A en croire le ministre de la Justice, Alexis Boutamba, l’objet de la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) par le gouvernement gabonais, en septembre 2016, se fonde sur «le discours haineux» tenu par l’opposition avant, pendant et après la présidentielle d’août 2016.

Alexis Boutamba attendant l’arrivée des membres de la mission de la CPI, le 20 juin à l’aéroport de Libreville. © Gabonreview

 

On s’attendait à mieux. Certains avaient d’ailleurs naïvement espéré que les autorités gabonaises avaient saisi la CPI dans le but de faire toute la lumière sur les actes violents enregistrés le 31 août 2016, peu après l’annonce des premiers résultats de la présidentielle, ayant donné Ali Bongo vainqueur. D’autres -comble des combles- s’étaient laissés croire que l’assaut donné au QG de l’opposant Jean Ping faisait partie des raisons justifiant la saisine du gouvernement. Si les membres de la mission de la CPI venaient à statuer uniquement sur la plainte qui a été déposée au bureau de la procureure générale Fatou Bensouda en septembre 2016, beaucoup risqueraient d’être déçus. La raison ? La saisine du gouvernement, à en croire le ministre de la Justice, serait essentiellement basée sur les propos jugés «haineux» de certains leaders politiques durant la période électorale.

«Vous avez vécu dans ce pays, vous avez vu le discours haineux. Avec la CPI, nous avons (donc) échangé pour leur démontrer les paroles que nos amis, frères gabonais, ont tenu avant, pendant et après l’élection (présidentielle)», a confié Alexis Boutamba, au terme de la première réunion de la mission avec des membres du gouvernement. La saisine («en prévention») du gouvernement gabonais reposerait-elle sur la fameuse «affaire» des «cafards», mot prononcé par Jean Ping lors d’une de ses tournées dans la province du Woleu-Ntem, des mois avant la présidentielle d’août 2016 ? Les propos du ministre de la Justice laissent penser que oui.

Pour tenter de convaincre la CPI sur la culpabilité des auteurs des «discours haineux» ayant émaillé la période électorale au Gabon, le gouvernement, toujours selon Alexis Boutamba, avait appuyé sa saisine de «documents» ? Lesquels ? Sans nul doute une copie du discours décrié de Jean Ping et quelques coupures de presse relayant cette «affaire». En tout cas, pour le gouvernement qui dit avoir «tout remis à la CPI» pour lui permettre de jouer son rôle de «gendarme international», l’intervention de la Cour devrait permettre au pays de «rester tranquille», «pour que la paix règne dans notre pays».