Il y a exactement 17 ans aujourd’hui, l’ancien évêque du diocèse d’Oyem succédait à Mgr. André Fernand Anguilé aux charges d’Archevêque de Libreville. Après 45 années de sacerdoce, Mgr Basile Mvé Engone aurait dû prendre sa retraite en 2016, mais il bénéficie de la décision qu’avait prise le Pape Benoît XVI en 2015 de porter l’âge de la retraite des clercs, prêtres et évêques à 78 ans. Son extraordinaire longévité sacerdotale ne se conjugue pas avec la moralisation de la société. Il n’aura, en tout cas, pas été l’autorité morale dont manque si cruellement le Gabon.

Basile Mvé Engone. © eglisecatholique-gabon.org

 

22 janvier 2001 – 22 janvier 2018 : il y a 17 ans que Monseigneur Basile Mvé Engone a succédé au Monseigneur André-Fernand Anguilé aux charges d’archevêque de Libreville. A part quelques sorties médiatiques, ce long règne est marqué par trop de silence. 17 années de silence. 17 années d’indifférence. Que va-t-on retenir d’autre de l’extraordinaire longévité sacerdotale et épiscopale de cet homme d’Église dont 2018 est la dernière année d’exercice ?

Né en mai 1941, l’archevêque métropolitain de Libreville devait quitter la scène en mai 2016, à l’âge de 75 ans. Mais la décision prise, en 2015, par le Souverain Pontife Benoît XVI, de prolonger l’âge de la retraite à 78 ans en faveur des 4000 évêques responsables d’un diocèse dans le monde, l’autorise à rester en poste jusqu’en mai 2019. Basile Mvé Engone aura donc, à cette date-là, effectué 46 ans de sacerdoce, dont 39 ans d’épiscopat ! Ordonné prêtre en juillet 1973 à la paroisse Sainte-Thérèse d’Angone à Oyem, à l’âge de 32 ans, Basile Mvé Engone a connu une ascension fulgurante, puisque sept années plus tard, en avril 1980, il est nommé évêque coadjuteur auprès de Mgr. François Ndong, alors évêque du diocèse d’Oyem. Deux années plus tard, en août 1982, il devient évêque (titulaire) d’Oyem en remplacement du premier Évêque gabonais, Mgr. François Ndong qui, à 75 ans, est admis à la retraite. Basile Mvé Engone a alors 41 ans, et il est, à ce moment-là, le plus jeune évêque d’Afrique.

«Homme d’Eglise et pasteur du peuple de Dieu»

Celui qui se définit comme «homme d’Église et pasteur du peuple de Dieu» fera quelques incursions sur la scène politique. À l’instar de Mgr. de Souza au Bénin et de Mgr. Laurent Monsengwo Masynia qui ont présidé les conférences nationales dans leurs pays, Basile Mvé Engone est appelé à diriger la conférence nationale du Gabon qui, en mars-avril 1990, ouvre le pays au multipartisme. Ce qui lui a valu une grande popularité au sein de diverses couches sociales, et il devient une figure incontournable de l’Eglise du Gabon. Sa «carrière» épiscopale connaît de l’ascendance. Le 3 avril 1998, il devient Évêque métropolitain de Libreville auprès de Mgr. André-Fernand Anguilé, archevêque de Libreville. Moins de trois années plus tard, il lui succédera  le 22 janvier 2001… il y a 17 ans. C’est le jour de sa concrétisation ! Et, pour les Gabonais, c’était un jour d’espérance et d’optimisme parce qu’ils voyaient en lui le futur premier Cardinal du Gabon… Il n’en sera rien.

En tout cas, Mgr. Basile Mvé Engone devient, ce jour-là, le 9e successeur de Mgr. Jean-Rémi Bessieux, premier évêque de Libreville et du Gabon. En avril-mai 2017, le «pasteur du peuple de Dieu» fait une deuxième incursion sur la scène politique. Il est désigné comme l’un des quatre Facilitateurs du dialogue politique d’Angondjé qui, à la différence de la Conférence nationale, n’a pas scellé la réconciliation des acteurs des deux camps politiques, malgré la présence, à ces assises, de certains membres de l’opposition dite modérée. Un échec pour ce Facilitateur ! Un échec qui est aussi un reproche à son endroit. Et ce ne serait pas le seul…

D’ici à mai 2019 peut-être… 

L’opinion lui reproche d’observer un trop grand mutisme lorsque, au cours de ces deux-trois dernières années, le pays a été en ébullition et même sur le point de basculer. La dernière fois que l’opinion l’a vu réagir à un problème de société, c’est lors d’une marche contre les crimes rituels en avril 2011. Basile Mvé Engone avait alors défilé aux côtés de Sylvia Bongo Ondimba pour protester contre la persistance de ce fléau dans la société gabonaise. «Pour nous Chrétiens, ce n’est pas suffisant», indique un ancien de la paroisse Saint-Pierre. «Même s’il n’est plus le président de la Conférence des évêques, l’Archevêque de Libreville devrait se faire entendre sur les grands sujets sociétaux. Pour nous, il est dommage qu’à la différence du Cardinal de Kinshasa, Mgr. Laurent Monsengwo Masynia, personnalité respectée et écoutée dans son pays, l’archevêque de Libreville préfère observer un tel mutisme. Alors que l’Eglise est la vigie de la société, Basile Mvé Engone, figure incontournable de l’Eglise du Gabon, n’exprime aucune opinion sur l’état de la Nation. Les cérémonies de vœux à la présidence de la République ne suffisent pas. Il lui faut réagir «quand ça ne va pas». Or, on ne l’entend pas», poursuit le même paroissien.

S’est-il (trop) embourgeoisé ? Fait-il l’objet de menaces pour se tenir aussi loin du peuple et de ses souffrances ? Quelle image laissera-t-il lorsque, dans dix-huit mois, il se retirera de la scène ecclésiastique ? «Depuis les événements liés aux obsèques d’André Mba Obame, il a une image controversée dans le peuple, mais est-ce ce souvenir qu’il veut laisser perdurer ?». Pour les catholiques du Gabon, il serait dommage que Basile Mvé Engone achève son long sacerdoce sur une telle attitude. D’ici mai 2019, peut-être se fera-t-il entendre pour ramener le pays à la sérénité…

Changer le mode opératoire

Pour le moment, quand ils sont interrogés sur l’action de ce «serviteur de Dieu», les catholiques se disent déçus et préfèrent évoquer sa succession. Pour eux, Mgr. Mathieu Madéga Leboukéhan, évêque de Mouila et président de la Conférence épiscopale du Gabon, ferait un bon successeur à l’archevêché de Libreville, ou Mgr. Jean-Vincent Ondo, qui lui avait succédé  à l’Évêché d’Oyem en 2001. L’un et l’autre sont les plus anciens évêques en exercice. Alors, qui sera, en 2019, le 10e évêque de Libreville ? Il lui faudra, de toute évidence, changer ce «mode opératoire» fait de mutisme et, peut-être, d’indifférence…