Le jeune frère du ministre de l’Économie et de la Prospective est annoncé, sauf refus de l’UE de donner suite à sa demande d’accréditation, comme le prochain Représentant permanent du Gabon auprès de l’Union européenne. Dans un contexte marqué par des relations pas si cordiales entre Bruxelles et Libreville, la désignation d’un diplomate chevronné aurait peut-être été bien mieux accueillie…

Hermann Immongault, alors qu’il était ambassadeur du Gabon en Turquie. © tccb.gov.tr

 

Gabonreview annonçait, le 3 août 2017, que le successeur de Félicité Ngoubili comme ambassadeur du Gabon en Belgique et Représentant permanent du Gabon auprès de l’Union européenne (UE) serait soit Mireille-Sara Nzenzé, soit Hermann Immongault. Nous ne croyions pas si bien dire, puisque selon des sources proches de l’organisation à Bruxelles, c’est pour Hermann Immongault que les autorités gabonaises ont sollicité une accréditation. Celui-ci devrait donc arriver à l’avenue Winston Churchill, siège de l’ambassade du Gabon dans la capitale belge.

Nommé très rapidement Premier conseiller à l’ambassade du Gabon à Paris pendant que certains de ses condisciples en étaient encore à des postes de chefs de division, Hermann Immongault a été également nommé, très vite, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire. C’était en février 2015 : il devenait le premier ambassadeur du Gabon en Turquie avec résidence à Ankara. Un peu plus de deux années plus tard, il est désigné pour succéder à Félicité Ngoubili comme ambassadeur auprès du Bénélux et Représentant du Gabon auprès de l’Union Européenne. Il n’est en tout cas pas un diplomate à la carrière époustouflante…

Pour de nombreux observateurs, la place de Bruxelles étant une des places fortes de la diplomatie européenne et de la coopération internationale, «peut-être aurait-il mieux valu y désigner un diplomate tout en rondeur, rompu à la tâche et connu dans le giron». Hermann Immongault n’avait déjà pas marqué les esprits lorsqu’il évoluait dans les services centraux du ministère des Affaires étrangères à Libreville. Il n’a pas non plus particulièrement été très en vue lorsqu’il officiait à l’avenue Raphaël à Paris. À Ankara, il a eu encore moins de chances, puisque, confronté au début de cette année à un mouvement d’humeur des étudiants gabonais expulsés de Turquie, l’ambassadeur du Gabon était, comme toujours, resté silencieux et peu offensif ! «Lorsque l’on a annoncé son remplacement, il y a quelques mois, nous nous étions dit qu’il était sanctionné parce qu’il avait eu du mal à résoudre la crise relative aux étudiants gabonais de Turquie. Or, on le positionnait pour la grande mission de Bruxelles. Mais pour être à Bruxelles, il faut avoir l’étoffe des grands ! Est-ce qu’Immongault a cette étoffe ?», s’interroge un ancien ambassadeur du Gabon en France. «Avec ce qui se passe dans d’autres capitales européennes aujourd’hui, où se multiplient couacs et erreurs de casting, il aurait fallu chercher quelqu’un de plus expérimenté», suggère-t-il.

Depuis l’élection présidentielle du 27 août 2016, les relations entre Libreville et Bruxelles se sont dégradées. La mission d’observation électorale de l’Union Européenne (MOE-UE), invitée par le gouvernement gabonais à venir observer le processus électoral et le scrutin, avait rendu un rapport, visiblement à l’origine de cette brouille. Pendant plusieurs mois, le Représentant de l’UE au Gabon, Helmut Kulitz, était une personnalité évitée, du moins peu fréquentée, par les autorités de Libreville. Pour démêler l’écheveau, Hermann Immongault devra faire montre d’une grande capacité de persuasion que, semble-t-il, peu lui connaissent pour le moment. Peut-être va-t-il se bonifier dans le feu de l’action.