Après sa sortie officielle en salle en France le 25 janvier dernier, le film «L’ascension» du réalisateur Ludovic Bernard, adapté du livre «Un Tocard sur le toit du monde», de Nadir Dendoune, journaliste, écrivain et co-scénariste du film et premier franco-maghrébin, et premier habitant de la Seine-Saint-Denis, à gravir le toit du monde (l’Everest), sera projeté le 5 mai 2017 à l’Institut français du Gabon. Rencontre avec celui qui a inspiré le film.

Nadir Dendoune, journaliste, écrivain et co-scénariste du film et premier franco-maghrébin, le 4 mai 2017 dans la rédaction de Gabonreview. © Gabonreview

 

Gabonreview : Vous présentez votre film «l’ascension» demain à l’institut français du Gabon. De quoi parle ce film ?

Nadir Dendoune. © Gabonreview

Nadir Dendoune : C’est une histoire qui débute en 2008 lorsque je suis allé gravir la plus haute montagne du monde «l’Everest» qui culmine à 8848 mètres. Ce qui fait que cette histoire est assez extraordinaire est que je n’avais jamais fait de montagne dans ma vie. Normalement quand tu pars gravir la plus haute montagne, c’est que tu as déjà fait d’autres montagnes avant, tu es déjà un alpiniste rompu. Or, ce fut le contraire pour moi. Je me suis même fait passer pour un alpiniste professionnel pour pouvoir rejoindre un groupe de professionnel et c’est ce que je raconte dans mon livre intitulé «Un tocard sur le toit du monde» publié en 2010. Et c’est grâce à ce livre qu’on a écrit un scénario dont je suis le co-scénariste et qui a par la suite, abouti au film qui est sorti le 25 janvier 2017 qui s’appelle «L’Ascension» qui raconte cette ascension victorieuse, mais improbable de l’Everest.

Nous avons choisi ce titre pour deux raisons: ça parle de montagne, mais aussi parce que c’est un film qui parle d’ascension sociale. Il s’agit d’un mec incarné par l’acteur français Ahmed Sylla qui décide de partir de son quartier la Seine-Saint-Denis du 93, gravir cette montagne pour la femme qu’il aime. L’ascension intervient au niveau où on ne le voyait pas du tout gravir la montagne, lui en tant que jeune noir d’un quartier populaire. On l’imaginait plutôt soit en footballeur, soit en rappeur, au mieux en terroriste. Il s’agit de briser les barrières sociales, les barrières mentales.

Quel est le message que vous tentez de véhiculer dans ce film et quel impact peut-il avoir dans votre région?

Nous sommes très fiers de ce film parce que c’est un film qui a marché. Nous voulons déjà que ça touche les gens, peu importe leur milieu social, ou d’origine. Il s’agit d’abord d’un film d’amour. C’est une histoire de dépassement de soi. Je pense que nous avions réussi notre pari. Nous avons fait une quarantaine de projections en France, de la Corse au nord en passant par l’Est de la France. Le message de ce film, c’est vraiment de casser les barrières sociales et mentales, de prouver que nous avons notre place partout.

Nadir Dendoune. © Gabonreview

La satisfaction que vous tirez de la réalisation de ce film, vous le devez à quoi, au thème développé dans le film ou à la qualité esthétique de la réalisation ?

Je pense qu’il y a trois facteurs. Premièrement, c’est déjà un film qui fait du bien. On dit que c’est un film «good move». Quand tu sors du film, tu as la patate et tu as la banane. Quand tu sors du film, tu dis, j’ai passé un bon moment. Actuellement en France, nous sommes dans un état de sinistrose aigüe de voir ce genre de film où tu souffres. En plus, il y a de beaux paysages, on est au Népal, sur le Massif du Mont-blanc, ça fait rêver. Pendant 1H40 le temps du film, on s’évade, on est ailleurs.

Secundo, l’histoire est bien racontée. Le film est bien réalisé. Les acteurs sont bons. C’est à la fois drôle et émouvant avec une histoire d’amour. Et c’est un film universel. Ce matin, il y a eu une projection à l’Institut français avec des élèves du lycée français, des élèves d’une classe de cinéma et des cinéastes gabonais. Ce film a fait l’unanimité et il fallait voir comment les gamins étaient enthousiastes.

D’ici 72 heures les Français auront à choisir leur nouveau président entre deux idéologies et politiques différentes. De quel côté vous situez-vous?

Je ne serai pas sur Paris dimanche 7 mai. Mais par contre, par procuration, j’ai demandé à mon beau-frère de voter pour la merde qui sent le moins fort. Je voterai pour Macron. Je ne pourrais pas voter pour Marine Le Pen parce que, quand tu lis son programme, tu regardes le chapitre 5, c’est hyper violent. Soit tu embrasses la France, soit tu dis merci à la France. C’est soit tu es blanc, soit tu dégages presque. En gros, elle dit qu’on n’aura pas droit d’avoir de la discrimination positive. Donc si on n’avait pas fait des lois pour que les femmes soient plus égales, les femmes seraient restées là où elles étaient. Elle ne parle plus d’intégration, mais d’assimilation, ce qui fait que tu n’as pas droit d’avoir deux cultures, trois cultures. Alors que moi qui ai passé huit ans en Australie, c’est normalement que je sois australien un peu dans l’âme. Pour moi être français ou être du Gabon, c’est vivre d’ici, après tu peux avoir d’autres origines.

Si Marine Le Pen passe, ça fera peur, car il paraît que selon les derniers sondages, elle est déjà à 40% donc c’est 20 millions de personnes qui voteront pour elle. Ça fait flipper vu que je connais plein de gens qui ne veulent pas non plus voter pour Macron parce que lui c’est, tu marches ou tu crèves. C’est le libéralisme à outrance.