L’importante déclaration attendue, le 24 août 2012, de René Ndemezo’o Obiang, ex-ministre des Sports, baron du PDG et député de Bitam, n’a eu pour surprise principale que son approbation de la conférence nationale, revendiquée ces derniers temps par l’opposition.

René Ndémezo'o Obiang - Arias Danger Aimée/gabonreview.com

Cortège de plusieurs dizaines de véhicules, trajet Oyem-Bitam en 3 heures plutôt qu’en 45 minutes, arrêts dans les principaux villages situés sur cet axe, entretiens avec leurs notables, grand concert au stade de Bitam, le scénario annoncé pour l’importante déclaration que devait faire René Ndemezo’o Obiang, le 24 août dernier, n’a plus été déroulé. Pour de nombreux observateurs, le passage surprise du président Ali Bongo, le 20 août, à Bitam, y est pour quelque chose. Mais la déclaration annoncée a été effectuée, devant une foule composée de notables de la localité, de membres et sympathisants du PDG et de nombreux invités.

Alors que des sources concordantes annonçaient que René Ndemezo’o Obiang, l’ex-ministre des Sports, baron du PDG et député de Bitam, allait déclarer, ce 24 août, la création de sa propre formation politique, il n’en a rien été. Sans le réaffirmer explicitement, il a laissé entrevoir son attachement au parti fondé par Omar Bongo. «Député de la Commune de Bitam je suis. Député de la République gabonaise, je suis également», a-t-il affirmé, ne laissant nullement penser que son mandat de député pourrait être remis en jeu dans un proche avenir.

Intrigues politiciennes

Indiquant que l’objet de la rencontre était de fêter sa victoire aux élections législatives, le 17 décembre dernier, Ndemezo’o Obiang s’est allé à expliquer les manigances et intrigues politiciennes dont il aurait été l’objet, identifiant à demi-mots ses adversaires : «on y trouve pêle-mêle : des étrangers voulant faire main basse sur le Gabon et à la recherche de relais en divers points du pays et des personnalités nationales et locales qui considèrent que René Ndemezo’o Obiang leur fait de l’ombre.» Il n’a pas moins laissé entrevoir une sorte de main tendue au Premier ministre Raymond Ndong Sima, au sujet de qui il a indiqué : «je n’ai cessé de lui renouveler les témoignages de ma haute considération et l’assurer de ma disponibilité pour toute initiative positive qu’il prendrait.»

Projet d’hévéaculture d’Olam

L’élu PDG de Bitam n’a pas surpris lorsque, abordant le projet controversé 28 000 hectares d’hévéaculture dans sa province, le Woleu-Ntem, il a souligné : «Le président de la République, en visitant lundi dernier l’un des sites dédiés à ce projet à Okok, vient de réaffirmer sa volonté de mener à terme celui-ci. Le problème n’est donc plus de savoir si le projet doit ou va voir le jour. Cependant, nous estimons que dans sa réalisation, le projet doit nécessairement d’une part intégrer l’impératif de préservation à long terme de l’environnement et de l’espace vital des populations, et d’autre part garantir des retombées positives au plan économique et social pour les populations et les zones en cause.»

Conférence nationale et André Mba Obame

La surprise est plutôt venue de ce qu’il s’est déclaré favorable à la tenue de la conférence nationale tant demandée par l’opposition et la société civile : «Depuis plusieurs semaines, une partie de l’opposition gabonaise, principalement l’ex-Union nationale, en concertation avec des organisations de la Société civile et des éléments de la diaspora gabonaise en France, propose la tenue urgente d’une Conférence nationale souveraine, considérant que le Gabon se trouverait en crise depuis les élections présidentielles de 2009.»

Rappelant que cette revendication a été exprimée avec force lors de l’arrivée d’André Mba Obame à Libreville, le 11 août, et qu’elle a entrainé les émeutes de Cocotiers, le 15 août, René Ndemezo’o a conclu : «j’observe la montée réelle de nombreuses tensions politiques et sociales dans notre pays, ainsi que le désir ardent des gabonaises et des gabonais de se parler, de dialoguer. Dans ces conditions, et pour préserver la Paix dont le défunt président Omar Bongo Ondimba disait qu’elle n’a pas de prix, je souhaite que le chef de l’État prenne l’initiative  de favoriser une rencontre entre toutes les forces vives de la Nation, dans un cadre à définir de manière consensuelle.»

Dans le feu de l’action et se détachant du papier, René Ndemezo’o a certainement déclaré d’autres choses que n’ont entendues que ceux qui ont assisté à son rassemblement ; le présent article étant écrit sur la base du texte original du discours prononcé, parvenu à la rédaction de Gabonreview. On peut lire par exemple, dans un texte de François Ondo Edou, ancien directeur général des élections et ancien journaliste résidant actuellement à Bitam, que «S’agissant des relations que le député entretient avec André Mba Obame, «elles sont d’ordre familial», a-t-il précisé, et bien que l’un et l’autre appartiennent à des chapelles différentes, cela n’empêche pas qu’ils puissent se voir, discuter, échanger. Fait important, c’est la première fois depuis l’élection présidentielle anticipée de 2009 que René Ndemezo’o Obiang admet qu’il peut rencontrer André Mba Obame, son oncle maternel.»

On pourrait penser que René Ndemezo’o Obiang s’est livré, là, à un exercice d’équilibriste, maniant, à l’adresse du pouvoir, le bâton et la carotte ; ménageant le choux et la chèvre lorsqu’il prend en compte l’opposition. Reconnu comme un bon manœuvrier politique, on devrait penser que cette déclaration de Bitam n’est que la prémisse, le point de départ, d’une stratégie qui sera certainement déroulée selon un chronogramme connu de lui seul.