Malgré les postures, en dépit de l’énonciation de valeurs, nonobstant la convocation de principes, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) peine à dessiner un horizon collectif. Et pourtant, sans reproduire à l’identique le schéma d’André Mba Obame naguère, son leader pourrait en tirer des enseignements.

Jean Ping devrait s’interroger le sort des populations, le rôle de l’Assemblée nationale dans la définition et la conduite des affaires publiques, l’avenir immédiat de la CNR et sa perspective personnelle. © Gabonreview

 

Parfois la froideur doit prévaloir. Dans l’analyse comme dans l’action. Malgré les postures,  en dépit de l’énonciation de valeurs, nonobstant la convocation de principes, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) peine à dessiner un horizon collectif. Au-delà de tout, elle doit se déterminer et agir. Pour la perspective personnelle de son leader, pour son avenir et pour notre destinée commune. Pour ne pas rejouer septembre 90 voire décembre 2011. Pour mettre fin à l’existence d’une chambre introuvable, docile et dévouée au régime comme jamais auparavant. N’importe comment, l’histoire doit s’écrire. Et, elle s’écrira. Derrière le choix à opérer, se joue notre vivre ensemble, c’est-à-dire notre capacité à envisager une destinée commune. Dans ce contexte, la défense de la liberté d’expression, la protection du pluralisme des opinions, la promotion de la dignité humaine et la participation de tous les citoyens aux affaires publiques ne sont pas des notions vaines.

Une analyse froide de la situation

On en convient : le contexte est déprimant. Il est même dépressif si ce n’est explosif. Rarement les passions ont été portées à un tel niveau d’incandescence. Jamais, les clivages politiques, les schismes idéologiques n’ont été aussi manifestes. Profondément marqué par l’assaut contre son quartier général (lire «Saisine de la CPI» http://gabonreview.com/blog/intervention-qg-de-jean-ping-cpi-saisie/ ), tout tourné vers la mémoire des victimes (lire «L’opposition dresse un bilan» http://gabonreview.com/blog/crise-postelectorale-lopposition-bilan/ ), le leader de la CNR dit œuvrer au «(rétablissement de) la vérité des résultats du scrutin du 27 août 2016» (lire «Ping à Abidjan» http://gabonreview.com/blog/que-va-faire-jean-ping-a-abidjan/ ). Dans son entourage immédiat, nombreux sont convaincus d’un aboutissement heureux. Parmi ses soutiens, on s’est même amusé à fixer des dates. Une rare ténacité frisant l’obstination et, peut-être même, l’entêtement : bénéficiant de l’effectivité du pouvoir d’Etat, Ali Bongo bétonne le système en interne (lire «Le regard d’Owono-Nguéma»  http://gabonreview.com/blog/revision-constitutionnelle-regard-acere-de-jean-christophe-owono-nguema/ ) tout en fréquentant les instances internationales (lire «Ali Bongo à New-York» http://gabonreview.com/blog/ali-bongo-a-new-york-18-21-septembre/ ). Faute de l’intégrer, Jean Ping déroute certains de ses alliés. En témoignent, les récentes sorties de Casimir Oyé Mba et Guy Nzouba-Ndama.

Comment faire face à ces contraintes ? En premier lieu, en procédant à une analyse froide de la situation. Une analyse assise à la fois sur les traditions diplomatiques et les forces ou faiblesses des parties prenantes. Dans cet exercice, la réalité juridique et institutionnelle doit prévaloir : échéance politique constitutionnelle, les législatives ne sont nullement tributaires de la présidentielle. Même si le gouvernement y tire sa légitimité, l’Assemblée nationale appartient au pouvoir législatif. C’est un contre-pouvoir aux missions suffisamment larges pour faire bouger les lignes. Naguère, André Mba Obame l’a théorisé, expliqué puis appliqué. Dix mois après la présidentielle contestée d’août 2009, il prît part à une législative partielle. Cela ne l’empêcha nullement de continuer à revendiquer sa victoire supposée : sept mois plus loin, il prêta serment, avant de rendre public un gouvernement alternatif. Sans reproduire ce schéma à l’identique, Jean Ping pourrait en tirer des enseignements. Son camp étant de plus en plus gagné par le doute, il devrait y réfléchir.

Une stratégie agressive, flexible et pragmatique

Volens nolens, le leader de l’opposition doit rompre avec ses certitudes : il lui faut interroger le sort des populations, le rôle de l’Assemblée nationale dans la définition et la conduite des affaires publiques, l’avenir immédiat de la CNR et, pourquoi pas, sa perspective personnelle à court, moyen ou long termes. C’était un invariant de la réflexion du défunt secrétaire exécutif de l’Union nationale (UN) : se projeter sur l’ensemble du mandat de son adversaire tout en essayant de l’abréger. En mettant «toutes les hypothèses (….) sur la table», Jean Ping pourrait envisager l’horizon 2023. De sorte, il se déterminerait en conséquence. Surtout, il conjurerait le spectre de l’enfermement, première étape vers une coupure d’avec le réel. Son élan de résistance doit s’inscrire dans une stratégie agressive, tout à la fois flexible et pragmatique. La revendication de sa victoire supposée comme le refus de toute compromission peut avoir du sens. N’empêche, il doit se garder de tomber dans l’incantation. Il doit éviter de sombrer dans l’idéalisme. Saisir toutes les opportunités pour peser sur la vie publique serait dans son intérêt. Sauf, bien entendu, à réduire le monde à son ressenti. Aux dogmes, il doit préférer la lutte contre les féodalités de tous ordres. Aux calculs personnels, il doit opposer une position commune, fondée sur la prospective. En songeant au jugement de l’histoire, il doit se déterminer, sans froisser ses soutiens ni fâcher ses alliés. C’est sa responsabilité. Et ça relève désormais de l’urgence.