Face à la montée vertigineuse de l’inflation dans le pays, le conseil des ministres du jeudi 6 septembre dernier, a annoncé la suspension des droits de douanes et de la TVA sur neuf groupes de produits. Une initiative qu’apprécient les populations qui en attendent les résultats sur le terrain.

Gabonreview.com - Vente de manioc et bananes sur unmarché de Libreville - © D.R.

Le contexte est marqué au Gabon, comme dans la majorité des pays de la sous région d’Afrique centrale, par les murmures qui dénoncent la hausse vertigineuse des prix des produits sur le marché. Ce qui fait que les ménages, fatalement touchés, n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins, mêmes primaires.

Considérant cette situation qui peut altérer la paix sociale, le gouvernement a décidé la suspension des droits de douanes et de la TVA sur neuf groupes de produits, pour une période allant de septembre à décembre 2012. Il s’agit du poisson (frais et salé), de la viande (bovine et porcine), de la volaille (poule, poulet et dinde), du riz, du lait (poudre et concentré), des conserves de légumes (petits pois et tomates concentrées), des fruits et légumes, des pâtes alimentaires (spaghettis et macaronis) et des conserves de poisson (sardines et maquereaux). Le texte du communiqué final relevait que «la baisse mécanique des prix induite par cette mesure, vise comme le veut le président de la République, à soulager le pouvoir d’achat des populations». «Un dispositif de contrôle des prix sera mis en place en vue de la maîtrise de l’inflation par le gouvernement».

Les citoyens qui veulent des améliorations dans leur quotidien, voudraient d’abord de voir avant de croire. Un internaute vigilant et méticuleux s’est interrogé sur Gabonreview : «Les produits qui ont été annoncés comme exonérés de droits de douanes et de TVA lors du dernier Conseil des ministres le sont déjà pour l’essentiel. Une page du site de la DGI l’indique et vous pouvez aller interroger les importateurs ou vous rendre à Mbolo et Géant CKdo pour le vérifier. De plus, en quoi cette mesure fera-t-elle baisser le prix du kg de poisson pêché au Gabon et vendu au marché d’Oloumi qui est aujourd’hui a 4 000 Fcfa? Le prix du manioc ? Le prix de l’eau, puisque la SEEG est défaillante ? Autant de questions qui sont en droit d’être posées

D’autres consommateurs, moins attentifs, ne se montrent pas moins dubitatifs. «Vous savez, les choses du Gabon se dessinent seulement sur le papier et ne vont jamais plus loin. Pour moi, il faut plus que ça pour me convaincre qu’on nous apporte des solutions pour lutter contre la vie chère», laisse entendre un riverain de Nkembo avant d’ajouter : «On peut annoncer de très bonnes mesures, mais rien n’est appliqué. Vous-même vous avez vu, le Premier ministre et les syndicats se sont entendus et on a annoncé la suspension des contrôles auprès des petits commerces. Mais tous les jours nous voyons des contrôleurs qui se réclament de la mairie. A cette allure, est-ce que ça peut changer quelque chose si au port ou à l’aéroport, il y a encore des gens qui veulent seulement se remplir les poches?».

A sa suite, un épicier du 6e arrondissement exprime des doutes : «La mesure du gouvernement est bonne. Les prix montent parce que les commerçants paient aussi la marchandise à un prix élevé et à cela s’ajoutent les taxes et autres. Si les gens qui doivent appliquer cette décision sur le terrain le font bien, c’est sûr que tout rentrera dans l’ordre. Mais on est tellement habitué à graisser la patte que je crains que ce ne soit pas aussi simple», a-t-il dit.

Certains grossistes importateurs marchandises souhaiteraient carrément que le gouvernement change les hommes qui travaillent dans les services douaniers du port et de l’aéroport. «On finit toujours par vous faire payer quelque chose en plus, même si tout est en règle. Et nous, on ne peut pas vendre à perte. Il faut enlever ceux qui sont habitués à la corruption.» a souhaité un importateur de vivres frais du Maroc.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : la grande partie des personnes ne se satisfera de cette annonce que si un dispositif de contrôle des prix est rapidement mis en place et qu’elle voit son pouvoir d’achat augmenter. Elle souhaite en outre que des «sanctions exemplaires» soient appliquées à ceux qui ne veulent pas respecter la loi comme on le voit avec ceux qui se moquent de la décision de suspension des contrôles auprès des commerces.