Selon ses initiateurs, l’accord politique entre le Rassemblement Héritage et Modernité et l’Union nationale s’inscrit dans « la dynamique unitaire» née de la dernière présidentielle.

Membres de l’UN et du RHM autour de Zacharie Myboto et Alexandre Barro Chambrier, le 8 septembre 2018, au terme de la cérémonie de signature de l’accord électoral. © Joyce Laffite‎/Infos Kinguelé

 

Parrain de la candidature unique de l’opposition, Zacharie Myboto va-t-il rééditer son coup ? Va-t-il réussir à créer une dynamique d’unité au sein de sa famille politique ? Tout au moins, pourra-t-il y impulser un élan de solidarité ? On demande à voir. Au regard de la multiplicité des scénarii, tout demeure envisageable. Malgré les divergences d’approche, l’espoir reste de mise. Nonobstant le retrait des amis de Guy Nzouba-Ndama, les alliances de second tour relèvent encore du possible. Jamais l’opposition n’a abordé des élections législatives dans cet état d’esprit. Même en 1990, au plus fort de la remise en cause du parti unique, de violentes querelles byzantines prédominaient. Sans chercher à disculper l’administration ou les institutions, les victoires supposées du Parti démocratique gabonais (PDG) se sont aussi construites sur les errements de l’opposition (lire «Demi-vérités et demi-mensonges»).

91 candidatures uniques

Le président de l’Union nationale l’a affirmé : la cérémonie du 08 septembre dernier revêtait une «très grande portée». Propice à la signature d’un accord politique, elle se voulait «conforme à la dynamique unitaire née le 16 août 2016». Au-delà du strass et des paillettes, elle devait permettre aux candidats de se connaitre et se reconnaitre. Autrement dit, elle était censée faciliter les contacts pour une collaboration franche. Dans le même temps, elle devait aider à la sensibilisation sur l’éventualité des seconds tours. Quand bien même le cas des candidats présentés par Les Démocrates n’a pas été clairement abordé, chacun l’aura compris : dans un duel avec le Parti démocratique gabonais (PDG) ou l’un de ses alliés, ils bénéficieront du soutien de la Coalition RHM/UN. C’est dire si, tirant les leçons de la dernière présidentielle, Alexandre Barro Chambrier a rejoint Zacharie Myboto dans sa conclusion : le rassemblement et l’unité demeurent la condition sine qua non des victoires électorales.

Généralement marginalisée par les institutions, l’opposition doit toujours compter sur son organisation interne. Défavorisée par son absence des sphères décisionnelles, elle a l’obligation de mettre en place des mécanismes propres. Face à cette double contrainte, ses composantes ont le devoir de se faire la courte échelle. Ni simple ni aisé, le soutien mutuel reste une nécessité. Le tandem RHM/UN l’a compris : pour y parvenir, il faut de la méthode et des principes. En faisant place nette pour ses principaux dirigeants, en s’accordant sur la reconduction des anciens députés, en privilégiant les personnalités à la notoriété établie, il a créé les conditions du consensus. Outre Alexandre Barro Chambrier, Paul-Marie Gondjout, Christian Clotaire Ivala, Michel Mboumi, Sylvain Momoadjambo, Chantal Myboto Gondjout, Senturel Ngoma Madoungou,  Jean-Gaspard Ntoutoume-Ayi, Edgard Owono Ndong et Minault Maxime Zima-Ebeyard, de nombreux candidats uniques ont émergé spontanément. Sur l’ensemble du pays, il y en aura 91.

Réserve de voix pour le second tour

Sur certains sièges, des tickets ont été confectionnés. La volonté partagée de se ménager, le désir de renouvellement, le souci d’accorder davantage de place aux femmes ou aux plus jeunes : ces éléments ont présidé au choix des candidats. Quand le titulaire est RHM, le suppléant émarge à UN. Et inversement. C’est dire si le désir d’unité a pris le dessus sur les plans de carrière et calculs personnels. C’est aussi dire si, comme l’a rappelé  Zacharie Myboto, les postulants ont dû faire montre d’«abnégation». À l’évidence, l’ombre de la dernière présidentielle a plané sur l’ensemble de ce processus. Malgré les velléités hégémoniques et incertitudes de l’avenir, la volonté de rassemblement a été la plus forte. Peu importent les insuffisances ou limites du résultat, l’ère des équipées solitaires semble révolue.

Au gré des réalités locales, certains postulants ont été mis en compétition. Selon le secrétaire exécutif de l’UN, cette option répond au souci de «constituer (des) réserves de voix pour (ceux) des (leurs) qui iraient au second tour». «Sur ces sièges-là, il n’y aura pas d’équivoque : le recalé du premier tour soutiendra sans réserve le candidat de notre coalition qui sera présent au second tour», a précisé Minault Maxime Zima-Ebeyard. En clair, la stratégie du tandem RHM/UN a aussi été influencée par le retour au scrutin à deux tours. Patiemment construite tout au long des derniers mois (lire «L’esprit du 15-août»), elle s’est forgée sur une analyse des forces en présence. Quand leurs candidats paraissaient trop inexpérimentés, RHM et UN ont parié sur deux alternatives. Face à certains vieux routiers de la politique nationale, ils ont opté pour un éclatement au premier tour, espérant faire la différence au second. Est-ce bien judicieux ? L’avenir le dira. Pour l’heure, une seule et unique certitude : Zacharie Myboto n’a pas réussi à recréer la quasi-unanimité de 2016. N’empêche, on n’aura pas l’outrecuidance de lui reprocher d’avoir essayé.