Ancien sénateur, auteur de «Gabon : la passion du pays», Charles Mba, ancien hiérarque du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), passé dans l’opposition radicale, s’est exprimé dans les colonnes du journal L’Aube du 15 mai 2017. Il se prononce sur l’opération Mamba, la corruption dans le pays… et son soutien à Jean Ping.

Charles Mba, invité à TV5 Monde, en mars 2017. © Gabonreview (Capture d’écran)

 

Dans une longue interview accordée à l’hebdomadaire L’Aube, l’ancien sénateur, ancien ministre d’Omar Bongo, ancien directeur général des marchés publics, Charles Mba, désormais membre de l’Union nationale (UN, opposition) après sa démission du PDG, s’est exprimé sur la vie du Gabon. Dans sa maison en banlieue parisienne où il vit son exil, il s’est particulièrement exprimé sur «l’opération Mamba». Une opération liée à l’amplification de la corruption ces dernières années au Gabon.

Si dans son récent ouvrage «Gabon : la passion du pays» paru en août 2016, il expose son ambition pour le Gabon et la vision qu’il a du pays à bâtir, l’ancien sénateur et soutien de Jean Ping estime que «la criminalisation semble devenue une arme politique» au Gabon. «A défaut de pouvoir combattre les idées, on s’attaque aux hommes», a-t-il déclaré. Faisant ainsi allusion aux cas Ngambia,   Ngoubou ou Oyaya, interpellés dans le cadre de «l’opération Mamba», Charles Mba note que les «faits qui leurs sont apparemment imputés sont extrêmement graves s’ils sont avérés». Il relève par ailleurs qu’ils «doivent être établis et démontrés par des procédures judiciaires».

En ce qui concerne cette opération, l’ancien ministre souligne qu’il faut éviter que l’arbitraire ne s’installe au Gabon. «Le respect de la loi doit être respecté de tous et pas seulement de quelques-uns car, «même les aveugles voient l’émergence incongrue de fortunes inattendues», a-t-il fustigé, estimant que la crédibilité de l’autorité judiciaire ne devrait pas permettre que «seuls quelques personnes soient ciblées. Sinon il ne s’agirait que de sordides règlements personnels de comptes». Evoquant la corruption, l’ancien sénateur est assez dur. «Chez nous, il semble que le pronostic vital soit engagé», assène-t-il en se demandant où se trouvent les corrupteurs, du moment qu’il y a des corrompus.

S’il doute de l’aboutissement de l’opération Mamba, Charles Mba avance, un brin ironique, qu’«en termes de symboles, je préfère l’oiseau qui est plus libre, au serpent que l’on peut guider vers des cibles préalablement choisies». Autrement dit, le très ancien directeur général des marchés publics voit, en filigrane, une démarche visant à nuire à certaines personnes et même une justice biaisée.

Revenant sur la crise postélectorale, on apprend dans cet échange que l’ancien ministre a perdu deux membres de sa famille dans les violences du 31 août 2016. Charles Mba explique, dans cette interview, avoir perdu son frère et son petit-fils. «Beaucoup d’autres Gabonais sont atteints dans leur chair depuis ce jour-là… tous ces jeunes ne demandent que justice», a-t-il déclaré, indiquant que les dirigeants normaux sont qualifiés, expérimentés et dotés de valeurs morales nécessaires pour assumer des charges lourdes. «Ce ne sont ni les fortunes, ni les titres ronflants qui confèrent l’autorité indispensables aux missions d’Etat. C’est l’impartialité et l’efficacité républicaine», a dit celui qui rappelle qu’il a été l’un des soutiens d’Ali Bongo en 2009 dans le Grand nord.