Après le dédain littéral des «hommes du président» (ex-Mogabo), Faustin Boukoubi a reçu le contre-pied du chef de la majorité prenant fait et cause pour les premiers. L’on en vient à s’interroger sur la nécessité de la démission du secrétaire général du PDG. Nombreux estiment qu’il devrait le faire pour laver son honneur, surtout que sa gestion du parti ne plaide pas pour lui.

Faustin Boukoubi (à g.), littéralement désavoué par Emmanuel Issoze Ngondet (à d.) et les hommes du président Ali Bongo (au milieu), ici lors de la célébration du 49è anniversaire du PDG. © Dworaczek-Bendome

 

Au gouvernail du navire amiral de la majorité, le Parti démocratique gabonais (PDG), Faustin Boukoubi n’a visiblement pas le respect de tous. Sinon, comment comprendre que des cadres de son parti, tels qu’Alain-Claude Billie-By-Nze, Pacôme Moubelet, Blaise Louembé, Simon Ntoutoume Emane et Ali Akbar Onanga Y’Obégué soient à nouveau montés au filet, le 3 août, alors que leur précédente sortie, le 28 juillet dernier, a provoqué le froncement des sourcils du numéro 2 de la formation ? Le blâme à peine voilé du SG ayant des allures de mise en garde à l’adresse du quarteron de gladiateurs politiques ci-dessus nommés.

Sur Facebook, le post d’Issoze Ngondet contrecarrant Faustin Boukoubi. © Capture d’écran/Gabonreview

En effet, en réaction à la sortie de Boukoubi, non seulement les membres de l’ex-Mogabo ont renforcé leur équipe, mais le Premier ministre est venu rajouter une couche en exprimant son soutien à ceux-ci. «Face à l’âpreté du débat politique actuel, défendre l’image du président de la République est plus qu’une mission pour la majorité. Mon entier soutien aux personnalités qui se sont engagées dans cette voie selon leurs atouts et leurs talents», lit-on sur la page Facebook d’Emmanuel Issoze Ngondet. Mieux, sur la même page, le 2 août 2017, soit quelques heures après la réaction du SG du PDG sur Gabon Télévisions, le chef du gouvernement a écrit : «Je reste déterminé à accompagner et servir avec la dernière énergie mon chef, le président de la République, Son Excellence Ali Bongo Ondimba. Beaucoup parlent et s’agitent, mais les paroles ne changent ni la situation économique ni sociale d’un pays. Ce qui change les choses, c’est le travail et l’action sur le terrain.»

Si le Premier ministre, en sa qualité de chef de la majorité, devait tout au moins appeler à l’apaisement, et tout au plus réclamer la discipline dans les rangs mais ne l’a pas fait, nombreux pensent qu’en validant les sorties médiatiques de ses ministres face à la position du parti, il marque sa désapprobation quant à la gestion du parti majoritaire depuis la fin du dernier processus électoral. En effet, alors que le maillage du terrain, par le parti au pouvoir, lors de la dernière présidentielle a étalé de nombreuses lacunes, le terrain a été déserté depuis lors et n’eut été le report des élections législatives, le PDG y serait allé sans préparation, dans un contexte où il est question de fracture grave du corps électoral. De même, estime un haut cadre du parti de Louis, «un congrès devait au moins être organisé au sortir de l’élection présidentielle heurtée d’août 2016. Ils nous fallait quand même tirer le bilan, voir qu’est-ce qui n’a pas bien marché, quelles ont été nos forces et faiblesses, comment envisager le nouveau septennat, etc. Rien n’a été fait, le parti dort. Il est absent de la scène politique et médiatique.»

Doit-on ainsi comprendre par les montées au créneau des «hommes du président» que le SG se retrouve banalisé du fait l’engourdissement de la formation politique dont il a la charge du fonctionnement ? Mais, ne doit-on pas également voir dans le silence du «Distingué camarade» qu’il est d’avis avec ses soutiens, qui ont décidé de prendre la parole sans complexe ? Peut-on donc envisager une démission de Faustin Boukoubi dans les jours qui viennent ? Malmené par les «Emergents» (ces proches d’Ali Bongo qui tentent de prendre le contrôle du PDG depuis le congrès d’avril 2013), le SG est-il capable de laver son honneur face à ce nouvel affront au sein du parti qu’il supervise depuis 2008 ? On en doute. Pourtant, certains estiment qu’il devra s’y résoudre, à moins de s’imposer. Mais pour ça, il faut déjà qu’il ait le courage d’Ali Bongo. Ce qui semble moins sûr.