Présent à la conférence internationale sur l’eau et le climat, actuellement en cours à Marrakech (Maroc), le délégué général de l’association Swelia, un réseau de 113 entreprises opérant dans les métiers de l’eau, revient sur la gestion du liquide vital.

Yvan Kedaj, à la conférence internationale de l’eau et du climat, le 11 juillet 2016 à Rabat. © Gabonreview.

Yvan Kedaj, à la conférence internationale de l’eau et du climat, le 11 juillet 2016 à Rabat. © Gabonreview

 

Gabonreview : Quel est votre sentiment à l’issue de la première journée des travaux de la conférence internationale sur l’eau et le climat ?

C’est un sentiment partagé. Tout d’abord, c’est de voir que les différentes présentations et discours qui ont été prononcés montrent clairement que l’eau a pris de la place dans le processus du climat, sachant que sans eau il n’y pas de climat et inversement. Aujourd’hui, j’ai donc l’impression qu’il y a un premier pas franchi, où l’eau est désormais reconnue comme l’un des facteurs essentiels d’influence sur le climat. C’est une perspective très intéressante parce que si l’on veut intervenir efficacement, s’adapter au changement climatique, l’eau est le facteur essentiel qui influera sur les phénomènes d’adaptation aux changements climatiques.

Ensuite, derrière il y a des possibilités, des perspectives, pour que les petites entreprises opérant dans le secteur, comme celles fédérées au sein du réseau que je dirige, puissent développer encore plus leur savoir-faire spécialisé pour contribuer, chacune en ce qui la concerne, à s’adapter aux changements climatiques.

Yvan Kedaj. © Gabonreview.

Yvan Kedaj. © Gabonreview

Le Premier ministre marocain a plaidé pour une utilisation rationnelle de l’eau. Adopter une telle démarche ne serait-il pas préjudiciable pour les affaires ?

Pas du tout ! Depuis cinq maintenant, nos entreprises se réunissent en commissions de travail pour que celles intéressées ou concernées par un même sujet, puissent travailler entre elles pour fabriquer, réfléchir et concevoir des nouveaux et services sur des parties du marché de l’eau et conquérir ensemble de nouveaux marchés. Le sujet de la réutilisation des eaux, nous y travaillons depuis plusieurs années maintenant. Nous avons plus d’une trentaine d’entreprises qui sont, à différents niveaux, impliquées sur ce sujet (…) Ce qui intéresse une entreprise, ce n’est pas que le marché mais également la philosophie qui va avec.

Les gérants de nos entreprises ont donc en eux cette fibre de l’eau, avec le savoir-faire, le tout saupoudré d’humanisme. On ne va pas faire un marché de l’eau pour gagner de l’argent, mais pour servir une cause et y apporter sa pierre, en donnant aux populations l’accès à l’eau potable, en préservant la ressource, en gérant un périmètre agricole, en réutilisant les eaux, en assainissant les eaux usées, en évacuant les eaux pluviales, en augmentant l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans les process industriels moins énergivores. Sur ce dernier point, il s’agit de coupler des solutions économes en énergie, qui fassent appel à du solaire ou de l’éolien, pour alimenter les populations à un meilleur coût environnemental, aussi bien en Afrique qu’ailleurs.

La philosophie à laquelle vous faites allusion, est-elle d’actualité dans des pays où l’eau coule encore en abondance, à l’instar du Gabon ?

Quand l’eau abonde, parfois elle abonde un peu trop. Ainsi, il y a des problématiques de gestion. Ce n’est pas parce qu’on a beaucoup d’eau qui coule dans un fleuve qu’on a beaucoup de bonne eau qui coule dans un robinet. Il y a des processus intermédiaires et ces processus existent aussi bien au Gabon qu’en France, où il y a des problèmes de fuites de réseau, de qualité de traitement et de dépollution des eaux. À chaque fois que l’on atteint un palier, il y a toujours un pas supplémentaire à faire dans le sens de l’amélioration de la qualité du service. C’est donc dire que même dans un pays où il y a potentiellement beaucoup d’eau, il y a beaucoup à faire pour pouvoir rationaliser cet usage. Car si cet usage n’est pas pour le pays, il y en peut-être un en aval qui en besoin. A cela s’ajoute également le besoin d’alimenter les océans pour la continuité écologique. En gros, une goutte d’eau économisée n’est jamais gaspillée.

Interview réalisée par Stevie Mounombou, envoyé spécial