Depuis juillet 2017, les écogardes gabonais bénéficient de l’aide de l’armée britannique dans le cadre d’un programme de formation en vue de lutter contre la criminalité sur les espèces sauvages. Plus particulièrement le braconnage des éléphants dont l’ivoire est très prisé par les trafiquants.

Un fusilier du 2e Bataillon de The Rifles au milieu d’écogardes gabonais. © Richard Pohle/RICHARD POHLE

 

A l’instar du Kenya, de la Tanzanie, de la RDC ou encore du Rwanda, le Gabon bénéficie de l’expertise de l’armée britannique en matière de lutte anti-braconnage. Depuis juillet 2017, en effet, des écogardes gabonais sont formés par des éléments de l’armée britannique. Un membre du 2e bataillon des The Rifles s’est d’ailleurs dit impressionné par les Gabonais. «La façon dont ces gars bougent, c’est comme s’ils faisaient partie de la jungle», a  affirmé Andy Whicker, relayé par theguardian.com.

© Richard Pohle/RICHARD POHLE

Le programme de formation de quatre ans s’inscrit dans le cadre d’un engagement de 26 millions de livres sterling (plus de 19,3 milliards de francs CFA) pris par le gouvernement britannique pour lutter contre la criminalité sur les espèces sauvages. Il s’agit donc de renforcer l’interdiction de la vente d’ivoire ancien, pouvant servir de couverture au blanchiment d’ivoire illégal.

Selon le quotidien d’information britannique, les soldats apprennent des Gabonais et, en retour, ils améliorent les compétences des écogardes en matière de planification des opérations, de navigation et de collecte de renseignements. «Je n’ai pas peur parce qu’avant d’être éco-gardienne, je traînais avec beaucoup de braconniers qui vivaient dans le même quartier de la ville que moi», a déclaré Marie Louise Nyangui Mbaki. «J’ai perdu quelques amis à la suite (en devenant écogarde, ndlr). Mais ce travail est plus important que ces amitiés», a-t-elle confié.

Le Gabon abrite également 50 à 60 % des 45 000 éléphants de forêt restants dans le monde, cousins plus petits et plus rares des éléphants de savane. Mais en Afrique de l’Ouest, plus des deux tiers des éléphants de forêt ont été tués au cours de la dernière décennie, allant de 95% en République démocratique du Congo à 30% au Gabon. Leur ivoire est plus dur, permettant des sculptures plus complexes, et donc particulièrement prisé par les trafiquants.

Pour le directeur technique des parcs nationaux du Gabon, il est logique que le Royaume-Uni apporte son aide. «Le Royaume-Uni lutte contre le terrorisme et le Gabon contre le braconnage et le terrorisme. Les choses commencent dans des pays comme le Gabon. Si nous commençons à nous battre à la source, nous obtiendrons de meilleurs résultats», a souligné Hubert Ella Ekogha. Et ce dernier de révéler que les écogardes gabonais recevront bientôt des fusils à pompe, une arme utile dans la jungle dense. «Nous rencontrons des gangs avec des AK47 ou des 458 (fusils de gros gibier, ndlr), qui peuvent vous couper en deux. On ne peut pas arrêter un braconnier avec un stylo et du papier», a-t-il soutenu.

Mettre fin à ce commerce effroyable n’est pas seulement vital pour prévenir l’extinction des éléphants de forêt, mais aussi pour mettre fin à la violence et à la corruption que le trafic fait subir aux communautés pauvres. Le commerce de l’ivoire est lié à des syndicats criminels qui font aussi de la contrebande d’or, d’armes à feu, de personnes et financent le réseau terroriste Boko Haram. Il y a aussi des implications pour le changement climatique : la forêt du Congo est une vaste réserve de carbone et là où les éléphants sont perdus, les forêts suivent.