Près de 300 Kg de défenses d’éléphant et de nombreuses armes de chasse, saisis lors des opérations de lutte anti-braconnage, sont portés disparus depuis le 7 avril 2015.

Image à titre illustratif. © scmp.com

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Le tribunal de première instance d’Oyem vient de donner la preuve de sa vulnérabilité et de son incapacité à garantir la sécurité des saisies, avant leur transfert sur Libreville. Après les évènements malheureux survenus en 2012, peu avant l’incinération de près de cinq tonnes d’ivoire, en présence du président de la République, puis ceux de décembre 2014, qui avaient vu des pointes d’ivoire marquées comme provenant du tribunal de Makokou saisies par la gendarmerie alors qu’aucun cas de vol n’y avait été rapporté, une nouvelle affaire de «pointes d’ivoires dérobés» vient d’éclater au sein de l’institution judiciaire.

«La salle des scellés du tribunal a été forcée afin de permettre le vol. Seules quelques pointes d’ivoire stockées dans le bureau du greffier en chef ont échappé au cambriolage. Par ailleurs, le gardien du tribunal est, depuis lors, porté disparu», a précisé le procureur d’Oyem. En déplorant ce fait, le directeur de l’ONG Conservation Justice, Luc Mathot, qui appuie les autorités dans l’application de la loi sur la faune et la problématique du trafic d’ivoire, a souligné : «Ces cas de disparition d’ivoire des tribunaux sont malheureusement trop fréquents, en particulier en Afrique centrale (Gabon, Congo, Cameroun). La loi demeure très faible et le système judiciaire ne respecte pas toujours les procédures. Les tentatives et actes de corruption sont aussi très fréquents».

Cette indélicatesse survient un mois après l’engagement pris par le président de la République, à la conférence sur le commerce illicite d’espèces sauvages de Kasane (Botswana) en mars dernier, de renforcer l’application de la loi et la protection des stocks d’ivoire saisis. Elle apparaît comme une entrave aux efforts de protection des dernières populations d’éléphants de forêt d’Afrique, en diminution de plus de 60% au cours de la dernière décennie. «Cette nouvelle violation de la loi nous laisse un goût amer. Nous avons le sentiment que l’argent public et les dons qui appuient la lutte anti-braconnage, ainsi que les risques vitaux que prennent, tous les jours, les agents impliqués ne permettent pas d’éradiquer la menace terrible que constitue le braconnage pour le patrimoine naturel et la sécurité de notre pays. Les défaillances flagrantes observées dans la conduite de certaines procédures judiciaires, et l’omerta souvent maintenue par certaines administrations locales ne peuvent plus durer», s’est insurgé, la directrice nationale du Fonds mondial pour la nature (WWF), Marthe Mapangou.