Conséquence de l’accueil «tumultueux» réservé par la communauté gabonaise de New York début juin à Ali Bongo et aux  membres de sa délégation : le Représentant permanent du Gabon auprès de l’Organisation des Nations unies à New York a été évincé lors du dernier Conseil des ministres. Il est remplacé par Michel-Xavier Biang, précédemment ambassadeur à Kinshasa.

Baudelaire Ndong Ella. © IISD Reporting Services

 

Il ne sera pas resté bien longtemps à son poste à New York, Baudelaire Ndong Ella ! Quinze jours seulement après le passage d’Ali Bongo dans la ville-siège de l’ONU, le Représentant du Gabon aux Nations unies est limogé. Il paierait, selon des sources proches du dossier, le mauvais accueil infligé à Ali Bongo le 5 juin et tout au long de son récent séjour par des membres de la communauté gabonaise résidant aux Etats-Unis. Début juin, tout au long de leur séjour de 96 heures dans cette ville, le chef de l’Etat et les membres de sa délégation, dont Estelle Ondo, ministre chargée de l’Environnement et de la Gestion durable des écosystèmes, Martin Boguikouma, directeur de cabinet du président de la République, Guy Rossatanga-Rignault, Secrétaire général de la présidence de la République et Lee White, secrétaire exécutif de l’ancienne Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), avaient été l’objet d’agressions verbales dans les magasins visités et même devant leurs lieux de résidence.

Dès le 6 juin, un journal en ligne, Koaci.com, proche du Palais du Bord de mer, avait affirmé que Baudelaire Ndong Ella, le Représentant du Gabon à l’ONU, était «le seul à être informé depuis deux semaines de l’arrivée d’Ali Bongo à New-York où il devait prendre part à la Conférence des Nations-Unies sur les Océans du 7 au 9 juin. Il connaissait aussi parfaitement son agenda». «Et c’est lui aurait informé des opposants radicaux proches du candidat malheureux de la dernière élection présidentielle». Le journal en ligne parlait même de «trahison» de la part de cet ambassadeur, «comme d’autres cadres du Parti démocratique gabonais avant et pendant l’élection» du 27 août dernier…

Certains observateurs s’accordent à mettre en doute ces affirmations et insinuations, Baudelaire Ndong Ella étant considéré comme «un diplomate sérieux, courtois et loyal». Il avait servi auparavant à Genève comme «Représentant permanent de la mission du Gabon auprès de l’Office des Nations unies où il a toujours su défendre les intérêts de son pays et su faire fi des appartenances politiques de ses concitoyens». Ce qui lui avait valu d’être nommé à New-York pour succéder à Emmanuel Issozé Ngondet.

Cette situation, pas tout à fait inédite depuis septembre 2016 – les membres de la communauté gabonaise aux États-Unis ayant réservé le même accueil, en octobre dernier, à Marie-Madeleine Mborantsuo, président de la Cour Constitutionnelle et à son compagnon, sans que Baudelaire Ndong Ella ne soit soupçonné de quoi que ce soit – a «gêné aux entournures les membres de la délégation du chef de l’État, d’autant plus que le président de la République, première institution du pays, était lui aussi l’objet de quolibets et de gestes obscènes», rappelle un Conseiller du président de la République. Devant cette «frustration unanime», «ils ont estimé que c’est le Représentant permanent du Gabon à New York qui en portait la responsabilité, car c’était à lui d’anticiper les événements», ajoute le collaborateur d’Ali Bongo. Pourtant, en plus du Représentant permanent du Gabon à l’ONU, des membres du Protocole d’État étaient aux aussi informés du lieu de résidence de la délégation gabonaise.

Baudelaire Ndong Ella est remplacé par Michel-Xavier Biang. Celui-ci était en poste à Kinshasa en République démocratique du Congo depuis septembre 2015. Proche d’Emmanuel Issozé Ngondet, il est originaire de l’Ogooué-Ivindo et surtout connu comme un diplomate talentueux et affable. Il devrait avoir pour première tâche de sensibiliser la communauté gabonaise vivant à New-York…