Lors de sa première sortie officielle, un an après la présidentielle, le 22 septembre 2017 à Libreville, l’ancien Premier ministre, Raymond Ndong Sima, s’est montré très distant de certains points et thèses défendus par l’opposition. Evoquant les émeutes postélectorales, il demande de mettre à la disposition de l’opinion la liste des victimes.

Raymond Ndong Sima, le 22 septembre 2017 à Libreville. © Gabonreview

 

Lors de sa conférence de presse du 22 septembre, Raymond Ndong Sima n’a pas été très tendre avec ses camarades de l’opposition. S’il n’a particulièrement cité aucun nom, son propos visait vraisemblablement le camp Jean Ping.

S’exprimant pour la première fois sur la question des morts et des disparus durant les émeutes postélectorales, l’ancien chef du gouvernement gabonais soutien la démarche de l’Union européenne (UE) qui propose une enquête internationale pour faire la lumière sur ce dossier.

Raymond Ndong Sima estime que ce dossier est embarrassant au plus haut point. «Il m’embarrasse parce que la manière avec laquelle cette question est posée depuis un an n’est pas sérieusement pertinente», a-t-il expliqué, ajoutant que «dans la mesure où ceux qui ont évoqué la question, jusqu’à présent, n’ont pas voulu diffuser la liste des morts, il n’est pas possible aux autres de s’associer à cette démarche qui consiste à indexer pour dire vous avez fait ça».

L’argumentaire de l’ancien Premier ministre épouse la thèse défendue par le camp présidentiel. Le Porte-parole du gouvernement avait déjà demandé à voir la liste des victimes produite par l’opposition. Selon Ndong Sima, «nous sommes dans un pays qui n’a pas une nombreuse population et nous devons être capables de connaitre les familles dans lesquelles les morts sont survenus et notamment les morts dont on ne parvient pas à trouver l’identité».

S’il ne nie pas l’effectivité de tueries, puisque son ancien chef de cabinet a perdu un neveu pendant ces émeutes, affirme-t-il, il estime néanmoins qu’il ne peut affirmer ce qu’il n’a pas vu. «J’ai vu ce qui s’est passé le lendemain à partir du moment où la proclamation des résultats était faite. J’ai vu, j’ai entendu comme on a tiré, etc. mais je suis un homme honnête, je ne vais pas dire qu’on a tué le fils de mon voisin alors qu’aucun de mes voisins n’est venu me dire qu’il cherche son fils», a-t-il déclaré.

«On nous dit qu’il y a des morts cachés. Je voudrais que la liste de ces morts soit rendue publique», a-t-il demandé. Malgré ce qui sonne comme un doute sur le nombre de victimes des émeutes postélectorales de 2016, il souligne néanmoins que même s’il s’agissait d’un seul mort, c’est inacceptable. «Même s’il n’y avait qu’un mort, un seul, il aurait été de trop. Parce que l’élection c’est quoi au fond? C’est que nous nous asseyons pour choisir celui qui va nous diriger demain. Quelle est la raison pour laquelle, au lieu de choisir quelqu’un, nous nous trouvons à chercher quelqu’un? Ce n’est pas acceptable même s’il n’y a qu’un mort», a-t-il martelé.

Pour lui, la liste des victimes gagnerait à être connue. «Sortons la liste!», a-t-il lancé. Il a suggéré de soutenir la démarche qui consiste à demander aux Nations unies de faire la lumière sur cette affaire, de conduire l’enquête. «Je soutiens cette démarche», a-t-il assuré. «Certains Gabonais ont été assez entreprenants et ont saisi des instances comme la CPI (Cour pénal international) ou les Nations unies pour demander une enquête. L’Union européenne vient de faire exactement la même demande et propose une enquête internationale. Je m’associe à la demande qui est faite», a-t-il ajouté.

Ndong Sima estime que la meilleure chose à faire à l’heure actuelle est de s’en remettre à ce qu’a demandé l’UE. Il souhaite une enquête des Nations unies, qui ont l’habitude de ce genre de pratiques, afin qu’il y ait une réponse appropriée et plus efficaces. «Je vous assure que je me sentirai beaucoup plus à l’aise», a-t-il soupiré.