Organisées, selon ses initiateurs, en vue de «contribuer à la mise en œuvre de la politique du développement durable prônée par le président de la République», les premières Assises de la Responsabilité sociétale et environnementale des entreprises (RSE) au Gabon se sont déroulées dans la journée du 5 juin à Libreville et ont été marquées par la bouderie de Rougier Gabon. Entre fuite en avant et confusion des genres.

L’exposé du représentant de la Cosumar (Maroc). © Gabonreview
L’exposé du représentant de la Cosumar (Maroc). © Gabonreview

 

Ces dernières années, nombre de pays se sont, de plus en plus, intéressés à la protection de l’environnement et notamment à la responsabilité des entreprises quant à sa détérioration ou sa protection. C’est par ailleurs dans cette optique qu’ont eu lieu dans la journée du jeudi 5 juin 2014 à l’auditorium du ministère de la Forêt, de l’Environnement et de la Protection des ressources naturelles, les 1ères Assises de la Responsabilité sociétale et environnementale des entreprises (RSE) au Gabon.

L’exposé des représentants d’Olam Gabon. © Gabonreview
L’exposé des représentants d’Olam Gabon. © Gabonreview

Organisée dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de l’Environnement, ces travaux avaient pour objectif d’«appeler les dirigeants des sociétés exploitant des ressources naturelles au Gabon à une meilleure prise en compte de leurs différentes responsabilités, en termes de protection de la nature et du milieu social dans lequel celles-ci sont implantées» et d’interroger le gouvernement sur la mise en place d’une véritable politique de gouvernance environnementale basée sur la notion de développement durable.

Pourtant, si le ministre des Droits humains, de l’Egalité des chances et des Gabonais de l’Etranger, Alexandre Tapoyo, remplaçant son collègue Nelson Messone (Environnement) empêché, a reconnu que ces assises de la RSE ont également eu pour vocation de pointer du doigt «le capitalisme dont les actions effrénées, en vue du profit maximum, tendent à omettre le respect des droits vitaux et humains», la rencontre a ouvertement été boudée par certaines entreprises.

La bouderie de Rougier Gabon

Alors que de nombreuses entreprises (Olam, Total Gabon, Attijariwafa Bank, Cosumar, Addax Petroleum, etc.) se sont pliées à l’exercice des exposés sur leurs pratiques quant au respect des normes en la matière, l’une d’elles et pas des moindres pour être connu comme le leader des bois tropicaux certifiés, Rougier Gabon, n’a pas souhaité s’exprimer pour des «raisons internes». Selon de nombreux observateurs présents, l’attitude de l’exploitant forestier cache un profond malaise, éprouvé par ses responsables depuis 2010.

«Rougier Gabon a simplement refusé de prendre part au débat. Cela veut donc dire qu’ils ont refusé de s’expliquer, et la raison n’est pas loin. On a souvenance qu’en 2010 il y a eu la mesure interdisant toute importation de grumes. Toute chose qui a littéralement paralysé les activités de cette société que l’on sait être une des principales dans le secteur jusqu’à ce jour, et la première à avoir obtenu la certification FSC (Forest Stewardship Council). Elle cherche par ailleurs à s’inscrire dans le processus de la RSE. Mais si Rougier a refusé de prendre part au débat, c’est parce qu’elle refuse de cautionner cet atelier qui, selon elle, participerait sans nul doute, du Greenwashing, d’une opération qui vise à se donner bonne conscience que d’une vraie opération visant à introduire la RSE au Gabon. Ce qui laisse également penser que les relations entre Rougier et l’Etat gabonais ne doivent pas être totalement au beau fixe», a tenté d’expliquerl’un des experts de la question présents aux Assises.

«Tout sauf de la RSE !»

Si les discussions ont été axées sur le référentiel ISO 26000 qui est une norme ne faisant pas l’objet de certification particulière, toute chose qui aurait suscité le refus de certaines entreprises à y prendre part, les Assises sur la RSE n’ont pas manqué de critique. Quand pour les uns l’initiative est des plus louables, pour d’autres, le mélange des genres n’a pas pu être évité au cours des exposés.

«On n’a noté qu’il y avait beaucoup de confusion. Enormément d’entreprises au cours de l’atelier ont confondu le mécénat, le sponsoring avec la RSE. Quand Total Gabon vient parler de ce qu’elle fait pour la lutte contre le Sida ou autres actions en rapport avec l’infrastructure, c’est se tromper de sujet. La RSE est un processus qui vise à maîtriser les impacts de son activité sur la société, sur les humains. Or, les différents intervenants ont parlé de tout, sauf du véritable sujet : la médecine du travail, les conditions de travail en interne, la relation de l’entreprise avec ses salariés, ses clients et ses actionnaires, l’évaluation des risques professionnels, etc. Rien ! Rien de cela n’a été abordé par les intervenants !», s’est insurgé un autre participant aux assises, reconnaissant tout de même la marge d’erreur accordée au Consortium des entrepreneurs nouvelle génération (CENG) pour cette première rencontre du genre au Gabon.