plongé dans un coma profond» ?

Il ne s’agit pas ici de faire un procès en incompétence ou de parler de son peu d’emprise sur la machine gouvernementale, mais la seule fois que l’on aura vu la ministre déléguée auprès du Premier ministre chargé de la Décennie de la Femme, de l’Egalité des chances et de l’Investissement humain, c’était le 8 mars 2018. A l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la Femme, dont le thème était : «L’heure est venue : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes». Clotilde Chantal Boumba Louey avait alors plaidé pour la parité des genres. Une «interpellation forte», avait estimé un éditorialiste gabonais. On avait alors cru que l’heure était venue… pour elle de sortir de sa coquille et de dire à l’opinion ce qu’elle compte faire dans ce secteur si sensible… mais un mois plus tard, c’est à nouveau «le calme plat».

Huit mois après la création de ce département ministériel auprès du «2-Décembre», le sentiment généralement répandu dans l’opinion est que l’énergie et le souffle lui manquent, l’inspiration absente, la créativité aussi. Certains observateurs en sont même arrivés à conclure que c’est un ministère qui n’a peut-être pas sa raison d’être. Un jugement hâtif et un peu excessif, il faut l’admettre. Mais, tout de même, Clotilde Chantal Boumba Louey aurait pu tout simplement mettre en place les mécanismes chargés du suivi-évaluation des projets lancés quelques années auparavant. En effet, après les concertations et les campagnes de sensibilisation organisées par Paul Biyoghé Mba, alors vice-Premier ministre chargé de la Solidarité nationale, qui se sont soldées par la rédaction d’un Rapport général avec proposition d’un Plan d’action échelonné visant à répondre aux besoins pressants de la femme gabonaise – Rapport remis au chef de l’Etat et au Premier ministre Daniel Ona Ondo – l’opinion avait cru qu’il ne resterait plus qu’à élaborer des projets de loi, des projets de décret, voire des décrets d’application de ces lois pour mettre résolument la machine en branle.

Mais l’équipe gouvernementale actuelle ne brille pas particulièrement par une volonté de s’inscrire dans la dynamique républicaine de la continuité de l’action. En un mot, comme en mille, ce gouvernement n’a pas inscrit, comme d’autres avant lui, son action dans la continuité ! Résultats des courses : les projets relatifs au grand projet de la Décennie de la Femme se sont arrêtés. Jetés au rebut ? Peut-être pas. Abandonnés ? Sûrement pas, puisque l’une des grandes idées de ce projet a été retenue : au cours des scrutins (électoraux) de liste, 30% des places doivent être réservées aux femmes. Cette idée est, à ce jour, la seule !

Du coup, la critique que l’on entend aujourd’hui sur ce manque de réactivité ne manque en tout cas pas d’arguments, dont le principal est que le gouvernement n’inscrit pas son action dans la durée, dans la continuité. L’opinion estime que l’ancienne maire de Gamba aurait pu enchaîner les rendez-vous, multiplier les réunions, effectuer des voyages à l’étranger pour avoir des éléments de comparaison. Mais elle semble préférer cette discrétion qui lui porte préjudice dans l’opinion. Elle préfère ne prendre «aucun  risque». Elle semble attendre une feuille de route… qui ne viendra certainement pas. On avait attendu Godot, il n’est jamais venu… Cet attentisme manifeste, ce dilettantisme, pourrait laisser croire qu’elle n’est pas «dans son élément» dans ce ministère. Elle est peut-être du genre à «appliquer à la lettre les directives», mais quand les directives ne viennent pas, on peut fonctionner en autogestion !

Autant, on louait les capacités de manager de Clotilde Chantal Boumba Louey lorsqu’elle était le maire de Gamba (dans le département de Ndougou, dans l’Ogooué-Maritime), sa bonne connaissance des dossiers sociaux, son pragmatisme et son sens du dévouement, autant, devenue ministre, on dénonce son inertie, son inactivité qui s’apparente à une absence de vision. On dit d’elle qu’elle a tendance à s’enfermer dans sa «tour d’ivoire», alors qu’elle devrait plutôt briser le plafond de glace ! Après huit mois de présence au gouvernement, combien de projets de loi ? Combien de projets de décrets ? Combien de déclarations publiques ? Peut-elle dire à l’opinion où en est la mise en œuvre du Plan d’action de la Décennie de la Femme ? 250 jours après son entrée en fonction dans ce département ministériel placé, qui plus est, sous la tutelle du Premier ministre, Clotilde Chantal Boumba Louey n’a fait aucune sortie devant la presse. Discrète ? Trop discrète. Jusqu’à quand donnera-t-elle ce sentiment de «flottement» ?

Dans une réaction aussi laconique que cinglante, la responsable d’une ONG estime que «la Décennie de la Femme s’est arrêtée le 21 août»... Clotilde Boumba Louey devrait savoir qu’«une image se détruit très vite et se reconstruit avec une extrême lenteur» . Mais, au fond, peut-être veut-elle se donner du temps et de la peine pour que les résultats soient au rendez-vous. Le problème est que tout aujourd’hui paraît si urgent !