La composition du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) laisse penser à un think tank au service d’intérêts financiers et affairistes. A son initiateur et ses membres d’apporter la preuve du contraire et de sortir des chemins tortueux chers à Nicolas Sarkozy ou de l’indécision propre à François Hollande.

Emmanuel Macron entouré, le 29 août, à l’Élysée, des membres du CPA dont le bureau permanent sera logé dans les locaux de l’Agence française de développement (AFD). © AFP/ Yoan Valat

 

Le 29 août dernier, Emmanuel Macron lançait le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA). Inédite et censée nourrir sa réflexion sur la politique française envers le continent, cette structure suscite des interrogations. D’ores et déjà, certains y voient le signe d’une volonté de rompre avec cette Françafrique de triste réputation (lire «Macron met-il fin à la Francafrique ?»). D’autres y décèlent le souci de capitaliser au mieux les opportunités d’affaires. Il s’en trouve pour y relever le désir d’en finir avec les schémas éculés de la coopération. Pour l’heure, un seul point fait l’unanimité parmi les observateurs : la composition de ce think tank traduit l’influence de Lionel Zinsou dans la politique africaine de la France.

Avec quatre entrepreneurs, deux représentants de grands groupes, deux financiers, une chercheuse, une journaliste et un avocat, le CPA laisse le sentiment d’une entité dédiée à la recherche des opportunités d’affaires. La démocratie, la sécurité, la francophonie et l’environnement étant les principales urgences partagées, on pourrait pu s’attendre à un autre casting. Des militants associatifs engagés dans la promotion des droits humains, la bonne gouvernance ou la protection de l’environnement, des écrivains intéressés par le sort de l’Afrique, des enseignants confrontés à la survie du français et au quotidien des jeunes ou encore des chercheurs opérant sur le continent auraient, sans nul doute, donné à cette instance une toute autre configuration. Ils lui auraient, peut-être, offert un visage moins technocratique et plus humain, moins économique et plus politique, moins affairiste et plus militant.

La volonté de conquérir des parts de marché ou de faire des affaires transparait nettement dans la composition de cette équipe. Sur ses onze membres, cinq ont partie liée avec le monde de la finance. Or, chacun le sait : du point de vue des marchés, la démocratie exige des temps de réaction trop longs pour des décisions pas toujours efficientes. Quand la finance vit au rythme de l’informatique et des télécommunications, la démocratie fonctionne aux campagnes, meetings et élections. Au final, finance et démocratie se neutralisent dans bien des cas. On l’a vu en Espagne, en Italie ou en Grèce, des gouvernements ayant chuté sous la pression de la bourse. On l’a aussi vu en France, Emmanuel Macron ayant, contre toute attente, réussi son raid sur l’Elysée avec le soutien d’un quarteron de banquiers. Pas très rassurant pour les jeunesses africaines en quête de démocratie.

Au regard des défis du moment, la composition du CPA n’incite guère à l’optimisme. Peut-on valablement traiter de la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance en Afrique en absence d’un vrai connaisseur des réalités des pays les plus peuplés (Nigeria, Ethiopie, Egypte, RD Congo, Tanzanie) ? Est-il possible d’aborder efficacement les questions de paix et sécurité sans envisager des partenariats avec les armées les plus puissantes du continent (Egypte, Algérie, Ethiopie, Nigeria, Afrique du Sud, Angola) ?  Est-il opportun d’évoquer la question de la survie de la langue française sans un acteur des pays francophones majeurs (RD Congo, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Niger, Sénégal) ? Peut-on envisager l’avenir de la planète sans requérir l’avis d’un expert engagé dans la protection des forêts du Bassin du Congo ?

N’empêche, on se gardera de tout jugement hâtif ou définitif. Le CPA est essentiellement composé de personnalités ayant très peu frayé avec le marigot politique français. Malgré l’ombre de Lionel Zinsou, on gagnerait à lui accorder le bénéfice du doute. En faisant preuve de rigueur et froideur, ses membres peuvent contribuer au maintien des liens entre la France et un continent en pleine mutation. En suggérant des idées conformes aux réalités de leur époque, ils peuvent ripoliner l’image de la France, sérieusement dégradée auprès des opinions publiques africaines en raison d’un soutien trop marqué aux dictatures et d’un traitement rigoriste de la question migratoire. Bien entendu, ils ont, au plan personnel, l’opportunité de se révéler. A la fin des fins, leur jeunesse apparaît comme le meilleur atout.

Avec la création du CPA, la relation France-Afrique est à la croisée des chemins. En 2013, Jean-Marie Bockel et Jeanny Lorgeoux présentaient au Sénat français un rapport intitulé : “L’Afrique est notre avenir“. Ils y présentaient 10 priorités et 70 mesures pour «relancer les relations entre la France et les pays africains, fondées sur des intérêts communs dans un partenariat rénové». Invitant leur pays à se départir des préventions postcoloniales, ils y avançaient, pêle-mêle, des pistes de solution pour «contribuer à la stabilité et la sécurité du continent», «promouvoir le pluralisme politique», «moderniser la coopération», «renforcer l’action en faveur de la francophonie», «rétablir la cohérence entre  (leur) politique d’influence et (leur) politique migratoire». Malgré leur côté volontariste et le tapage médiatique, ces idées sont, depuis, tombées aux oubliettes.  Si la France de Nicolas Sarkozy fit, avec Robert Bourgi, le choix de la Françafrique, celle de François Hollande navigua en clair-obscur. A Emmanuel Macron et son CPA d’éviter l’une ou l’autre de ces postures. Le piège…