Vendredi noir, tel est le qualificatif accordé à l’unanimité à la journée du 21 octobre 2016 au Cameroun où l’on a enregistré, coup sur coup, deux catastrophes d’envergure : la rupture de l’axe lourd Yaoundé-Douala et un accident de train faisant plus de 70 morts (bilan provisoire) et plus de 600 blessés, près de la gare ferroviaire d’Eséka. Le président Biya a décrété le lundi 24 octobre 2016, Journée de deuil national.

Les restes du train Intercity reliant Yaoundé à Douala le 21 octobre 2016. © D.R

Les restes du train Intercity reliant Yaoundé à Douala le 21 octobre 2016. © D.R

 

Samedi en fin d’après-midi, au lendemain de cet accident ferroviaire, le président Paul Biya a annoncé par décret une journée de deuil national qui aura lieu ce lundi 24 octobre.  Le vendredi 21 octobre 2016 en effet, le Cameroun a enregistré une autre série noire de son histoire.

Tout a commencé dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 octobre 2016 au niveau de Manaï dans la localité de Matomb, situé entre Douala et Yaoundé. C’est à ce niveau que la route nationale N°3 dite Axe lourd, vieille d’au moins 35 ans, a été rompue sous le poids de l’âge et des forces naturelles. La buse passant sous la route à cet endroit a cédé entrainant la coupure de la route en deux. Une situation qui a directement paralysé le trafic sur l’une des voies les plus fréquentées du Cameroun.

Alors que les secours s’organisaient et que les autorités mettaient en place des mécanismes via la Direction de la protection civile camerounaise pour remédier au plus pressé, c’est-à-dire rétablir la circulation et rouvrir cette voie desservant également la Centrafrique, les usagers de la route qui apprenaient, de fil en aiguille ce drame, ont choisi de se rabattre sur le train. Les gares ferroviaires de Yaoundé et de Douala ont ainsi littéralement été prises d’assaut par les clients en partance pour l’une ou l’autre ville. Ce sont donc des milliers de clients qui se sont retrouvés dans ces gares et la direction de Camrail, le principal exploitant du chemin de fer camerounais, a choisi, au vu de l’affluence d’augmenter le nombre de wagons de son train Intercity.

Bondé de plus d’un millier d’âmes en partance pour Douala, ce train s’est retrouvé par la suite dans le décor, aux environs de 11 heures et demie, à quelques encablures de la gare d’Eséka, presque dans la localité où s’est coupée la route. Si l’on dénonce la surcharge et les problèmes mécaniques, l’on se demande également ce qui a poussé les responsables de la société de transports ferroviaires à presque doubler ses wagons sans tenir compte de l’état de la voie, de même que de ces engins. Car, la plupart des rescapés racontent qu’il y a eu des problèmes de vitesse, de frein, etc. La combinaison de ces éléments auraient conduit au déraillement catastrophique du train. Les enquêtes en diront certainement mieux.

Si dans la journée du dimanche 23 octobre 2016, l’on avançait des chiffres provisoires de plus de 75 morts et de plus de 600 blessés, il reste que de nombreux hôpitaux de Douala, de Yaoundé et des villes voisines du lieu du drame ont reçu des accidentés. A Yaoundé et Douala, des cellules de crise ont été mises en place pour des familles de victimes en plein désarroi. Elles se sentaient d’ailleurs abandonnées au début du choc. «Pas d’oreille attentive, pas de cellule d’encadrement, pas de manifeste de passagers ou liste de victimes consultable pour faciliter les recherches», indiquaient les familles des victimes. Et ce n’est que plus tard que les choses ont commencé à se décanter au point qu’elles pouvaient savoir dans quelle direction avaient été conduits les morts ou les blessés. Des numéros verts ont été ouverts, les ministres camerounais dont les départements ont été directement concernés par les drames se sont rendus sur le terrain.

Au total, des secours s’activaient encore le dimanche 23 octobre. La Brigade d’intervention rapide (BIR), les sapeurs-pompiers, le génie militaire, l’armée, les médecins, psychologues et autres personnels ressources étaient encore mobilisés pour achever les recherches sous les décombres du train tout en apportant une aide psychologique aux familles des victimes. En attendant, l’axe lourd a été rouvert le samedi 22 octobre. Des travaux express ont été réalisés dans le but de ne pas paralyser le pays qui en a souffert pendant les 24 heures qu’a duré la rupture.