Eu égard à sa rhétorique et au vu de ses agissements, son éventuelle participation aux locales serait perçu comme un reniement.

Pour les familles politique et biologique de Jean Eyéghé Ndong, l’avenir immédiat s’annonce angoissant, peut-être même tumultueux. © flickr

 

Même si personne n’ose encore le dire, Jean Eyéghé Ndong est dans l’embarras. Quand bien même tout le monde feint de regarder ailleurs, sa stratégie suscite bien de sarcasmes. Au lendemain de l’annonce du couplage des élections législatives et locales (lire «Législatives et locales les 6 et 27 octobre 2018»), ses soutiens n’en mènent plus large. Sur les réseaux sociaux, ils se font discrets. On est loin, très loin, du vacarme habituel. C’est dire si l’ancien Premier ministre doit se livrer à une réflexion profonde et sans tabou. Sur le contexte général, l’avenir du pays, le devenir de l’opposition, ses objectifs personnels ou ses alliances éventuelles, tant de choses restent à clarifier. Pour lui, c’est maintenant à quitte ou double.

Un avenir angoissant

Pris de court par la décision du Centre gabonais des élections (CGE), Jean Eyéghé Ndong avait jusque-là prôné le boycott. Ne lésinant ni sur les mots ni sur les attitudes, il n’avait pas son égal pour fustiger les partis de l’opposition entrés en pré-campagne. Se posant en parangon de cohérence, il proclamait l’inanité des élections. A ses yeux, leur tenue devait être conditionnée par le règlement du contentieux né de la présidentielle d’août 2016 (lire «Eyeghe Ndong pour le boycott»). «Je ne sais pas pourquoi ils y vont, je voudrais bien avoir leurs arguments», lançait-il récemment, goguenard (lire «Le vote des maboules»). Or, l’homme demeure un éminent sénateur, président de groupe. S’il n’a pas encore fait acte de candidature, personne ne l’imagine y renoncer. Cela équivaudrait à un suicide politique. Comment espérer jouer un rôle dans l’avenir tout en se mettant à l’écart des joutes électorales ? Comment demeurer fidèle à son discours tout en y prenant part ? Si ces questions ressemblent à des énigmes, il lui appartient d’en trouver les clefs.

Le sénateur du 2è arrondissement de Libreville finira bien par s’exprimer. Si sa candidature dépend avant tout de lui-même, il pourrait être contraint de s’expliquer. Va-t-il privilégier l’image et la cohérence du discours, au risque de sortir du jeu ou d’hypothéquer l’avenir politique de ses soutiens ? Va-t-il choisir de se donner les moyens d’exister, quitte à tomber ensuite dans des contorsions rhétoriques ? Dans l’un ou l’autre des cas, il fera forcément des déçus. Après tout, l’un de ses rejetons dirige la mairie du 2è arrondissement de Libreville. Ce dernier, acceptera-t-il de mettre fin à cette généreuse aventure sans contrepartie ? Ou bien, pèsera-t-il de tout son poids pour une participation ? Pour les familles politique et biologique de Jean Eyéghé Ndong, l’avenir immédiat s’annonce angoissant, peut-être même tumultueux.

Retour de manivelle

Manifestement, l’ancien Premier ministre est à la croisée des chemins. Pour lui-même, comme pour ses proches, une période d’introspection vient de s’ouvrir. Ils auront beau s’affirmer «soutiens de la première heure de Jean Ping», évoquer les tragiques événements du 31 août 2016, exiger le «respect de la vérité des urnes», leur éventuelle participation aux locales serait perçu comme un reniement. Certains auraient alors tôt fait d’y voir un renoncement. Leur retournant leurs arguments, ils les accuseraient de connivence avec le régime. A l’inverse, le boycott serait un saut dans l’inconnu. S’étant jusque-là posé en leader de gouvernement, Jean Eyéghé Ndong se réduirait à un rôle protestataire. Autrement dit, il troquerait son statut d’alternative possible contre celui de réceptacle et défenseur de toutes les fureurs et rancœurs accumulées par les laissés-pour-compte de l’ordre établi.

Depuis un  peu plus d’un an maintenant, les futures élections polluent l’atmosphère au sein de l’opposition (lire «Neuf partis de la CNR non partants»). Dans cet affrontement à fleurets mouchetés, Jean Eyéghé Ndong a joué les premiers rôles. Se disant engagé à «construire notre pays, sur des bases (…) différentes de celles d’aujourd’hui», il n’a fait montre ni de tolérance ni de mesure. Parfois, il est même allé aux confins de la discourtoisie. Vis-à-vis des partisans de la participation aux législatives, il s’est généralement montré imprécateur, les accusant de «se fourvoyer dans les solutions à courte vue sans perspective rassurante», de mener le peuple à des «impasses» ou de chercher à «installer confortablement dans ses meubles, le système qu’(ils combattent)» (lire «Non à la dislocation de la CNR»). Son positionnement à venir devra impérativement tenir compte de cette succession de sentences et avanies. Autrement, il pourrait y perdre toute crédibilité. Comme un retour de manivelle…