En raison des liaisons dangereuses du président de la Confédération africaine de football (Caf), la Coupe d’Afrique des nations (Can) a un arrière-goût politique. Et si l’édition 2017 marquait la fin d’une époque et le début d’une ère nouvelle ?

Issa Hayatou, président de la Confédération africaine de football (Caf). © 20 Minutes

 

De la polémique actuelle sur la tenue de la Coupe d’Afrique des nations (Can) émerge une certitude : le président de la Confédération africaine de football (Caf) est homme du passé. Sa gouvernance est surannée, inadaptée au contexte démocratique. Il doit la moderniser. Bousculé par un désir de transparence, accusé de corruption, empêtré dans des considérations politiciennes, l’homme semble imperméable aux exigences démocratiques. Il donne le sentiment de faire peu de cas des valeurs de l’olympisme. Sa propension à traiter exclusivement avec des chefs d’Etat – au bas mot des ministres –    traduit une politisation du football. Durant la sombre période du parti unique, cette réalité a pu s’imposer sans susciter la critique. Mais, avec la vague de démocratisation intervenue durant la dernière décennie du siècle dernier, la gouvernance de la Caf est désormais analysée sous le prisme des valeurs démocratiques.

Objectifs inavoués et inavouables

La méthode Hayatou ne fait plus recette. Bien au contraire, elle rebute de plus en plus. Mélange de secrets, de coups bas, d’argent et de liaisons politiques, elle ne correspond plus à l’air du temps. N’ayant pas vu le monde évoluer sous ses yeux, refusant d’entendre les cris de la jeunesse africaine pour plus de démocratie, ne comprenant pas le souci des aînés de laisser aux jeunes un continent débarrassé des miasmes du parti-Etat, le quasi-président à vie de la Caf est en passe de couper le football de son public. Avant d’attribuer la Can 2017 au Gabon, il ne s’est guère soucié des enjeux politiques et du calendrier électoral national. Trop occupé à entretenir ses amitiés, il a pris le risque de transformer cette édition en instrument de légitimation ou de lutte politique. Comme il fallait le craindre, des menaces diverses planent désormais sur la compétition majeure du football continental, devenue malgré elle un enjeu de politique intérieure.

Ce risque, Issa Hayatou à refuser de le conjurer. Résolument, il a campé sur ses certitudes. Il a refusé d’analyser l’impact et la portée de la présidentielle du 27 août dernier, avant de se prononcer. Il n’a nullement tenu compte des éventuelles répercussions des législatives, initialement prévues en décembre 2016, sur la compétition. Même les questions liées aux infrastructures n’ont pas réussi à le détourner. Bille en tête, il a foncé. S’inscrivait-il alors dans l’agenda de la majorité au pouvoir ? Agissait-il par calcul personnel ? Poursuivait-il des objectifs inavoués et inavouables ? L’édition 2019 de la Can est prévue au Cameroun voisin. Or, une élection présidentielle doit y avoir lieu en octobre 2018. Ces similitudes avec le Gabon ouvrent la porte à toutes les déductions. Le Gabon en laboratoire pour le Cameroun ? On n’ose l’imaginer. On peine à le croire.

Autour des valeurs de l’olympisme

Si ces supputations ont droit de cité c’est d’abord en raison des liaisons dangereuses du président de la Caf. Mais c’est aussi du fait de sa pratique managériale désuète. Ses relations avec certains chefs d’Etat passent de plus en plus mal. Sa propension à modifier les textes au gré de ses intérêts rappelle furieusement les modifications constitutionnelles opérées çà et là. Son allergie à la critique traduit un refus de transparence. Sa tendance à faire des lectures orientées de la loi ou à l’appliquer différemment selon les cas souligne une opposition à l’Etat de droit. Faute d’avoir su s’adapter aux exigences démocratiques, Issa Hayatou apparaît comme un allié objectif des régimes contestés. Tout cela déteint naturellement sur l’image de la Caf, des équipes nationales voire du football. En choisissant d’organiser trois éditions successives en Guinée équatoriale, au Gabon et au Cameroun, le président de la Caf n’a rien fait pour inverser cette tendance. Bien au contraire…

Si la Caf veut redorer son image et celle du football, c’est d’abord autour des valeurs de l’olympisme. L’excellence, l’amitié et le respect doivent devenir ses balises. Quand les pouvoirs politiques estiment devoir gagner à tout prix, elle doit mettre en avant la nécessité de donner le meilleur de soi et de progresser par rapport à soi-même. Là où ils recourent à la violence, pratiquent la préférence idéologique, elle doit défendre la paix, la solidarité et la compréhension mutuelle dans le respect des différences. Quand ils veulent imposer des diktats, elle a le devoir d’exiger le fair-play. Les vieilles habitudes ayant la vie dure, il faut de l’écoute, un sens de l’organisation et de la méthode pour relever ce défi démocratique. Surtout, il faut de l’indépendance vis-à-vis des régimes politiques. Issa Hayatou en est-il capable ? On peut légitimement en douter. N’empêche, si la Can 2017 peut être l’occasion d’amorcer  une réflexion en ce sens, ce serait déjà ça de gagner.