Mal connue du grand public, la 21e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations-unies sur les changements climatiques aurait des enjeux non négligeables pour l’Afrique et le Gabon en particulier. L’ancien ministre de l’Environnement s’est plié au jeu de question dans un style plutôt pédagogique, bien qu’il ait éludé le fait que l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales (Ageos) soit le fruit de la coopération bilatérale avec la France.

Nelson Messone

 

Gabonreview : Qu’est-ce-que la Cop21 ?

Noël Nelson Messone : C’est la 21e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations-unies sur les changements climatiques. La rencontre, qui réunira près de 120 chefs d’Etats, des délégations de 195 pays et 40 000 participants dont des experts et des ONG, a pour objectif de briser l’impasse des négociations sur le climat de ces dernières années. Il s’agit d’aboutir à un accord contraignant pour toutes les parties, afin de réduire ces émissions et prévenir le réchauffement de la terre qui en découle, du fait des activités humaines. Pour comprendre l’enjeu de cette Cop, il faut relever que le réchauffement de la terre est le défi majeur des temps modernes. Selon les scientifiques, le réchauffement climatique aurait des conséquences dramatiques si la température de la terre venait à dépasser 2°C. Lors de la Cop21, la négociation portera sur les mesures contraignantes à prendre pour ne pas dépasser ce seuil. Les pays africains, y compris le Gabon, veulent que ce seuil ne dépasse pas 1,5°C.

Lors de la Cop15, à Copenhague en 2009, les Etats sont parvenus de justesse à un accord politique, l’Accord de Copenhague. Le président de la République, Ali Bongo Ondimba, avait contribué à l’atteinte de ce résultat. Les Etats participant à la Cop21 vont négocier un nouvel accord global sur le climat pour succéder au Protocole de Kyoto qui constitue, depuis 1997, le principal instrument international pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.

Quels sont les enjeux pour le Gabon ?

Le Gabon, comme l’ensemble des pays africains, est particulièrement vulnérable aux effets et aux impacts du changement climatique. Ces pays ne sont pourtant pas les premiers responsables historiques de cette situation. Le Gabon est un pays côtier. Le réchauffement du climat qui accélère la montée du niveau des océans provoque l’érosion côtière déjà observée sur les côtes gabonaises. La hausse des émissions de gaz à effet de serre contribue aussi l’acidification des océans, phénomène auquel le Gabon n’est pas épargné.

Par ailleurs, le Gabon est un pays couvert de forêts tropicales avec un très faible taux de déforestation. Les forêts tropicales sont le premier puits de carbone terrestre. La hausse des températures peut entraîner des sécheresses qui vont nuire au développement des arbres pour continuer à absorber ce carbone. L’on sait aussi qu’en Afrique et au Gabon le secteur forestier est un important pourvoyeur d’emplois. Le bois est la principale source d’énergie et un des principaux matériaux utilisés dans l’habitat.

Quel positionnement le Gabon pourrait-t-il prendre à cette Cop21 ?

Le Gabon et les pays africains auront à prendre position sur diverses questions. La pierre d’achoppement des négociations est aujourd’hui la question de la différentiation. Les Etats diffèrent dans leur capacité à porter le fardeau de l’atténuation, en apportant les moyens de renforcement des capacités, de la technologie et des financements nécessaires aux autres Etats qui en ont besoin. Les Etats africains demandent qu’une attention égale soit accordée à l’adaptation et à l’atténuation. Davantage de moyens doivent être accordés au renforcement des capacités d’adaptation des pays africains.

Une autre question importante concerne le cadre d’harmonisation des différentes contributions nationales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le Gabon a été le premier pays africain à soumettre sa contribution nationale. Il reste encore à définir comment ces contributions doivent être intégrées dans le nouvel accord. A ce stade des négociations, le niveau d’ambition globale de ces contributions nationales ne permet pas encore de maintenir les températures en dessous de 2°C à l’horizon 2020 tel que préconisé par les scientifiques. Les pays africains auront également à prendre position sur la nature de l’accord et les principes fondamentaux de cet accord. Et il y a toujours la question des financements et les moyens de mise en œuvre du nouvel accord.

Y-a-t-il une course de leadership en Afrique dans le domaine de l’environnement ?

Il ne s’agit pas forcément d’une course de leadership. Dans le cas du Gabon, c’est davantage une démarche de responsabilité face à la menace qui pèse sur le bien commun le plus précieux. C’est ainsi que le président de la République, a placé les questions de l’environnement et de la croissance verte au cœur de sa vision pour le futur du Gabon. C’est le «Gabon vert». C’est l’un des fondements de son engagement international sur cette question. La préservation de l’environnement et la lutte contre le changement climatique étant les défis majeurs de notre temps, il est normal que les dirigeants des pays africains fassent tous preuve d’un engagement, qui peut donner l’impression d’une course de leadership. Ces pays, comme je le disais, sont les plus vulnérables aux effets et impacts du changement climatique.Mais l’Afrique s’est organisée à travers le comité ad hoc des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine sur le climat, ainsi que la Conférence ministérielle africaine de l’environnement, dont le Gabon est le vice-président.

Comment un succès de la COP21 peut-il impacter les politiques nationales de protection de l’environnement ?

Le succès de la Cop21 peut avoir un impact positif si l’accord de Paris se traduit par des engagements clairs sur les mesures relatives aux moyens de mise en œuvre des décisions en matière de financement, de transfert des technologies et de renforcement des capacités. Sur la question des financements, il est important que des moyens soient prévus de manière équitable pour le renforcement des capacités tant en terme d’adaptation au changement climatique que d’atténuation des effets du réchauffement climatique.

Pour les pays de forêt comme le Gabon, il est important que les financements et mécanismes adoptés permettent de compenser les efforts fournis sur le plan de la préservation et de la gestion durable des forêts.Le respect de ces engagements permettra à des pays comme le Gabon d’accroître les ressources nécessaires aux politiques nationales de préservation de l’environnement et de lutte contre le changement climatique. Par exemple, la mise en place de la station de réception de l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales (Ageos) qui peut bénéficier à d’autres pays, à un coût important que la coopération internationale pourrait aider à supporter. De même, la politique des parcs nationaux au Gabon qui bénéficie à la planète doit aussi être soutenue.

Quel en serait l’impact sur le quotidien des populations ?

Un bon accord à la Cop21, à travers les mesures qui seraient prises peut avoir des effets bénéfiques divers sur le quotidien des populations. Les pays africains font de l’agriculture durable et des énergies renouvelables des points importants de l’accord en négociation.L’agriculture paysanne est une source d’alimentation et de revenus pour les populations rurales ; et l’énergie est un facteur de bien-être des populations.

Par ailleurs, la réduction des émissions, s’il y a un accord favorable, aura des effets positifs sur la santé des populations, car l’incidence des maladies accentuées par le réchauffement climatique, serait atténuée.L’on peut aussi prédire que les populations vivant le long des côtes seraient moins menacées par les effets de l’érosion côtière causée par la montée du niveau de la mer, pour ne citer que ces exemples.