Régulièrement sur la sellette du fait de la teneur en sel des plats dont ils relèvent le goût, le cube et l’Arôme Maggi, sont accusés d’être à l’origine de nombreuses maladies. Un regard investigateur sur les process de l’usine Nestlé de Bonabéri à Douala où ils se fabriquent, amène à penser à une légende urbaine purement africaine ; ces denrées n’enregistrant pas la même controverse en Europe occidentale où se situent les deux pays qui en consomment le plus.

Visiteurs dans une salle de l’usine de Bonaberi, Douala, en vue de goûter aux composantes du cube Maggi. © Gabonreview

 

Dangereux pour la santé, sources de problèmes cardiovasculaires, de faiblesse sexuelle chez l’homme, de troubles uro-génitaux, de gastrite ou encore des maladies de Parkinson et d’Alzheimer, que n’a-t-on pas entendu et lu au sujet de l’arôme Maggi et du petit cube de la même marque du groupe Nestlé. Légende urbaine, réalité scientifique ou simple rumeur ? Si la rumeur est le marché noir de l’information, il reste qu’au marché noir il n’y a pas que du toc. Un besoin de vérification a donc amené Gabonreview à la visite d’une usine de fabrication des célébrissimes condiment et soupe, à la mi-avril dernière à Douala au Cameroun.

Nestlé, Bonabéri, Douala

Un moment de la chaine de production. © fabafriq.com

L’usine Nestlé de Bonabéri à Douala est une composante du “Tropical cluster” couvrant le Cameroun, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la RCA et le Tchad, avec 600 employés disséminés dans la sous-région. Ayant, pour sa part, un effectif de 398 agents, Bonabéri produit donc pour l’Afrique centrale le fameux cube et l’Arôme Maggi, selon les explications de Talla Fall, directeur de l’usine.

Détentrice, depuis 2010, de la certification ISO 22000, norme internationale en matière de sécurité des denrées alimentaires et des chaînes de production agroalimentaire, cette usine frappe par son respect strict des normes QHSE (Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement) aussi bien dans l’équipement des hommes, l’entretien des machines, tuyauteries et alambics qu’à toutes les étapes de sa chaîne de production.

Au-delà des machines et de la technologie étincelantes de propreté, ici se fabrique, entre autres, un cube Maggi arborant une discrète petite lettre “c”. Ce «petit indice montre que ce cube est fortifié. Nous y avons introduit le fer et le fer est un microélément très important pour lutter contre l’anémie», explique Patrick Epanda, le responsable qualité de Nestlé Cameroun, indiquant que dans le process du cube Maggi, «410 analyses sont effectuées des plantations où sont récoltés les ingrédients, à la boutique où le produit sera vendu, en passant par toutes étapes de l’usine».

Sel, normes OMS et cætera

Au tout début de la chaine de production se trouvent les ingrédients qui composent le petit cube si controversé : clou de Girofle, oignon, poivre, extraits naturels d’ail, huile de palme et naturellement du sel. Des ingrédients absolument naturels par-delà la polémique autour de la dangerosité du sel.

On note qu’un seul dé du fameux bouillon Maggi, «contient 2,4 g de sel. Ce qui représente 1% des besoins quotidien du corps humain en matières grasses», explique Talla Fall. Pour sa part Gaetan Teje, responsable de la marque, estime que la controverse autour du cube est consécutive à sa mauvaise utilisation dans la préparation des repas : alors qu’elles ont déjà utilisé le cube Maggi pour relever le goût des mets, de nombreuses cuisinières rajoutent tout de même du sel, oubliant que le cube en contient déjà. Se basant sur les chiffres de l’OMS, Talla Fall indique que, sans rajouter du sel, cinq (5) petits cubes suffisent largement dans une recette pour six personnes. Ce qui représenterait 30% du besoin journalier d’un adulte, tandis que l’huile de palme que comporte le cube compte pour 1 % du besoin quotidien d’un homme.

La taille officielle d’une portion ou d’un cube Maggi est de 4 grammes dans lesquels le sel compte pour 2,4 grammes, ainsi qu’indiqué plus haut. Si l’OMS recommande «une consommation de sel de moins de 5 grammes par jour chez l’adulte», l’indication de Talla Fall, le directeur de l’usine de Bonabéri Douala, tient indubitablement la route.

La caravane éducative des étoiles

Immanquablement, la controverse autour du cube et de l’arôme Maggi, ainsi que les abus auxquels se livrent certaines cuisinières, ont été entendus par la hiérarchie de Nestlé qui, à ce sujet, n’affiche plus qu’un seul objectif : «Réduire la quantité de sel de 22 %».

Au Cameroun, des opérations de marketing mais aussi d’éducation des populations sont de plus en plus menées à travers un concept : «La caravane des étoiles» (en relation avec l’étoile à 4 branches du logo Maggi). «C’est littéralement un voyage avec plusieurs arrêts. Et à chaque escale, on fait de la sensibilisation, en partageant des messages et des questions essentielles : Qu’est-ce que le cube Maggi ? Quels conseils vous donne-t-on en termes de nutrition, de consommation de sel, de bien-être, de santé, etc.», raconte Patrick Epanda, le responsable qualité de Nestlé Cameroun.

S’il est à souhaiter que cette caravane s’étende aux autres pays du “Tropical cluster” Nestlé et que ces actions parviennent à tordre le cou à la légende urbaine qui fait son chemin autour du cube et de l’Ârome Maggi, on en vient tout de même à se demander si tout ce qui se dit ne tient pas d’une spécificité africaine. On sait, en effet, que ces produits n’enregistrent pas la même controverse en Allemagne, leur premier débouché mondial, ou encore en France, leur deuxième marché de prédilection en termes de pays.