Diffusé jeudi 6 juillet dernier, le documentaire de la chaîne publique française a rappelé au monde entier que le vrai frein au développement politique, économique et social du Gabon réside dans la recherche et la protection des intérêts de la classe politique française et finalement de la France.

Un moment de l’émission : Nicolas Poincaré, présentateur de “Complément d’enquête” sur France 2, en entretien avec Robert Bourgi. © Bangumi et France 2

 

Jeudi 6 juillet dernier, France 2 a diffusé un documentaire consacré à Ali Bongo.  Naïvement, une bonne partie de l’opinion publique nationale croyait y apprendre des choses. Elle a, finalement, eu droit à un ramassis de poncifs, truismes et lieux communs. Sur certains aspects, il a même fait dans un conformisme sidérant, voire un révisionnisme consternant, légitimant la réécriture de l’histoire. N’en déplaise aux gogos de tous bords, ce portait n’a servi les intérêts de personne : ni Ali Bongo, ni le peuple gabonais ni la France n’y ont gagné.

Révolte et colère

Volens nolens, ce documentaire a montré le vrai visage de la France. Implicitement, il a mis en lumière son rôle néfaste dans la confiscation du destin du peuple gabonais. Sans avoir le courage de l’exprimer clairement, il a rappelé au monde entier où se trouve le vrai frein au développement politique, économique et social du Gabon : dans la recherche et la protection des intérêts de la classe politique française et, finalement, de la France. Certains pourront toujours invoquer la liberté de presse. Plus précisément, ils pourront se réfugier derrière la souveraineté des choix éditoriaux. D’autres pourront alléguer du caractère voulu et accepté de ce reportage. Mais, chacun se souviendra du documentaire de Patrick Benquet. Produit en 2012 sur le thème de la Françafrique, il n’eut aucune conséquence sur la gouvernance au Gabon ou les relations France-Gabon. Sur ce fondement, le documentaire de France 2 suscite révolte et colère.

En évoquant, avec une rare légèreté, l’influence de la France, ce documentaire a montré le peu d’intérêt de ces producteurs pour la destinée du peuple gabonais. Manifestement, ils n’avaient pas à cœur d’inviter leur pays à renouveler son logiciel. Ils avaient plutôt l’intention de tourner Ali Bongo en bourrique. Leur objectif n’était pas d’assainir les relations France-Gabon mais de se gausser du Gabon  et de ses institutions. Naturellement, le peuple gabonais leur importe peu. Ils auraient voulu jouer les humoristes de mauvais goût, ils ne s’y seraient pas pris autrement. En montrant un cliché d’Ali Bongo, légèrement vêtu au milieu d’enfants emmitouflés, en évoquant son adoubement par Nicolas Sarkozy sans se poser des questions, en mettant en vedette Robert Bourgi, en enjambant la présidentielle de 2009, les producteurs de ce documentaire ont étalé tout leur cynisme. Ils pensaient mettre en cause le cursus scolaire d’Ali Bongo, ils ont plutôt versé un nouveau témoignage au débat sur sa filiation. Quand Léon-Paul Ngoulakia dit avoir rencontré Ali Bongo pour la première fois en 1968 (lire «Les doutes de Léon-Paul Ngoulakia»), eux attestent de sa présence à Ales en 1965.

Demander des comptes

Certes, ce documentaire n’a pas la prétention d’être un œuvre historique à portée scientifique. Mais, il faut dénoncer et combattre la légèreté avec laquelle il a été mené. Vis-à-vis de la France, de sa classe politique, de ses médias et plus largement de ses élites, nous devons nous montrer plus exigeants. Sur Omar Bongo par exemple, ce documentaire a été d’une complaisance affligeante. Sans s’en offusquer, il s’est contenté de relater ses initiatives en vue de faire le lit à Ali Bongo pour une éventuelle succession. Sur l’attachement des dirigeants français aux droits de l’homme et principes démocratiques, il s’est montré prudent voire lâche. Jamais, il n’a osé demander des suites judiciaires à toutes les opérations de corruption évoquées par Robert Bourgi. À aucun moment, il ne s’est interrogé sur les garanties de non-répétition ou les réparations dues au peuple gabonais. Finalement, il n’a nullement servi la cause de la démocratie et des supposées valeurs françaises.

Média public, propriété de l’Etat français, France 2 n’est nullement sorti grandi de ce documentaire. À ceux qui en doutaient encore, il a apporté une preuve supplémentaire de ce que, dans l’esprit de bon nombre de Français, ce qui est bon pour eux ne l’est pas pour les Africains. L’attachement aux fameux intérêts de la France, l’absence d’indignation face au rôle trouble de leur pays, le peu de référence au destin du peuple gabonais, l’omniprésence de personnages sulfureux du type Robert Bourgi ou Antoine Glaser sont éloquents à souhait. Devant de telles grossièretés, le Gabonais lambda ne saurait se taire. Aujourd’hui plus qu’hier, il faut demander des comptes à la France et à ses élites. Il faut éviter de donner à des initiatives comme ce documentaire un retentissement immérité. À cet égard, une seule solution : exiger de la France qu’elle assume sa responsabilité et répare les torts causés au peuple gabonais.