12 ans déjà que les anciens employés de la Compagnie des mines d’uranium de Franceville (Comuf) se démènent pour obtenir réparation. Ces derniers estiment être victimes de maladies contractées dans la mine d’uranium, exploitée entre 1958 et 1999 par la filiale du groupe Areva, à Franceville.

Un foyer de travailleurs de la Comuf à l’abandon, le 26 janvier 2002 à Mounana, au Gabon. © AFP/Archives/Desirey Minkoh

 

Les anciens employés de la Compagnie des mines d’uranium de Franceville (Comuf), filiale du groupe français Areva, ne désarment pas, 12 ans après l’arrêt des activités de la société en 1999. En effet, ces derniers ne cessent de réclamer réparation pour des maladies qu’ils estiment être liées à leur travail, dans la mine d’uranium exploitée entre 1958 et 1999 par le groupe nucléaire à Franceville, dans le sud-est du pays.

Ce d’autant que deux familles d’anciens travailleurs français de la Comuf ont été indemnisées en France. Par ailleurs, Areva a reconnu, dans un mail interne consulté par l’AFP, que «de nombreuses maladies graves ont été détectées» chez d’anciens travailleurs gabonais. «Ça fait dix ans que j’ai du mal à respirer, l’air ne passe plus», a d’ailleurs confié à l’AFP Roland Mayombo, un ancien travailleur de la Comuf.

Agé 77 ans et ayant travaillé 27 ans durant dans la mine de la Comuf, le Gabonais participe activement à la lutte du collectif formé par 1618 anciens employés gabonais de la filiale d’Areva : le Mouvement des anciens travailleurs de la Comuf (Matrac). Ces derniers se battent pour faire reconnaître leur cause.

Si le groupe nucléaire français avait accepté de créer un Observatoire de la santé (OSM, lancé avec l’Etat gabonais) en 2010, pour «suivre l’état des travailleurs et les indemniser», Areva a toujours affirmé qu’«aucune maladie professionnelle liée à l’exposition aux rayonnements ionisants» n’y a jamais été décelée.

En 2015, dans un mail interne à la Comuf, consulté et authentifié par l’AFP auprès de plusieurs destinataires, le directeur santé d’Areva, Pierre Laroche, admet pourtant que «de nombreuses maladies graves ont été détectées chez des anciens salariés comme par exemple des tuberculoses en phase contagieuse». Pour les anciens travailleurs, ce courrier est la reconnaissance officieuse de leurs blessures, et justifie une indemnisation, même si ces maladies ne sont peut-être pas reconnues comme étant radio-induites.

En 2007, interpellées par les anciens travailleurs, les ONG françaises Sherpa et Médecins du Monde se saisissent du dossier. Elles ont réalisé des enquêtes de terrain à Mounana, et ont publié un rapport dénonçant le taux élevé de cancers parmi les salariés ou ex-salariés de ces mines d’uranium au Gabon et au Niger. Le groupe nucléaire ouvre des négociations, et un accord «sans précédent» est signé en 2009.

Mais sept ans après, les locaux de l’OSM à Mounana, à quelques km de l’ancienne mine, sont fermés, les panneaux indicateurs sont à même le sol et plus aucun travailleur gabonais n’y est suivi. Aucun d’eux n’a été indemnisé. En 2010, une étude demandée par l’Union européenne (UE) dénonçait l’opacité des résultats d’analyse. A l’instar de l’ONG Sherpa, qui s’est offusquée du «maintien dans l’ignorance» des anciens travailleurs.

Qui des Gabonais et d’Areva a raison ? Les premiers affirmant «tomber comme des mouches» à cause de leur travail à la mine. Et, le groupe français estimant qu’aucune maladie professionnelle n’a été décelée. Les anciens mineurs ont dit avoir porté plainte contre Areva devant la justice gabonaise. «Par douze fois, on a été débouté», a expliqué le président du Matrac.

Ce qu’a démenti le directeur du Conseil d’administration de la Comuf. «Il y a des discussions, des menaces, des démonstrations de forces (de la part du Matrac) pour empêcher en 2015 les consultations de l’OSM, mais à ma connaissance, je n’ai jamais eu en main de plainte officielle», a soutenu Gilles Recoché. Dans tous les cas, les plaignants ne comptent pas baisser les bras. «Le temps joue pour eux. On n’arrêtera pas, c’est jusqu’à la mort», a confié Roland Mayombo.