Acteur principal du documentaire «On est tous Pygmée» d’Hélène Charpentier ayant reçu la mention spéciale du Prix jeunesse des 12e Escales documentaires de Libreville, Chef Keza (Minko Mi Ndong dans le civil), a été abordé par Gabonreview.

Chef Keza, rappeur défenseur des traditions gabonaises, acteur de “On est tous Pygmées” d’Hélène Charpentier. Libreville le 25 novembre 2017. © Gabonreview

 

Gabonreview : Chef Keza, acteur principal du documentaire «On est tous Pygmée» d’Hélène Charpentier, grand défenseur de l’environnement et des valeurs traditionnelles et ancestrales, qui est Chef Keza ?

Chef Keza : Je suis Minko Mi Ndong. Mon nom d’artiste est Chef Keza. Je suis enseignant, artiste, auteur compositeur et initié à la tradition Bwiti Dissoumba.

Comment conciliez-vous Hélène Charpentier, Chef Keza et tous les thèmes que vous défendez ?

On s’est rencontré, il y a un peu plus de 10 ans. Hélène Charpentier fait régulièrement des tours en Afrique où elle réalise des portraits des artistes qu’elle rencontre. Elle a commencé au Togo, au Bénin, au Burkina Faso, mais aussi au Cameroun. Elle est particulière accrochée au Gabon où elle s’est intéressé à Movaizhaleine. C’est le message de ce groupe de rap qui lui a plu. Elle avait donc déjà pris beaucoup d’images de nous et par la suite, on a décidé d’en faire un documentaire. Voilà un peu comment est venue l’idée de tourner ce documentaire.

On vous a vu et revu pendant une semaine pratiquement dans un documentaire intitulé «On est tous pygmées». De quoi il retourne ?

Ce documentaire est une démarche qui essaie d’apporter des solutions aux questions qu’on se pose par rapport à nos traditions, à notre environnement. La solution serait le retour aux sources, aux paradigmes originels. Le paradigme qui correspond à notre contexte environnemental et culturel. On pense que faire un retour à cette source-là peut nous permettre de voir avec plus de précision et plus de clarté un avenir qui semble sombre pour les Africains.

Celui qui n’est pas initié aux rites traditionnels africains ne peut vous comprendre. En français facile, que voulez-vous dire et quel message renvoyez-vous dans le film ?

Le message qu’on renvoie dans le film est tout simplement de faire un retour aux sources. On voit bien que les Africains sont dans un questionnement perpétuel, mais aussi dans des maux perpétuels engendrés par une société moderne. Tout ça parce que depuis un certain moment, les Africains se sont un peu détachés de leurs traditions. Nous suggérons donc de repartir vers ces traditions pour essayer de résoudre les problèmes que pose le modernisme.

Comment donc y parvenir ?

Le fait déjà de pouvoir en parler dans un documentaire nous permet de décomplexer un peu la tradition africaine qui a souffert d’une diabolisation. A travers le documentaire, on essaie de présenter très simplement notre tradition, on essaie de la démystifier. La jeunesse ne doit pas voir sa propre tradition, son propre passé, comme quelque chose de diabolique. On essaie aussi de toucher les hautes instances afin d’inclure dans l’Education certains critères pouvant ramener, provoquer ce réveil de conscience, ce retour à la tradition.  Lorsque je dis un retour aux sources, je ne dis pas de se couper complètement du modernisme. Il y a des acquis et puis, le fait qu’on a été au contact de la culture occidentale fait déjà partie de notre passé. On ne pourra jamais effacer ça. Aujourd’hui ce qu’on demande, ce n’est pas de repartir, entre guillemets, comme les gens le comprennent, vivre dans la brousse et de jeter son smartphone. On demande t’intégrer dans cet environnement moderne, sa culture et sa tradition. C’est à dire dans un monde moderne, il faut avancer en sachant d’où on vient pour pouvoir s’adapter à ce modernisme.

Chef Keza et les autres étoiles des Edl 2017. © Gabonreview

Dans le documentaire, on voit Chef Keza dire «On ne refuse pas de partager, mais il faut savoir comment prendre». Que voulez-vous dire ?

Je m’adresse particulièrement aux pays occidentaux parce qu’on sait que depuis l’époque des grandes explorations, les occidentaux étaient en mal de richesses. C’était un continent qui tombait. Ils ont dû rechercher et découvrir de nouvelles terres. Ils veulent exploiter ces richesses qu’a l’Afrique. Nous ne disons pas non parce que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Tout homme, qu’il soit noir ou blanc vient d’Afrique. Alors les richesses qui y sont, sont pour tous les hommes sauf qu’exploiter ces richesses suggère quand même une certaine écologie qui n’est pas justement respectée par les grandes firmes occidentales.

Chef Keza est enseignant des Sciences de la vie et de la terre (SVT). Il est initié au Bwiti. Il est en même temps défenseur de la nature et il est rappeur. Comment gère-t-il tout cela au quotidien ?

Le point commun entre tout ça c’est simplement d’apprendre et d’enseigner. A partir du moment où j’enseigne dans ces trois casquettes, elles se complètent. Quand je suis sur scène, j’enseigne. Quand je suis dans ma tradition Bwitiste j’enseigne. Quand je suis dans ma classe SVT, j’enseigne aussi.

Il n’y a pas l’ombre d’un seul Pygmée dans le film. Finalement, pourquoi et que veut dire «On est tous pygmées» ?

On est tous pygmées renvoie aux origines. On n’a pas vu des Pygmées dans le film mais la tradition Bwiti est pygmée. Elle nous a été léguée par les pygmées. Et si toutes les ethnies du Gabon aujourd’hui font le Bwiti, c’est parce que les pygmées nous l’ont légué, cette tradition. Ils nous ont appris à vivre dans un environnement qui est la forêt équatoriale et lorsqu’on dit qu’on est tous pygmée, c’est que le premier homme vient très certainement d’un endroit proche de la première forêt primaire.

Les escales documentaires ont fait pleins feux sur Chef Keza, le rappeur, le bwitiste, l’enseignant. Alors ?

C’est une grande chance d’avoir les Escales comme ce lieu où justement les jeunes cinéastes, ceux qui s’essayent dans le domaine peuvent être vus, écoutés. Les Escales documentaires offrent donc cette opportunité d’être vu, d’être entendu non pas seulement au Gabon, mais même à l’échelle internationale. C’est une grande initiative et je pense que les pouvoir publics devraient s’inspirer de ce genre d’initiatives pour en créer d’autres et encore plus dans d’autres domaines.

Sans faire dans la divination bwitiste, comment Chef Keza se projette-t-il dans le futur proche ?

Je reste rappeur, auteur-compositeur. J’ai un studio d’enregistrement que j’ai ouvert il y a plus d’un an. J’ai un collectif détaché de Zorbam Produxion avec lequel je suis en train de travailler sur une compilation qui devrait être prête d’ici janvier. Et cette compilation va dans le même sens que le film documentaire. Ce sera une complémentarité. Il a appelle au retour aux sources, à la tradition.