S’étant maintenu au pouvoir grâce à ses liaisons incestueuses avec l’appareil d’Etat, le Parti démocratique gabonais (PDG) ne peut ni renouveler son logiciel ni moderniser sa pratique politique.

Autour d’Ali et Sylvia Bongo, ka nomenklatura du PDG. © D.R.

 

La marque PDG est-elle définitivement morte ? Est-elle à jamais coupée de sa cible ? Faut-il la rafraîchir, la repositionner ou l’abandonner complètement ? A en croire certaines indiscrétions, ce débat a cours dans les chaumières (lire «Perspective d’un changement de dénomination»). La méthode est connue : changer de nom pour développer une identité nouvelle.  On l’a vu au Togo, en France et dans de nombreux pays.  Traînant un passif lourd de 50 ans d’une gouvernance hérétique, sonné par la présidentielle d’août 2016, le Parti démocratique gabonais (PDG) envisage un ravalement de façade. Mais, tous les professionnels du marketing le savent : le rebranding est d’abord le reflet d’une stratégie. S’il touche aux signes distinctifs, il s’inscrit dans une vision globale. Généralement, il est précédé d’un diagnostic opérationnel, c’est-à-dire d’une analyse du contexte, des capacités propres et de la marge de progression. En clair, pour plus de pertinence, tout changement de nom doit être précédé d’une réflexion de fond sur les problèmes quotidiens et la capacité à se conformer aux procédures internes voire aux lois et règlements nationaux. Ce travail a-t-il été fait ? L’a-t-il été en toute froideur et avec rigueur ?

C’est un secret de polichinelle voire une vérité de Lapalisse : le maintien du PDG au pouvoir tient avant tout à ses liaisons incestueuses avec l’appareil d’Etat, particulièrement la Cour constitutionnelle. Au fil des ans et des conquêtes démocratiques réalisées par l’opposition, cette connivence s’est faite plus voyante si ce n’est grossière.  L’ayant expérimentée en 93, en 98 et 2009, les Gabonais l’ont vécue en 2016 jusqu’à l’écœurement. Durant la centralisation des résultats, ils ont été estomaqués par les louvoiements et calculs de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap). Lors de la proclamation, ils ont vu le ministère de l’Intérieur avancer, toute honte bue, un taux de participation de 99,93% dans l’une des provinces. A la faveur d’un contentieux électoral devenu proverbial, ils ont découvert une juridiction constitutionnelle capable de s’arroger le droit d’annuler des bureaux de vote sans ordonner la reprise des opérations électorales.

On ne fait pas du neuf avec du vieux

Même s’il s’en défendra pour faire bonne figure, Eric Dodo Bouguendza a conscience de ces faits historiques. Quand bien même il les battra en brèche pour se donner bonne conscience, il en mesure la gravité juridique et la portée politique. Actuellement engagé dans la préparation du prochain congrès de son parti, il multiplie contacts et réunions. A-t-il pour autant jeté les bases d’une véritable introspection ou d’un changement de méthode ? Rien ne permet de l’affirmer. Or, on ne peut croire en une mue sans une véritable analyse du positionnement. Autrement dit, le PDG gagnerait à affronter son passé pour mieux le répudier. Le changement de nom ne produira jamais l’effet escompté si des étapes essentielles sont escamotées : analyse des attentes du peuple, établissement d’un bilan sans concession et, ouverture d’une enquête indépendante et impartiale sur les dérives passées. A ce jour, rien de tout cela n’est envisagé. Pis, hormis Ali Bongo lui-même, personne dans l’appareil partisan ne peut avoir le culot de s’y risquer. Coupé du réel en raison du soutien des institutions, gangrené par l’esprit de cour et les guerres de positionnement, l’ex-parti unique n’est pas en capacité d’impulser une dynamique politique et sociale. Ni le renouvellement de son logiciel ni la modernisation de sa pratique politique ne sont dans ses cordes.

Au fond, le changement annoncé de dénomination vise un seul et unique objectif : le changement d’image. Seulement, à deux mois de la tenue du congrès, les choses semblent mal engagées. Fermant ostensiblement les yeux sur les aspirations du peuple à plus de liberté, de sûreté et de confort, le PDG a choisi de flatter certaines catégories sociales, notamment les femmes, les jeunes et les handicapés. Du coup, ses animateurs alternent flagornerie et bigoterie.  N’ayant ni le courage d’en dresser le bilan ni l’humilité de tirer les leçons des sept dernières années, ils en sont réduits à ressasser des formules toute faites, sans parvenir à faire bouger les lignes. “Septennat de la jeunesse”, “Décennie de la femme”, “Egalité des chances” : si ce ne sont pas des incantations, elles y ressemblent fortement. Incapables de rompre avec le règne de l’impunité et de l’irresponsabilité, ils en viennent à croire en une justice à la carte, redoutant toutefois d’en être victimes un jour. Faute d’aborder les vraies questions, ils se satisfont de l’écume des choses.  A défaut de rompre avec les vieilles recettes, ils se coupent toujours un peu plus de la société. A la fin des fins, le changement d’emballage ne suffira pas.  Pour ainsi dire, la mue annoncée relève aujourd’hui de l’impossible. On ne fait pas du neuf avec du vieux…