En avril 2015, le Tout-Libreville était pratiquement tombé à la renverse avec l’annonce des ministres de la Défense nationale et de l’Intérieur de l’époque, concernant la découverte d’une cache d’armes de guerre sur l’île de Nendjé, près du Cap-Estérias. La sécurité intérieure devait donc être mise à mal. Les personnes et les biens couraient donc des risques. Présente également à cette «découverte», Sidonie-Flore Ouwé, alors Procureur de la République, annonça l’ouverture immédiate d’une enquête visant à retrouver les propriétaires de cet arsenal de guerre et à en déterminer l’origine ! Près de 2 ans plus tard, l’enquête n’a pas rendu ses conclusions. Étonnant !

 

Découverte d’armes de guerre au Gabon, le 22 avril 2015. © D.R.

 

«Était-ce un mensonge d’Etat ? Était-ce une invention des autorités pour prévenir d’éventuels risques de déstabilisation lors des obsèques d’André Mba Obame, décédé dix jours plus tôt à Yaoundé ?» En tout cas, c’était une découverte bien particulière ce 21 avril 2015 : alors que le Gabon se préparait aux funérailles d’André Mba Obame, se trouvaient, selon le Procureur de la République, Sidonie Flore Ouwé, dans le campement de Kenjé sur l’île de Nendjé au nord de Libreville,  «un stock d’armes rangé dans 13 caisses, et composé entre autres de 20 kalachnikovs avec chargeurs garnis, des mitrailleurs, des roquettes et lance-roquettes, 10 pistolets automatiques avec 2560 balles, 10 obus de mortier, 2 mortiers, des dizaines d’obus explosifs, des dizaines de grenades à main, et des centaines de munitions diverses pour armes militaires». Après avoir fait cet inventaire, le procureur de la République annonça alors, comme cela se devait, l’ouverture immédiate d’une enquête visant à retrouver les propriétaires de cet arsenal de guerre et à déterminer la provenance de ces armes.

L’impressionnant arsenal d’armes de guerre découvertes, en avril 2015, au campement Kenje sur l’île Nendjé, au cap Estérias. © D.R.

Un ministre «lourdement» informé

Pour sa part, Ernest Mpouho Epigat, alors ministre de la Défense nationale, indiqua qu’il avait été «lourdement» informé que des armes avaient été introduites illégalement dans le pays. On apprit le lendemain que l’opération d’envergure pour la sécurisation de tout le pays avait été lancée après des alertes de pays voisins, faisant état de ce que des armes avaient été introduites illégalement dans le pays.

Plus précis sur le rôle de telles armes, le commandant en chef de la Gendarmerie nationale, le Général Jean Ekoua, déclara qu’«il s’agit d’un arsenal susceptible d’équiper toute une section de commandos et pouvant tout détruire : personnes, bien meubles et immeubles», ajoutant même que «ce qu’on a découvert aujourd’hui est une chance pour nous. Mais nul ne sait s’il y a d’autres armes qui sont déjà entrées» sur le territoire national.

«Était-ce un mensonge d’État ?»

«Cela n’a pas manqué de susciter un grand intérêt de la presse nationale et internationale. «Découverte d’un impressionnant arsenal de guerre», «découverte d’une importante quantité d’armes», «cache d’armes de guerre découverte au nord de Libreville»…Parmi les populations aussi, on marquait de la curiosité, puis de l’étonnement. Et elles se sont mises à attendre le rendu de l’enquête annoncée par la justice gabonaise», souligne un sociologue enseignant à l’Université Omar-Bongo. «Face à une telle situation liée à la sécurité des populations, on aurait pu croire que l’enquête annoncée aboutirait et serait, comme la présentation des armes de guerre découvertes, rendue publique. On peut s’étonner que deux années plus tard, plus personne n’en parle. Était un mensonge d’État ? Était-ce une invention des autorités pour prévenir d’éventuels risques de «bousculade» lors des obsèques d’André Mba Obame, prévues le 28 avril ?», s’interroge le sociologue cité plus haut.

Il apparaît tout de même curieux qu’une telle enquête n’ait jamais rendu ses conclusions. A-t-elle seulement été menée ? Et par qui ? Après avoir donné le sentiment que la sécurité des Gabonais était, pour elles, une préoccupation, les autorités judiciaires n’ont plus donné de suite à cette enquête ! Elles auraient pu dire ne serait-ce que ce que sont devenues ses armes, et si les inquiétudes du commandant en Chef de la Gendarmerie nationale se sont révélées vraies sur l’entrée antérieure d’autres armes de guerre sur le territoire national ! En tout cas, à ce jour, près de deux ans plus tard, l’opinion ne sait toujours pas qui en étaient les propriétaires, ni d’où est arrivée cette importante quantité d’armes. Si c’est un mensonge, l’Etat avait-il besoin d’en arriver là pour minimiser les risques de toutes sortes liés à l’arrivée du corps d’André Mba Obame à Libreville ? Étonnant !

L’île Nendjé, inhabitée et peu fréquentée, où la cache d’armes de guerre avait été découverte, se trouve au nord de Libreville, près du Cap-Estérias.