Dans le cadre d’une série de conférences sur la «biodiversité tropicale» organisée par le groupe pétrolier Shell, l’institut des Sciences de gestion a ouvert ses portes, le 7 mai dernier, à cette spécialiste des plantes médicinales.

Photo de famille entre le professeur Ameenah Gurib-Fakim et les étudiants de la filière GTE de l’INSG. © Gabonreview

Photo de famille entre le professeur Ameenah Gurib-Fakim et les étudiants de la filière GTE de l’INSG. © Gabonreview

 

«L’importance de la biodiversité tropicale : pourquoi il faut valoriser les recettes de nos grands-mères», tel est le libellé de la communication délivrée par celle qui est présentée comme la future présidente de l’ile-Maurice, à l’endroit des étudiants en gestion touristique environnemental (GTE) de l’institut des Sciences de gestion. Dans un langage fluide, le premier docteur de l’université de Maurice en 1987, a su faire entendre raison aux étudiants sur l’intérêt de préserver les richesses de la flore locale, mais aussi mondiale.

Ameenah Gurib-Fakim face aux étudiants, le 7 mai 2015 à Libreville. Et… les professeurs Ameenah Gurib-Fakim, Anaclé Bissielo et le directeur général de l’INSG en discussion. © Gabonreview

Ameenah Gurib-Fakim face aux étudiants, le 7 mai 2015 à Libreville. Et… les professeurs Ameenah Gurib-Fakim, Anaclé Bissielo et le directeur général de l’INSG en discussion. © Gabonreview

Il s’est essentiellement agi pour Ameenah Gurib-Fakim de faire comprendre aux jeunes apprenants, l’importance de l’utilisation des plantes pour se soigner à travers la validation des recettes de grand-mère qui peuvent guérir des maux tels que le diabète, le paludisme, l’hypertension… «Nous savons que sur nos sols poussent des plantes aux caractéristiques particulières. Et que les anciens s’en servaient pour se soigner. Mais lesquelles utilisaient-ils ? Quelle était leur carte d’identité chimique ? Nous ne le savons pas et ce sont des connaissances qui nous échappent car, il n’y a pas de transmission», a-t-elle déclaré, avant de fustiger l’absence de prise en compte des plantes africaines dans le processus pharmaceutique international. Pour cette spécialiste en chimie organique, la carence de documentation, le non-respect des normes internationales, la non-reconnaissance de ces pratiques par les pays concernés, contrairement à l’Inde et la Chine, et le manque de matériel qui rendent la chimie de synthèse impossible sont autant de freins à la valorisation des plantes africaines.

Selon la lauréate du prix Oréal Unesco 2007, le marché mondial des plantes aromatiques et médicinales est estimé à environ $ US 64 milliards. Plus de 35 000 plantes sont utilisées dans des industries comme la pharmacie, la phytothérapie, l’herboristerie, l’hygiène… Préserver la biodiversité constitue donc la meilleure manière de garantir, de façon durable, la productivité et la stabilité des systèmes écologiques qui fournissent les biens et services nécessaires à notre vie quotidienne. «Avec ces sources inestimables de richesses on peut non seulement soulager les peines des personnes qui n’ont pas recours aux médicaments allopathiques mais aussi développer une filière commerciale des plantes médicinales surtout quand le monde passe au vert pour se guérir», a-t-elle expliqué.

Elle n’a cependant pas manqué pas de reconnaître qu’intégrer les connaissances de la médecine traditionnelle dans les soins de santé moderne et garantir le respect des normes modernes de sécurité et d’efficacité, n’est pas une tâche facile. Beaucoup de chemin reste donc à parcourir. Ameenah Gurib-Fakim a été récompensée par plusieurs institutions internationales pour ses travaux sur les plantes médicinales. Elle est directrice du Centre de phytothérapie et de recherche (Cephyr) à Maurice.