Issu des résolutions du dialogue dit d’Agondjé et censé crédibiliser les résultats électoraux et, par la même occasion, éviter à l’avenir la contestation de ceux-ci, le Centre Gabonais des Elections (CGE) essuie déjà des critiques, notamment sur sa composition qui enregistre déjà quelques couacs.

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L’une des principales résolutions qui fondent cet organisme devant remplacer la désormais défunte CENAP (Commission Electorale Nationale et Permanente) repose sur le nombre de ses membres arrêtés à dix (10), soit cinq (5) issus de l’opposition et cinq (5) autres du pouvoir. C’est effectivement cette composition paritaire et a priori équilibrée qui suscite déjà débats et tensions.

Alfred Nguia Banda, ancien baron du régime passé dans l’opposition, fut le premier depuis son «exil» parisien à dénoncer cette nouvelle entité électorale : « les instances qui organisent des élections contestées sont les mêmes en dépit de quelques changements cosmétiques, notamment de dénominations. Autre problème : la composition du CGE. Ndaot, Ndemezo’o et Maganga Moussavou se disent de l’opposition alors qu’ils siègent dans les instances du pouvoir. Ils vont réclamer des représentants dans le CGE et ainsi mettre la véritable opposition en minorité. Vous voyez l’astuce !» dénonçait-il le 17 mars dernier lors de la rentrée politique de la Convention de la Diaspora Gabonaise (CDG).

Ces trois acteurs politiques et leurs partis politiques respectifs se trouvent effectivement au cœur de l’imbroglio, pour ne pas parler de cafouillage, auquel est confronté actuellement les responsables du ministère de l’Intérieur. Ils n’ont pas en effet été consultés par les partis de «la véritable opposition» qui ont déposé récemment auprès du ministre de l’Intérieur les noms des membres de ce bord politique devant siéger au sein de ce CGE. Leurs pairs les accusent, à tort ou à raison, de ne pas ou plus faire partie de l’opposition.  En conséquence, ils en ont été purement simplement exclus avant de constituer à leur tour leur propre liste toujours au nom de l’opposition dont ils se réclament toujours appartenir. Confusion totale !

Le 27 mars dernier, c’était Monsieur Luc Bengone-Nsi, le leader du Morena, qui, via sa page facebook, disait être «surpris par le comportement des Gabonais», notamment ceux qui se «précipitent» à «donner les noms de représentant en songeant exclusivement aux fonds qu’ils pourraient percevoir, oubliant certains points importants qui conditionnent une condition régulière, transparente et crédible».

Comme on peut s’en rendre compte, la question des «élections crédibles, libres et transparentes» au Gabon ressemble désormais à un véritable serpent de mer. Les acteurs politiques, tout bord confondu, par mauvaise foi ou par purs calculs mesquins et égoïstes, posent rarement, quand il le faut et comme il le faut, les problèmes de fond, se limitant uniquement à quelques arrangements formels. C’est ainsi que l’on est passé de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) à la CENAP (Commission Electorale Nationale et Permanente), puis aujourd’hui au CGE (Centre Gabonais des Elections) sans changements ni résultats positifs concrets et, surtout, sans réussir à donner au peuple, principal victime de ces errements politiques, des véritables gages de confiance envers les opérations de vote.

Orphé Boutet