Neuf partis se réclamant de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) ayant proclamé leur refus de prendre part aux prochaines législatives, de nombreuses questions reviennent en surface.

La CNR est le prolongement d’une alliance scellée, le 15 août 2016, entre Jean Ping, Guy Nzouba Ndama et Casimir Oyé © twitter/rfiafrique

 

Certains le redoutaient. D’autres le souhaitaient. Son onde de choc pourrait, en tout cas, aller bien au-delà des prévisions de ses initiateurs. Et pour cause : au moment où les états-majors fourbissent leurs armes, neuf partis se réclamant de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) viennent de proclamer leur refus de prendre part aux prochaines législatives (lire «Neuf partis de la CNR non partants»). Se posant en hérauts de «l’avènement (d’une) nouvelle République», ils affirment s’interroger sur les objectifs poursuivis par certains de leurs alliés. S’attribuant le droit de hiérarchiser les préoccupations de «la majorité du peuple gabonais», ils assimilent la participation aux législatives à une opération de «(légitimation) (d’un) régime dont Ali Bongo restera le maître absolu». Affirmant œuvrer au «rétablissement de la vérité des urnes et (à) la prise (du) pouvoir», ils accusent d’autres de chercher à «détourner l’attention du peuple et de (Jean Ping)». S’arrogeant le monopole de la compassion à l’endroit des victimes de la crise postélectorale, ils annoncent devoir se «réorganiser (…) afin que la résistance triomphe de l’hydre de la dictature». L’opposition doit-elle prendre part aux législatives à venir ? Gagne-t-elle à les boycotter ?

Au sein du camp Ping, cette question divise, de toute évidence. Il y a un mois, Guy Nzouba Ndama annonçait sa décision d’y prendre part. Même s’il affirme être suspendu à la décision de son camp (lire «RHM attend l’onction de la CNR»), tout laisse croire en une participation d’Alexandre Barro-Chambrier. Surtout au regard des dernières révélations de Zacharie Myboto : profitant de la célébration du 8è anniversaire de son parti, le président de l’Union nationale (UN) a dit y réfléchir aux côtés d’autres forces, indiquant même devoir livrer les conclusions dans un avenir immédiat (lire «L’Union nationale pour la participation de la CNR»). Cette annonce a-t-elle eu un effet détonateur ? On peut le croire. Les tenants du non ont-ils agi pour couper l’herbe sous les pieds des chantres du oui ? Peut-être. Ont-ils voulu prendre Jean Ping en otage en se prévalant, d’ores et déjà, de son soutien ? C’est une possibilité. Déjà, deux faits retiennent l’attention : si la résidence de Jean Ping a servi de théâtre à cette sortie, l’orateur a prétendu s’exprimer au nom de la CNR et pas d’un quelconque parti. Peu importe sa ligne de défense, il en faudra désormais beaucoup pour convaincre de la neutralité de l’hôte des lieux. Quel avenir pour la CNR, dans un tel contexte ?

Déclaration de la discorde

Née de la contestation des résultats officiels de la présidentielle d’août 2016, la CNR est le prolongement d’une alliance scellée entre Jean Ping, Guy Nzouba Ndama et Casimir Oyé Mba sous le parrainage de Zacharie Myboto. Ne disposant ni d’une charte, ni d’un code bonne conduite, elle fonctionne à la confiance. En toute logique, chacun de ses membres devrait se raccrocher à l’un des trois signataires de l’accord du 15 août. Mieux, ses décisions devraient être prises par consensus et recueillir leur avis. Peut-on agir autrement sans contrevenir à l’esprit de la présidentielle ? Peut-on mettre sur un pied d’égalité les alliés et leurs soutiens respectifs ? Au lendemain de la déclaration de la discorde, ces questions reviennent en surface. Certains dissertent désormais sur l’éthique en politique. D’autres épiloguent sur le sens de la parole donnée. Il s’en trouve aussi pour interroger la gouvernance interne à la CNR et l’existence d’une stratégie consensuelle.

N’empêche, jouer les Cassandre ou les oiseaux de mauvais augure ne serait d’aucune utilité. Officiellement, le débat sur la participation de la CNR aux législatives a été confié aux partis politiques. En toute souveraineté, il leur appartient de se déterminer. En conscience, il est de leur ressort d’inscrire leurs orientations stratégiques dans le droit fil des engagements de leur regroupement, fut-il informel. Surtout, il est de la responsabilité des principaux acteurs de la présidentielle de favoriser l’émergence d’une position consensuelle, à même de garantir la cohésion de leur bloc. Ils l’ont fait pour une échéance majeure et capitale. Pourquoi en seraient-ils incapables aujourd’hui ? En raison des incertitudes sur le positionnement et le futur de Jean Ping ? S’ils veulent vraiment construire une mécanique victorieuse, ils ne devraient pas avoir de mal à trancher cette question, quitte à envisager l’orientation stratégique de la future législature. En s’efforçant de mettre tous les atouts de leur côté, ils devraient être obligés de tenir compte de sa popularité, relativement intacte. Pour Jean Ping, comme pour ces alliés, le débat sur les législatives devrait être une occasion d’élargir le champ de vision. Sauf, bien entendu, à mettre en avant des intérêts particuliers ou des considérations inavouables.