Avec la grève des agents qui secoue actuellement le Conseil national de la Communication (CNC), les langues se délient peu à peu sur diverses affaires qui pourraient éclabousser cette institution chargée de la régulation du paysage médiatique national.

Les agents, en grève, pourraient hâter le déballage des grands dossiers du CNC. © Gabonreview

 

Entrés en grève le 27 octobre dernier pour revendiquer leurs primes et de meilleures conditions de travail, les agents s’en prennent au laxisme de leurs responsables, déballant petit à petit les sulfureuses affaires qui pourraient entrainer des responsables, actuels ou passés, de l’institution dans l’«Opération Mamba». Celle-ci, pour rappel, est une initiative gouvernementale anti-corruption ayant déjà envoyé plusieurs hautes personnalités dans les geôles de la maison d’arrêt de Libreville.

En effet, après l’article «Communication : Le CNC en grève» de Gabonreview , le 31 octobre 2017, certaines voix de cette entité estiment qu’il est temps pour elles de livrer leur part de vérité. Ainsi, refusant l’allégation selon laquelle les Conseillers techniques sont toujours payés, l’un d’entre eux réajuste : «les Conseillers techniques ne sont nullement payés». «Lorsque les agents menacent d’aller en grève, le président du CNC paye le haut, c’est-à-dire les Conseillers-membres, et le bas (les ménagères). Pour ce qui est du milieu, on traine invoquant le fait que nous sommes des fonctionnaires affectés (nommés) au CNC. On n’est pas payé».

Furieux et assurant avoir vu passer du monde au CNC, le même agent évoque un certain nombre d’affaires qu’il faudra bien un jour extirper des tiroirs. Le premier, selon lui, est le dossier de la Maison de la presse resté sans suite. S’il n’insiste pas sur les contours de cette affaire, il s’appesantit plutôt sur le dossier d’une soixantaine de véhicules ayant pour générique de plaque d’immatriculation «127» qui «auraient été emportés par un ancien président du CNC après sa nomination au gouvernement». «Ces voitures ont été distribuées aux parents, amis et connaissances tous hors du CNC. Elles arborent aujourd’hui des plaques civiles, on ne sait par quelle magie», explique l’agent du CNC.

Les bruits de couloir au CNC laissent entendre que le ministère du Budget a envoyé au CNC une liste de numéros d’immatriculation de véhicules du CNC dont il voudrait connaître les utilisateurs. Les mêmes sources ajoutent en outre que la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) a déjà auditionné la gestion de cette structure, en partant de 2009. «Ils ont toutes ces données. Ne soyons pas surpris de voir apparaitre les noms et les visages de certains anciens dirigeants du CNC dans l’opération Mamba», assurent-elles presqu’en chœur.

La disparité des primes entre les agents est également fort dénoncée au sein de l’institution de régulation des médias. «On a connu un président qui payait son chauffeur, qui n’était que son fils, à près d’un million de francs. Les Conseillers techniques sont censés avoir entre 250 et 300.000 francs CFA de primes alors que les Conseillers politiques sont primés à la discrétion du président. Quelle injustice !», fulmine un autre employé de cette institution espérant une opération de salubrité de la gouvernance de cette structure.

Autre problème : celui du monitoring dont l’«acquisition a été guidée par l’intérêt, la recherche du bonus et autres ristournes. On s’est moqué de la qualité et des normes requises et le résultat est là aujourd’hui», regrette une autre source, souhaitant l’amélioration des conditions de travail et de vie au sein du CNC.

Comme de nombreuses autres structures ou institutions républicaines, le CNC jouit d’une autonomie de gestion financière. Ce qui a certainement poussé quelques indélicats à des «excès» entrainant assurément l’institution dans les eaux troubles. «La mal gouvernance est la chose est la chose la mieux partagée dans ce pays. Il faut faire quelque chose pour que ceux qui n’ont pas droit de cité libèrent les places qu’ils occupent. Voilà pourquoi, on aimerait bien voir Opération Mamba par ici», conclu un agent de l’institution, littéralement dépité.