Il ne passe plus un jour à Libreville sans quon découvre un corps. Si ce ne sont pas les quotidiens L’Union ou Gabon Matin qui les plaquent dans leur page fait divers, ce sont les gens, eux-mêmes qui en font leur principal sujet de discussion. Qu’en est-il exactement ?

Crimes crapuleux et rituels à Libreville

Le phénomène semble prendre de l’ampleur ces dernières semaines dans la capitale, ainsi qu’aux environs. Au départ, ces crimes crapuleux étaient mis par la rumeur publique sur le dos de quelques politiciens véreux qui cherchaient une place au soleil, à l’orée d’une élection. En effet, les commentaires du gabonais lambda expliquaient que dans certains cercles fermés,  on exigeait des parties du corps humain qui paraissaient précieuces pour des pratiques occultes. Celles-ci devraient permettre d’acquérir des chances et des forces susceptibles d’aider à atteindre l’objectif visé. La langue, les parties génitales, les yeux et autres oreilles sont les endroits qui manquent généralement à l’appel lorsqu’on fait ces découvertes macabres.

Aujourd’hui, il n’y  pas d’élection à grands enjeux en vue. Les municipales qui s’annoncent ne pourraient justifier l’évolution croissante de ces actes qui mettent la population dans l’effroi. Du coup, un habitant de Nzeng-Ayong explique sa façon de voir le phénomène. «Il y a quelques années on parlait de voiture noire lorsque les élections s’approchaient. On disait aux enfants de faire très attention lorsqu’ils voyaient une voiture noire. En conséquence, on accusait les politiciens qui avaient besoin de chair humaine pour renforcer leur pouvoir et leur chance», explique-t-il avant de poursuivre : «la vérité est qu’on spécule sans vraiment savoir qui est le vrai coupable».

Des enquêtes sont généralement ouvertes, mais les résultats, lorsqu’il y en a, ne sont pas rendus publics. Les journaux qui présentent généralement ce phénomène dans leur page faits-divers ne reviennent jamais pour dire ce qu’il en est advenu. Un autre habitant de Nzeng-Ayong, qui cherchait la semaine dernière un parent disparu au niveau du quartier Dragage, essayait d’expliquer cela par «les pistes qui sont généralement brouillées lorsqu’on se rend compte que le coupable risque d’être ‘’un gros bonnet’’». Là encore, la rumeur se nourrit du silence des services de police et de la justice.

Certains rapprochent la recrudécence des meurtres au taux de chômage qui prend une ampleur inquiétante dans le pays. «On a détruit des marchés, on a détruit les boutiques des gens en bordures des routes. Ce qui veut dire qu’on a involontairement mit de nombreuses personnes au chômage. Le résultat est que certains se sont certainement recyclés. D’où le taux de meurtres qui augmentent dans notre ville», affirme un parent de disparu. D’après lui, les crimes crapuleux seraient en fait l’œuvre de malfrats parfois dépassés par les événements lorsqu’ils agressent une victime pour son argent. D’autres par contre estiment que ces meurtres seraient surtout mus par le moteur de la vengeance. «C’est sûr et c’est certain qu’il y en a qui règlent leur problème de la sorte. Ils préfèrent la lâcheté. C’est pourquoi on retrouve des corps avec des strangulations au bord des plages et autres», tente pour sa part d’expliquer une femme.

Il y a quelques temps, le phénomène avait atteint de telles proportions, que les confessions religieuses du pays avaient donné de la voix pour le dénoncer. Mais, au bout du compte, il faut bien reconnaître que ça n’a pas eu l’effet escompté. Sans informations venant de l’État, que ce soit par le gouvernement, les services de police ou ceux de la justice, la rumeur continuera à courir et les règlements de comptes fondés sur l’obscurantisme avec eux. Mais malgré l’ampleur du phénomène, personne ne semble décidé à mettre ce sujet à l’agenda des ministres et services concernés… À commencer par des statistiques précises sur la montée de la criminalité à Libreville qui permettraient, au moins, de se faire une idée de son importance.