Avant la sortie de son dernier long-métrage «Matrice», le jeune producteur et réalisateur, Fernand Lepoko surpris par Gabonreview dans son laboratoire de montage de film. Il revient avec nous sur les contours de cette nouvelle fiction et, plus largement, sur l’avenir du film gabonais.

Fernand Lepoko. © Gabonreview

Fernand Lepoko. © Gabonreview

 

Gabonreview : Quand et comment avez-vous débuté dans le cinéma ?

Fernand Lepoko : Je débute dans le cinéma, on peut dire sur un concours de circonstances parce qu’il faut dire que c’est sur l’influence de mon oncle Marcel Sandja qui est aussi réalisateur. Nous avons toujours grandi en le regardant faire, mais jamais il ne m’était passé par la tête de vouloir aussi emprunter le même chemin. Après mes études en France qui ne se sont pas très bien passées comme j’avais espéré, je rentre au Gabon et petit à petit je rentre dans le cinéma.

Quel enseignement avez-vous tiré de vos différentes expériences ?

En parfait autodidacte, avec un maître qui est une des références de l’univers cinématographique de notre pays. Doucement, j’ai gravi les échelons et puis j’ai fini par flirter avec le Centre national de cinématographie (Cénaci) à l’époque dirigé par Charles Mensah et c’est comme ça, que je rentre dans le milieu du cinéma proprement dit. Entre-temps je vais un peu graviter dans l’univers de la publicité, du clip vidéo et après j’intègre la série «les années écoles» avec le Cenaci. Et c’est comme ça que réellement la carrière de la cinématographie commence.

Vous êtes auteur d’une nouvelle œuvre que vous, vous vous apprêtez à présenter. De quoi s’agit-il ?

Le film s’appelle Matrice. Avant ça j’ai d’abord fait Maléfice, produit par le Cénaci, ensuite Terre et fils qui était une production privée. Là, je fais Matrice qui est un long métrage de près de deux heures. C’est une fiction qui mélange un peu l’univers du réel et du fantastique : un film qui traite exclusivement de l’avortement vu sous un univers qui m’est un peu particulier ; dans lequel on va retrouver à la fois du religieux, mais également la face sombre du religieux. L’héroïne est une jeune dame qui après avoir pratiqué plusieurs avortements décide de tout faire pour avoir une fille, parce que, au départ, elle a deux garçons. Mais elle a une obsession de vouloir absolument avoir une fille, sauf qu’elle est diagnostiquée stérile par son médecin. Malgré tout, elle va s’accrocher à son désir d’avoir une fille. Elle fera tout jusqu’à pactiser avec le diable pour y parvenir.  Il y a cinq personnages principaux qui sont Elvire (héroïne), Soka, le père Étienne, Nganga Bobi et la mère d’Elvire. Ces personnages sont incarnés respectivement par Michel Ndao, Floriane Tchimina, Dominique Douma, Medard Mouele et Olivier Messa.

© Gabonreview

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Que peut-on apprendre de ce film ?

Ce film est une interrogation sur la question de l’avortement. Il fera partager les opinions, à savoir est ce qu’il faut être pour ou contre l’avortement. Maintenant cette question, l’auteur que je suis, essaye de la traiter sous un point de vue original ; qui va à la fois regarder la chose sous l’angle médical, religieux et par rapport aux intérêts des êtres humains que nous pouvons avoir. Soka, le mari d’Elvire (l’héroïne) est plutôt motivé par des ambitions personnelles. Pour ne pas sombrer dans la pauvreté, pour ne pas perdre sa richesse, il sera prêt à vendre les fœtus, et même sacrifier sa femme pour qu’elle puisse à nouveau tomber enceinte, parce qu’il adore une divinité.

Une scène mérite d’être mise en avant, celle que je suis présentement en train de monter. C’est une scène qu’on appelle dans le jargon scénaristique «la scène obligatoire», où les deux forces s’affrontent. Cette scène est effectivement l’une des plus longues et des plus difficiles du film, aussi bien au niveau du tournage que du montage. Elle constitue un challenge parce qu’elle est à la fois mêlée d’actions avec bagarres, émotions et beaucoup d’effets spéciaux.

Parler nous de l’écriture, de la musique ou encore du tournage ?

Le scénario est parti d’un vieux projet qui avant s’appelait «à Dieu enfant du bon Dieu» et après je l’ai transformé un peu. C’est toujours comme ça quand on se lance dans des projets. Je dirais que l’écriture m’a pris près de six mois. Le tournage a pris deux ans et il s’est passé à Libreville. Tout simplement parce qu’au départ, j’étais parti sur une auto production et au bout d’un moment je me suis retrouvé un peu coincé. J’ai néanmoins pu nouer des partenariats pour  terminer le film.

Pour ce qui de la musique, celle-ci est composée par Frédéric Gassita, qui est présentement en train de travailler dessus. Frédéric Gassita est une des références dans notre pays. C’est une chance pour moi de l’avoir comme compositeur sur ce film.

Un mot sur le cinéma gabonais

Le cinéma gabonais est une longue marche qui n’est toujours pas arrivée à son apogée parce qu’il y a eu des grands qui ont commencé, avec des pionniers comme Philippe Maury. Mais la relève n’a pas su impulser les choses comme il le faut. Si bien que j’ai toujours l’impression que c’est un cinéma qui se cherche encore, qui cherche toujours à faire ses classes, qui n’est pas arrivé à maturité. Mais il y a de l’espoir dans la nouvelle génération : on espère qu’un jour on arrivera à l’industrie du cinéma gabonais.

Le cinéma a toujours été le parent pauvre de la culture gabonaise. Ces derniers temps, avec le travail que fait le ministre Alain-Claude Billie- By- Nze, il faut dire qu’il y a un espoir. Nous avons l’impression qu’il y a une volonté de bien faire, une volonté de faire bouger les choses et de faire bouger les lignes et d’élever les standards. C’est une politique qu’on soutient. Cela a commencé avec le Quifilma et on espère que les moyens suivront.

Peut-on vivre du cinéma au Gabon ?

Oui, à condition de se faire violence. Il est clair que le cinéma n’est pas forcément le domaine que je conseillerais à qui que ce soit pour gagner sa vie, même pas à mes enfants. Mais quand on a la volonté et l’espoir que c’est un domaine porteur, on se fait violence. C’est un peu ce que je m’attèle à faire depuis plusieurs années déjà. J’ai toujours l’espoir qu’un jour ces efforts porteront des fruits : seul le travail paye !