Se faisant avocat de la population Gabonaise dans l’affaire qui, selon eux, oppose les hommes et femmes de ce pays au directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba, Maixant Accrombessi, les membres du mouvement Ça suffit comme ça ont rédigé un courrier au président de la République du Bénin et président en exercice de l’Union africaine, Yayi Boni, pour solliciter son aide.

gabonreview.com - Le président du Bénin, Yayi Boni - © D.R.

Nous vous livrons le contenu de ce courrier dans son intégralité.

Monsieur le Président,

Plusieurs de vos compatriotes ont choisi le Gabon comme deuxième patrie. Certains vivent ici depuis plusieurs générations et y ont fondé des familles. Leur participation au développement économique, social et culturel du Gabon est effective. En contrepartie, les gabonais leur ont toujours apporté hospitalité, amitié et sécurité.

Cette bonne entente tient surtout sur le fait que les Béninois du Gabon, ont toujours respecté le peuple gabonais en se gardant de s’impliquer dans la vie politique et dans la gestion des affaires internes de notre pays.

Aujourd’hui, par la faute d’un seul, cette bonne entente est aujourd’hui mise à rude épreuve et nous avons de bonnes raisons de craindre le pire.

En effet, depuis l’arrivée de Monsieur Ali Bongo au pouvoir et la nomination de M. Maixant Accrombessi, d’abord comme Chef de Cabinet et ensuite comme Directeur de Cabinet du Président de la République, les relations entre vos compatriotes qui vivent ici et les gabonais n’ont cessé de se dégrader. Aujourd’hui, elles sont exécrables et tendues.

Les Gabonais ne supportent plus l’omniprésence de M. Maixant Accrombessi dans la gestion des affaires politiques, économiques et sécuritaires du pays. Les Gabonais accusent, à tort ou à raison, M. Accrombessi d’être responsable ou instigateur des faits suivants :

  • Révocation de plusieurs hauts cadres gabonais à des postes de responsabilités dans l’armée et à la présidence de la République ;
  • Utilisation quasi-systématique de la violence pour réprimer tout mouvement de revendication politique, économique ou social ;
  • Musellement de la presse libre ;
  • Organisation des procès politique contre les journalistes et les membres de la Société Civile ;
  • Enrichissement illicite ;
  • Détournements massifs des deniers publics ;
  • Promotion des béninois ou des personnes apparentées au Bénin à des postes de responsabilité au détriment des Gabonais ;
  • Arrogance comme mode de gestion des conflits.

Monsieur le président,

Le conflit qui oppose M. Accrombessi au peuple gabonais a pris une tournure inquiétante et dramatique après la énième suspension de deux journaux proches de l’opposition. Face, à cette nouvelle injustice, le sentiment anti-béninois a commencé à se développer dans nos villes et villages. Ce sentiment est perceptible à tous les niveaux : Monsieur le Président, vos compatriotes sont désormais en danger au Gabon.

Pour faire baisser la tension et éviter le pire, Monsieur Mba Obame, principal leader de l’opposition a demandé à M. Accrombessi de quitter le territoire gabonais sous quinzaine.

Comme vous pouvez le constater, aux noms des intérêts et des relations qui unissent nos deux pays et nos deux peuples, M. Accrombessi n’a plus sa place au Gabon. Pour les Gabonais, le départ de M. Accrombessi du pays est devenu une question de fierté et d’honneur nationales.

Aussi, en votre double qualité de Président de la République du Bénin et de Président en exercice de l’Union africaine, pour éviter tout dérapage aux conséquences regrettables, nous vous demandons d’intercéder auprès de votre compatriote afin qu’il mette définitivement fin à son séjour gabonais.

Très haute considération.

Ce courrier est particulièrement étonnant, et sans présager de son impact ou des motivation qui lui ont donné naissance, on peut tout de même se demander s’il avait vocation à être rendu public. Certaines menaces transparaissent envers les ressortissants béninois, qui n’ont rien de pacifiques ni de démocratiques, et qui ne se justifient pas dans une demande d’intercession auprès d’un chef d’État en exercice. Enfin, on peut se demander si c’est le rôle d’une ONG comme Ça suffit comme ça de parler au nom du peuple gabonais avec autant de brutalité.

Que les faits reprochés à M. Accrombessi soient justifiés ou non, faire appel publiquement au président du Bénin, mais aussi de l’Union Africaine, en prenant l’opinion nationale et internationale comme témoin, au même titre que s’il s’agissait d’un cas aussi grave que celui du Mali, semble inconvenant.