Le maintien du PDG au pouvoir est l’aboutissement de connivences institutionnelles, de dénis de droit et de manipulations à répétition. En dépit de cela, son principal organe confond toujours communication et politique, festivités populaires et mobilisation partisane.

© Communication congrès-PDG

 

Le Parti démocratique gabonais (PDG) pourra-t-il se «régénérer» ? Saura-t-il comment se «revitaliser» ? Finira-t-il par revoir son fonctionnement ? Se convertira-t-il, un jour, aux règles du jeu démocratique ? Se résoudra-t-il, à un moment ou à un autre, à couper le lien ombilical avec l’appareil d’Etat ? N’en déplaise à ses militants, ces questions font encore sens. Dans le déroulement de son 11è congrès ordinaire, tout, absolument tout, aiguise la curiosité. Dans la forme comme dans le fond, rien ne laisse croire à une volonté de liquider le legs du parti unique (lire «L’appel d’Ali Bongo»). Bien au contraire. Entre le choix d’un jour ouvré pour la séance d’ouverture ; la présence massive de responsables d’institutions, ministres et hauts fonctionnaires, parfois au volant de véhicules administratifs ; les thématiques abordées (lire «Constats et réformes en perspective» ), on a cru revivre les heures sombres du parti-Etat. Surtout, au regard de la présence remarquée du président de la République et du curieux positionnement protocolaire de son directeur de cabinet, subitement devenu une figure essentielle du PDG.

Ravalement de façade

Depuis maintenant 50 ans, chacun le sait : le maintien du PDG au pouvoir est d’abord la résultante de connivences institutionnelles entretenues. En un peu plus d’un quart de siècle de compétition démocratique, tout le monde en a pris conscience : ses victoires électorales sont l’aboutissement de dénis de droit et de manipulations à répétition. Au-delà du renouvellement de son équipe dirigeante, par-delà le catalogue de bonnes intentions, le rassemblement du week-end écoulé a mis en lumière une réalité accablante et tout aussi préoccupante : l’incapacité du PDG à s’adapter aux exigences de l’après-Conférence nationale. Dirigé par le président de la République, soutenu par les parlementaires, chaperonné par les magistrats, protégé par les forces de sécurité, ce parti se complaît dans le mélange des genres, se satisfait des simulacres et se refuse à aller au fond des choses. Quand ses cadres parlent de «régénération», les observateurs évoquent le déroulement des conseils provinciaux, dénonçant la systématisation de la corruption. Quand ses militants vantent la «revitalisation», les analystes reviennent sur les recours laissés en suspens, pointant les manquements à la règle ou le refus de s’y conformer.

Le 11è  congrès ordinaire du PDG ne diffère en rien des autres. Comme toujours, ses organisateurs ont procédé à un ravalement de façade. Fidèles à eux-mêmes, ils ont confondu communication et politique, festivités populaires et mobilisation partisane. En aucun cas, ils n’ont posé les fondements d’une ère nouvelle. Comment envisager la «régénération» quand on ne peut connaître des recours intentés dans le cadre d’élections internes ? Comment parler d’assainissement des relations quand de nombreux cadres s’accusent mutuellement de fraude, au point de se regarder en chiens de faïence (lire «Tohu-Bohu dans le Moyen-Ogooué») ? Comment crédibiliser un discours sur le renouvellement quand l’opinion publique ergote encore sur le spectacle peu glorieux offert par les instances locales (lire «Bounguendza fait le ménage») ? Comment amorcer la «revitalisation» si on n’a pas le courage de dresser un bilan franc et sincère de la dernière élection présidentielle ? Comment s’engager sur la voie de la renaissance si on peine encore à sortir de la crise post-électorale ? Ou si on a du mal à envisager la reconstruction d’un vivre ensemble sérieusement mis à mal par une victoire contestée, y compris hors des frontières nationales ? A la réflexion, le PDG n’est pas prêt de se renouveler.

Navigation en eaux troubles 

La dernière grand-messe du PDG visait, de toute évidence, un seul et unique objectif : le parer de nouveaux oripeaux. Dans quelque temps, on pourra évaluer la pertinence de cette option. N’empêche, rien n’incite à l’optimisme. Ayant enjambé les contentieux soumis à son exécutif, l’ex-parti unique pourrait très vite faire face au mécontentement de certains de ses cadres. Ayant validé des élections réputées frauduleuses ou entachées d’irrégularités, il pourrait très vite tomber dans une querelle liée à l’absence de règlement intérieur. Où l’on revient aux «modalités de mise en œuvre de la procédure en matière disciplinaire». Pourtant prévu par les statuts,  le texte y relatif n’a jamais été pris. De ces curiosités et manquements, les congressistes n’ont guère pipé mot. Bien entendu, l’inexistence d’un fichier d’adhérents ou d’un règlement financier, les modalités d’exercice des recours ou la mise en place de canaux de circulation de l’information interne ont aussi été passés par pertes et profits. Avec une facilité déconcertante, les congressistes ont observé le mutisme sur ces thématiques d’importance. Pour un parti cinquantenaire, c’est un peu fort de café.

Sur les relations avec le reste de la société, le secrétaire général du PDG pourrait avoir été condamné à la navigation en eaux troubles : ni la prégnance d’intérêts privés et partisans dans la vie publique, ni la protection des droits civils et politiques, ni la participation des citoyens à la vie politique, ni la réforme constitutionnelle en cours n’ont suscité l’attention de ses coreligionnaires. Or, la persistance de la crise post-électorale, les arrestations de militants associatifs ou de personnalités de l’opposition, les termes de la révision constitutionnelle ou de la nouvelle loi sur les réunions publiques (lire «Une camisole de force») sont au fondement du sentiment de défiance inspiré par son parti. Ils légitiment, en tout cas, tous les doutes sur sa volonté de pacifier la vie publique. Au lendemain du raout d’Angondjé, pas grand monde ne croit en une adaptation de la pratique politique du PDG. Seuls ses militants feignent encore de s’attendre à des changements de fond. S’il veut se donner les moyens d’administrer, Eric Dodo Bouguendza devra demander des précisions. Pour contenir ses troupes, il lui faudra recourir à Ali Bongo. Il devra solliciter de nouveaux arbitrages assortis, le cas échéant, de compensations au sein de… l’appareil d’Etat. C’est dire si ce congrès n’a rien apporté, s’il fut une occasion manquée de plus.