Quatre ans et six mois après sa sortie de prison, le général Jean-Philippe Ntumpa Lébani, ancien secrétaire général du Conseil national de sécurité, dans cette interview accordée à Gabonreview, exhorte les Gabonais à rêver, oser, agir et toujours espérer pour le rayonnement économique, social et diplomatique du pays, afin de poursuivre avec assurance la marche vers l’émergence.

L’officier-général, ancien secrétaire général du Conseil national de sécurité, accusé d’une tentative de putsch, incarcéré puis libéré en 2012, Jean Philippe Ntumpa Lebani. © Gabonreview

 

Gabonreview : Plusieurs mois après votre sortie de prison, vous avez disparu. Qu’est-ce qui justifie votre sortie aujourd’hui ?

Jean-Philippe Ntumpa Lébani : Dire que j’ai disparu c’est trop dire, puisque je ne suis jamais sorti du pays depuis ma sortie de prison il y a trois ans. Certainement que beaucoup m’attendaient pendant la période électorale. Là aussi, j’ai préféré garder ma neutralité de militaire et remplir juste mon devoir de citoyen dans le silence.

Oui j’ai été malade, et même très malade au point de passer près de deux mois sans travailler. J’ai dû faire recours aux béquilles pour me déplacer. Et certaines personnes ont tôt fait de m’annoncer mourant ou paralysé à vie. Dieu étant au-dessus de toutes nos manœuvres obscures vis-à-vis de nos semblables, il m’a remis debout et je suis actuellement en bonne santé et en pleine forme comme vous pouvez le constater vous-même.

Le général Jean Philippe Ntumpa Lebani se porte bien, réside toujours à Libreville, toujours disponible pour son pays. Le plus beau cadeau que je puisse offrir à tous ceux qui m’accompagnent aujourd’hui est cette leçon que j’ai apprise de longue date : « Dans cette vie, il faut savoir rêver, oser, agir et toujours espérer ».

Qu’en est-il de votre situation administrative ?

Depuis 2009 que j’ai vu mon salaire d’officier supérieur suspendu, il n’a jamais été rétabli et ce, malgré les multiples démarches entreprises jusqu’à ce jour pour son rétablissement. J’ai même saisi plusieurs fois par courriers les plus hautes autorités sur cette situation mais j’ai l’impression que des gens de mauvaise foi s’interposent pour ne pas voir ce dossier aboutir. Pour le moment, je vis par la grâce de Dieu. Mais je sais que quel que soit le temps de la nuit, le soleil se lèvera toujours.

Jean Philippe Ntumpa Lebani. © Gabonreview

N’êtes-vous pas affecté à la Caisse des pensions et des prestations familiales des agents de l’Etat (CPPF) ?

Le mot affectation ne sied pas à ma présence à la CPPF. Je dirai plutôt que je suis casé dans cette boîte en tant que conseiller du directeur général où je passe plus de temps à lire les journaux qu’à donner au pays ce qu’un cadre de mon rang devrait donner. N’en déplaise à qui que ce soit, je crois que dans ce pays, je mérite autre chose ou mieux que ça, car compte tenu de la situation actuelle de notre pays le président de la République, chef de l’Etat, a besoin maintenant des personnes susceptibles, de par leurs qualités et capacités, à servir la nation en bons patriotes et non se servir comme le dévoile tous les jours les multiples interpellations et mises en garde d’anciens dignitaires de notre pays.

Pensez-vous que le dialogue politique convoqué par le chef de l’Etat est de nature à sortir le pays de la crise postélectorale ?

Au sortir de la présidentielle 2016, notre pays a basculé dans une vague de violence dont nous vivons les répercussions jusqu’à ce jour. Des voix se sont levées ici et là, appelant les fils du pays à s’asseoir afin de percer l’abcès et laver ensuite le linge sale en famille. Cet appel du président de la République que j’estime louable, a été apprécié diversement selon le bord politico-social auquel on appartient.

Sans donner raison à ceux qui l’ont accepté et du tort à ceux qui l’ont refusé, il est indispensable que ce dialogue est la condition sine qua non pour relever les défis afin de redorer notre blason avec des hommes ambitieux du travail et de leur patrie et, annoncer l’ère de l’excellence du Gabon afin d’insuffler un nouvel état d’esprit pour une efficacité plus grande et plus durable. Le président de la République sait que le pays ne se porte pas bien et il faut qu’il se lève pour prendre des décisions fortes et historiques à la suite de ces assises ; afin d’oublier définitivement la conférence nationale, les Accords de Paris et les Accords d’Arambo.

Pensez-vous réellement, en votre qualité d’homme du sérail de l’appareil sécuritaire du pays, que le Gabon peut sortir de la situation actuelle?

J’y crois fermement et une fois de plus, cela passe par des décisions fortes. Je suis fortement peiné de savoir que certains proches du président entretiennent un état d’esprit qui ronge tel un cancer, notre cohésion, et qui sont plutôt soucieux de leurs intérêts matériels, politiciens et personnels.

Je pensais ce temps révolu. Il faut rompre avec ces personnes qui, avec certaines pratiques honteuses qui consistent à mystifier et à faire semblant et finalement, être une machine à broyer des gens. Ils devraient plutôt s’attaquer réellement aux problèmes que vivent au quotidien nos compatriotes. Je pense qu’il est temps de corriger, au plus vite, certaines erreurs notamment celles de casting, pour placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, car la question du mauvais entourage du chef de l’Etat lui fait obstruction.

La richesse et la réussite d’un pays ne procèdent pas de la magie. Seul le travail compte. Il n’y a pas de honte à confronter nos idées, nos intelligences parce que l’idéal que nous poursuivons tous, c’est le développement du Gabon.

Comment entrevoyez- vous votre avenir ?

Je suis un fonctionnaire de l’Etat gabonais et un officier supérieur. Un général sur ses deux pieds et toujours disponible pour servir son pays, notre pays le Gabon. C’est ce devoir qui incombe à tout patriote de travailler dans le sens de la modernisation de notre chère patrie et de son rayonnement économique, social et diplomatique afin de poursuivre avec assurance notre marche vers l’émergence.