Un perfide stratagème de débauchage a été mis en place chez l’un des plus grands assureurs du pays. Il consiste à se débarrasser de près d’une quinzaine d’emplois par la ruse. Trois parmi les cinq valeurs prônées par l’entreprise sont ainsi foulées au pied : le respect de la parole donnée, l’esprit d’équipe et le réalisme. Axa Gabon, entreprise citoyenne ? 

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Alors qu’Axa Gabon est arrivé au 2è rang au Gabon en termes de résultats en 2016, après avoir été 5è une année auparavant, l’assureur a tout de même enregistré un recul de 300 millions de francs CFA de son chiffre d’affaires l’année dernière. Cette baisse du résultat, pourtant consécutive au contexte économique national et ne signifiant nullement une perte, a tout de même poussé Joël Muller, Directeur général de l’entreprise, à présenter à ses collaborateurs l’imminence d’une charrette d’environ 15 personnes. Ce, quelques jours seulement après la communion autour d’un copieux diner dans un bel hôtel du nord de Libreville.

Charrette de 14 personnes

Ainsi, 14 salariés parmi les plus anciens – aucun d’eux n’ayant moins de 20 ans de bons et loyaux services et pour la plupart médaillés d’or – sont poussés à la préretraite non négociée. Seule la pression de l’inspection du travail a contraint le directoire d’Axa Gabon à faire des propositions n’ayant, au demeurant, pas du tout été négociées avec les travailleurs concernés. Ne se laissant également pas faire, les collaborateurs concernés ont fini par obtenir des négociations qui en seraient à 4 rounds à ce jour.

Le contexte sociopolitique gabonais n’est pourtant pas propice à la mise au chômage. Selon un membre de la Fédération gabonaise des compagnies d’assurance (Fegasa), aucune autre compagnie d’assurance n’a entrepris de contribuer à grossir les chiffres nationaux du chômage, ne fut-ce que de quelques unités. De même, ailleurs en Afrique, notamment au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Sénégal où la «première marque mondiale d’assurance» compte des succursales, des campagnes de départs volontaires à la retraite ont été ouvertes qui se sont déroulées dans les règles de l’art et sans anicroches particuliers.

Frais généraux absurdes et augmentation inexplicable des commissions

Dans ce contexte continental et local, des interrogations fusent de partout tandis que dans les couloirs du siège de l’assureur, sis au bord de mer sur le Boulevard de l’Indépendance, il se murmure des choses et d’autres. Notamment qu’au niveau international du groupe français spécialisé dans l’assurance, on pointe sur des problèmes de management pour ce qui est de la succursale gabonaise. Ceux-ci seraient liés à des problèmes de frais généraux absurdes et à une augmentation inexplicable des commissions, dans un contexte global de baisse du chiffre d’affaires. Certains employés pensent donc que la charrette en préparation à Axa Gabon est «un problème de gestion qu’on voudrait faire payer aux employés».

Un climat délétère a donc été créé au sein de l’entreprise pour mettre la pression morale sur les proposés à la retraite anticipée. Des adultes sont ainsi engueulés pour des manquements infimes tels que sortir pour fumer une cigarette ou avoir 10 mn de retard quand d’autres ne se voient même plus attribuer des tâches et sont contraints à la sinécure. Dans cette atmosphère aussi tendue que suspicieuse, on lâche des secrets et on révèle aux plus jeunes que le DG, «Joël Muller Sangagoye n’est devenu Sangagoye que pour bénéficier de la nationalisation du poste de DG au moment où le groupe nationalisait ces postes dans toutes ses filiales. M. Muller occupe donc un poste nationalisé avec les conditions et les avantages d’un expatrié, on ne sait grâce à quelle entourloupette.» De même, il se rapporte qu’à la barbe de l’international qui ne bronche pas le moins du monde, des agents d’Axa Gabon ont des cartes d’apporteurs d’affaires, autrement dit «ils sont mandataires alors qu’ils se contentent de récupérer à leur compte des affaires qui arrivent naturellement à la réception clientèle. Tout cela, grâce à un système savamment mis en place et bien huilé, d’ailleurs avec quelques relents ethno-provincialistes.»

Comme quoi, faut pas pousser les anciens à bout. Aux côtés des 14 salariés sus indiqué, la direction aurait ajouté deux autres déclarés malades, non sans laisser entendre que si un licenciement économique venait à s’imposer, cette liste serait toujours la même à être sacrifiée. «Ce n’est pas normal, raconte-t-on dans les cafés du centre-ville, de coutume, en cas de licenciement imposé par le contexte on sacrifie les stagiaires, les CDD et les CDI les moins anciens, vu qu’ils ne coûtent pas toujours très cher en termes de droits.» Tellement de choses bruissent dans les cafés de la ville autour d’Axa qui ne sauraient être retranscrites, sauf à noter une remarque essentielle d’un employé de la boite : «Où est donc le code de déontologie d’Axa, sa fameuse culture d’entreprise, son slogan “À tout cœur avec Axa”. Les agissements internes sont en rupture totale avec notre image d’entreprise responsable qui fait de beaux discours et des dons à l’hôpital Schweitzer.» Chaud devant !